Abandonner les pensées

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« [En méditation] nous devons distinguer entre a) penser, b) associer les pensées, c) les pensées qui arrivent fortuitement. Si, pendant le zazen, une pensée surgit en vous et que vous la suivez, alors vous pensez déjà, vous n’êtes plus dans le zazen. Mais cela ne veut pas dire que vous seulement en zazen si toute pensée a cessé. Lire la suite

L’esprit ici et maintenant est le Bouddha.

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Les grands enseignants du bouddhisme zen nous disent que notre pratique ne doit pas être la recherche de l’obtention de quelque chose (Mushotoku : sans esprit d’obtention) mais au contraire un abandon (Shin jin datsuraku : abandonner le corps et l’esprit). Le mental doit abdiquer. Alors lorsque nous laissons zazen (la méditation) faire zazen le temps se dépouille de lui-même et disparaît au profit de l’immédiateté. Les Anciens disaient que si notre esprit est clair, alors le ciel peut s’effondrer, la terre peut se désintégrer et nous serions en mesure de tout comprendre. Lire la suite

Les sûtras bouddhistes

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Dans le bouddhisme, il y a fondamentalement deux façons utiles pour pénétrer les enseignement du Bouddha. Un est la pratique de la méditation et l’autre est la lecture des sutras. Mais certaines personnes mettent l’accent sur la valeur de la pratique de la méditation au détriment de la lecture des sutras bouddhistes. Dôgen1, un grand maître zen, qui pourtant mettait en avant l’importance de la pratique de zazen2, n’était pas d’accord avec ce point de vue. Il estimait que la lecture sutras avait beaucoup de valeur et qu’il était nécessaire de les lire. Lire la suite

Vîrya, la persévérance, la vigueur

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La persévérance c’est l’énergie enthousiaste pour devenir un artiste joyeux de la vie. Elle s’oppose à la paresse, au découragement, à l’abandon. Comme il a été dit dans la patience, c’est transformer les obstacles en appui, les erreurs en apprentissage. Dôgen dit « Tomber sept fois, se relever huit ». Lire la suite

La grande pratique

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De la loi de cause à effet1 (appelée par extrapolation « karma » – action) beaucoup de religions ont tiré la réincarnation. Dans le bouddhisme il n’y a rien (pas d’âme) qui se réincarne. C’est le potentiel de « réaction » qui s’applique à une situation. Comme un domino qui tombe en fait tomber un autre, l’action de tomber est passée de domino en domino sans que ceux-ci soient la réincarnation du précédent. Comme des bougies qui allument d’autres bougies avant de s’éteindre passant la lumière sans pour autant qu’une bougie particulière « s’incarne » dans une autre bougie. Lire la suite

La parole secrète

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Dans la tradition du zen, on attribue un don particulier d’intuition à Kāśyapa, car il serait selon le Lankavatara Sūtra le seul à avoir compris l’enseignement sans paroles dispensé par le Bouddha sur le mont des Vautours : ce dernier prit une fleur Udumbara entre ses doigts (fleurissant tous les trois mille ans, d’après la légende), et la fit tourner sans mot dire. Maha Kāśyapa, à ce moment, fut le seul disciple à comprendre l’essence de l’esprit du Bouddha, et répondit par un sourire, qui manifesta sa compréhension profonde, que le Bouddha reconnut alors.1

Qu’ont du penser tous les disciples qui étaient présents ? Sachant que certains étaient de grands érudits. Quelques uns devaient se trouver plus dignes, s’estimant d’un « meilleur niveau » que Kāśyapa.

Peut-être ont-ils pensé que le Bouddha avait un enseignement ésotérique qu’il venait de passer « secrètement » à Kāśyapa et qu’ils n’avaient rien vu, rien entendu, rien compris. Ce qui pouvait être insupportable pour eux. Et que s’est-il passé exactement entre le Bouddha et Kāśyapa ?

Cette histoire, dans la traditions du zen, exprime la transmission du Dharma directement d’esprit à esprit ou encore de coeur à coeur (en japonais : i shin den shin 以心傳心. Le même mot signifie coeur et esprit).2 Ce type d’enseignement n’appartient pas à l’intellect mais peut être connu directement et immédiatement, une analogie pour faire comprendre cela est la résonance sympathique qui peut se passer entre deux diapasons. Le premier vibre, le second à côté se met à vibrer « de lui-même » sans qu’on le touche. Il a été sensible à la vibration du premier.

