🃏 Baisse un peu ta jalousie đŸƒ

CaĂŻn ou la naissance du meurtre

Le premier fils du premier homme est aussi le premier criminel. Caïn et Abel sont frùres, l’un est pasteur et l’autre agriculteur.

« Abel devint pasteur de petit bĂ©tail et CaĂŻn cultivait le sol. Le temps passa et il advint que CaĂŻn prĂ©senta des produits du sol en offrande au Seigneur, et Abel, de son cĂŽtĂ©, offrit des premiers-nĂ©s de son troupeau et mĂȘme leur graisse. Or le Seigneur agrĂ©a Abel et son offrande. Mais il n’agrĂ©a pas CaĂŻn et son offrande » et CaĂŻn, fou de jalousie, tua Abel
. GenĂšse,4

Pourquoi une telle injustice de la part de Dieu ? Qu’est-ce qui s’exprime dans cette reprĂ©sentation d’un Dieu qui n’agrĂ©e pas le sacrifice de CaĂŻn ? Pour RenĂ© Girard puisqu’il s’agit d’un comportement humain, il doit trouver son sens et son origine dans l’économie de rapports purement humains.

Le sacrifice animal dans l’économie de la violence.

La violence intraspĂ©cifique est une caractĂ©ristique de tous les groupes sociaux Ă©voluĂ©s. L’étude des comportements des animaux a montrĂ© comment l’agressivitĂ© stimulĂ©e par la proximitĂ© spatiale d’animaux d’une mĂȘme espĂšce trouvait Ă  se dĂ©charger sur un objet de rechange. La violence comme pulsion propre Ă  toute forme vitale Ă©voluĂ©e a besoin d’un exutoire qui la canalise. Dans le processus culturel, les sacrifices d’animaux ont rapidement permis de dĂ©tourner la violence interindividuelle sur des objets de substitution. Les victimes animales sacrifiĂ©es Ă©taient choisies dĂ©libĂ©rĂ©ment parmi les animaux domestiques qui avaient le plus de rapport avec l’humanitĂ© :

« On choisit toujours, parmi les animaux, les plus prĂ©cieux par leur utilitĂ©, les plus doux, les plus innocents, les plus en rapport avec l’homme par leur instinct et par leur habitude
 on choisissait dans l’espĂšce animale les victimes les plus humaines, s’il est permis de s’exprimer ainsi »

Donc, quand le rĂ©cit mythique prĂ©cise que Dieu agrĂ©e le sacrifice d’Abel mais n’agrĂ©e pas le sacrifice de CaĂŻn s’exprime que l’important est que Abel ne tue pas son semblable parce qu’il tue lui-mĂȘme des animaux et dĂ©charge ainsi sa violence sur les animaux sacrifiĂ©s, alors que CaĂŻn, ne bĂ©nĂ©ficiant pas d’un tel expĂ©dient, tue son frĂšre.

EXTRAITS D’UN ARTICLE À LIRE INTÉGRALEMENT SUR LE SITE PHILOPHIL

La conscience

N’oublions pas le poĂšme de Victor Hugo qui nous a aidĂ© pour les textes de cette BD :

Lorsque avec ses enfants vĂȘtus de peaux de bĂȘtes,
EchevelĂ©, livide au milieu des tempĂȘtes,
CaĂŻn se fut enfui de devant JĂ©hovah,
Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva
Au bas d’une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguĂ©e et ses fils hors d’haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
CaĂŻn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levĂ© la tĂȘte, au fond des cieux funĂšbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténÚbres,
Et qui le regardait dans l’ombre fixement.
« Je suis trop prÚs », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l’espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pùle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derriĂšre lui, sans trĂȘve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grĂšve
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« ArrĂȘtons-nous, dit-il, car cet asile est sĂ»r.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s’asseyait, il vit dans les cieux mornes
L’oeil Ă  la mĂȘme place au fond de l’horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l’aïeul farouche.
CaĂŻn dit Ă  Jabel, pĂšre de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce cÎté la toile de la tente. »
Et l’on dĂ©veloppa la muraille flottante ;
Et, quand on l’eut fixĂ©e avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l’enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l’aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, pĂšre de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barriÚre. »
Il fit un mur de bronze et mit CaĂŻn derriĂšre.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d’elle.
BĂątissons une ville avec sa citadelle,
Bùtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors TubalcaĂŻn, pĂšre des forgerons,
Construisit une ville Ă©norme et surhumaine.
Pendant qu’il travaillait, ses frùres, dans la plaine,
Chassaient les fils d’Enos et les enfants de Seth ;
Et l’on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flÚches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d’enfer ;
L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnĂšrent aux murs l’épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « DĂ©fense Ă  Dieu d’entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon pĂšre !
L’oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : » Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et CaĂŻn dit « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermĂ© le souterrain,
L’oeil Ă©tait dans la tombe et regardait CaĂŻn.

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