💬 Une amĂšre confession đŸ’Ź

« Du moment que l’art n’est plus l’aliment qui nourrit les meilleurs, l’artiste peut exercer son talent en toutes les tentatives de nouvelles formules, en tous les caprices de la fantaisie, en tous les expĂ©dients du charlatanisme intellectuel. Dans l’art, le peuple ne cherche plus consolation et exaltation, mais les raffinĂ©s, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l’Ă©trange, l’original, l’extravagant, le scandaleux. Et moi-mĂȘme, depuis le cubisme et au-delĂ , j’ai contentĂ© ces maĂźtres et ces critiques, avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passĂ©es en tĂȘte, et moins ils le comprenaient et plus ils m’admiraient. A force de m’amuser Ă  tous ces jeux, Ă  toutes ces fariboles, Ă  tous ces casse-tĂȘte, rĂ©bus et arabesques, je suis devenu cĂ©lĂšbre et trĂšs rapidement.

Et la cĂ©lĂ©britĂ© signifie pour un peintre : ventes, gains, fortune, richesse. Et aujourd’hui comme vous le savez, je suis cĂ©lĂšbre, je suis riche. Mais quand je suis seul Ă  seul avec moi-mĂȘme, je n’ai pas le courage de me considĂ©rer comme un artiste dans le sens grand et antique du mot. Ce furent de grands peintres que Giotto, le Titien, Rembrandt et Goya; je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et a Ă©puisĂ© le mieux qu’il a pu l’imbĂ©cilitĂ©, la vanitĂ©, la cupiditĂ© de ses contemporains. C’est une amĂšre confession que la mienne, plus douloureuse qu’elle ne peut sembler, mais elle a le mĂ©rite d’ĂȘtre sincĂšre. »

Pablo Picasso, lettre à Giovanni Papini, publiée en 1952

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