Mais même si on admet cette théorie de l’enseignement de « coeur à coeur » quel est cet enseignement ? Y-a-t-il un enseignement secret que seules certaines personnes peuvent comprendre ? En fait Dôgen3 parle d’un secret qui peut être reconnu et compris, même s’il n’est pas dit.

Le Bouddha disait qu’il n’y avait pas de doctrine ésotérique dans son enseignement, que rien n’était caché « dans le poing fermé de l’instructeur » (âcariya-mutthi), autrement dit, qu’il n’avait « rien en réserve.4

Ce qui peut paraître secret, sans l’être, est peut-être quelque chose qui peut être vu par tout le monde et qui pourtant n’est vu par presque personne. Comme un contact direct avec la réalité en étant dans l’instant présent. Cet instant présent n’est pas mesurable par une montre, mais est une attitude d’ouverture sans exclusion. Cette présence est ineffable, elle est « impossible de nommer ou de décrire, en raison de sa nature, de sa force, de sa beauté »5. Comme l’écrit Éric Rommeluère : « Devant l’inconnu (l’expérience du zen), le plus souvent, le langage défaille. Pourtant il nous faut bien oser la parole, la creuser… l’enjeu est tout autre… comment puis-je laisser l’éveil me parler ? »6

La science quantique nous montre par exemple ce qui peut être inconnu et connu à la fois. Par exemple « la vague peut-elle être considérée comme un objet séparé de l’océan ? Non, elle passe dans l’eau, l’eau se prête à elle. Il y a bien eu ce que nous appelons une vague et pourtant il est difficile de la « chosifier » séparément de l’arrière-plan. Là où nous cherchons des éléments solides et isolés, il nous faut apprendre à regarder le mouvement et l’interdépendance. La mécanique quantique participe de la redécouverte d’une reliance. Nous serions, d’une manière ou d’une autre, tous connectés… à tout. Lors d’une expérience spirituelle profonde, l’objet matériel devient différent de ce que nous voyons actuellement, non plus un objet séparé de l’arrière-plan ou de l’environnement, mais une partie indivisible et même, d’une façon subtile, une expression de l’unité. »7 Voici des découvertes qui sont connues et qui pourtant sont tellement invraisemblables que jamais elles ne pénètrent notre vie au quotidien.

De la même manière le Bouddha a donc une parole secrète et en même temps il ne voile pas ce qu’il a à dire. Cette présence permet d’entrer en contact avec ce que l’on est, interdépendants, reliés à l’ensemble8. Quand le Bouddha Shakyamuni réalisa l’éveil il y a environ 2500 ans, on dit qu’il déclara : « Moi et tous les êtres sur la terre entière avons simultanément réalisé l’éveil ». Au même moment où il s’éveille il prend conscience de l’éveil de chacun (mais a contrario, chacun n’en prend pas obligatoirement conscience). Cette relation de coeur à coeur nous met en contact direct avec cette façon différente d’être en rapport avec « l’autre » et le tout. Cette parole « secrète » n’est donc pas tant de l’ordre du voile (découvrir quelque chose de caché dans l’enseignement) que du dévoilement (découvrir ce qui existe déjà en soi).

Le fait que cela existe déjà ne veut pas dire que cela soit facile à trouver, la preuve en est que peu de personnes sont au contact de cet éveil. Dôgen dit qu’il ne s’agit pas de chercher à comprendre en une fois (comme on pourrait comprendre un enseignement intellectuel) mais de mettre en pratique sans cesse, comme si on cherchait à couper un objet dur. Il dit aussi montrant à la fois la difficulté et la nécessité d’une vision holistique : il nous faut « ouvrir les narines au sein de la prunelle de l’oeil et aiguiser la pointe du nez dans l’ouïe ». Car cette présence demande beaucoup de vigilance et en même temps de lâcher-prise.


1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahakashyapa

2 ibid

3 http://www.zen-occidental.net/dogen.html

4 http://dhammadelaforet.org/sommaire/walpola_rahula/attitude_mentale_bouddhiste.html

5 http://www.cnrtl.fr/

7 Extraits d’articles du magazine Inexploré n°30 « La révolution quantique » – avril 2016

(lire d’autres textes, libres interprétations du Shôbôgenzô  ICI)

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