🗯 CONGO 1905 – LE RAPPORT BRAZZA, Le premier secret d’État de la « Françafrique » đŸ—Ż

Au dĂ©but du siĂšcle dernier, les puissances europĂ©ennes tirent le maximum de ressources de leurs colonies, par l’intermĂ©diaire de grands groupes capitalistes privĂ©s.

Mais une « histoire » d’exĂ©cution Ă  la dynamite d’un indigĂšne arrive dans la presse.

Le gouvernement de la IIIe RĂ©publique cĂšde alors sous la pression et dĂ©cide d’envoyer une mission d’enquĂȘte au Congo.

Elle sera confiĂ©e Ă  un explorateur rĂ©putĂ© pour son honnĂȘtetĂ© et son humaniste : Pierre Savorgnan de Brazza, fondateur de Brazzaville. Brazza est, Ă  son Ă©poque, un personnage trĂšs populaire, un hĂ©ros du « roman national » qui incarne une colonisation soft, Ă  la française, porteuse des valeurs rĂ©publicaines de libertĂ© et d’Ă©galitĂ©.

SurnommĂ© « l’ami des Noirs », il donne Ă  la France l’accĂšs aux vastes territoires qu’il a explorĂ©s et qui deviennent le Congo français. Brazza rĂȘve d’une « belle colonie » oĂč la France apporterait civilisation, progrĂšs et humanisme, mais en est Ă©cartĂ© par le gouvernement du fait de son opposition au dĂ©veloppement des compagnies concessionnaires.

Son rapport accablant, rĂ©vĂ©lant la maltraitance dont Ă©taient victimes les populations locales, sera enterrĂ© et il faudra attendre plus de 110 ans pour qu’il soit redĂ©couvert.

Cette BD raconte l’enquĂȘte de Brazza et son Ă©quipe menĂ©e pendant quatre mois au Gabon et au Congo français. On y dĂ©couvre comment les français rĂ©duisaient les Africains Ă  l’état d’esclaves, traitĂ©s pire que des bĂȘtes, dans une logique d’exploitation capitaliste et inhumaine.

Brazza meurt avant d’avoir livrĂ© son rapport au gouvernement français. Pour Ă©viter la censure qu’il prĂ©sageait il avait recrutĂ© un journaliste qui publiera ce qu’il a vu.

La presse (Le journal le Temps et aussi l’HumanitĂ©) demande rĂ©guliĂšrement et vainement la publication des travaux de la mission de 1905.

Le rapport final est rédigé par un groupe présidée par Jean-Louis de Lanessan, député radical mais ne compte dans ses rangs aucun des inspecteurs ayant participé à la mission.

Le rapport accuse essentiellement le systĂšme des compagnies concessionnaires mis en place par l’État. JugĂ© inefficace, coĂ»teux, et Ă  l’origine d’abus massifs, ce systĂšme confie Ă  une quarantaine de sociĂ©tĂ©s privĂ©es l’exploitation de la quasi-totalitĂ© du territoire. Ces compagnies ont recours au travail forcĂ© et exploitent les populations locales en s’appuyant sur les gardes armĂ©s, en pratiquant des prises d’otages, et en misant sur le laxisme — voire la complicitĂ© — de l’administration coloniale. Ainsi, loin d’ĂȘtre des actes exceptionnels, l’affaire dite des « femmes de Bangui » dĂ©couverte par Brazza tĂ©moigne d’une pratique frĂ©quente que l’administration coloniale ne peut ignorer et participe Ă  Ă©touffer.

Le rejet systĂ©matique des nombreux tĂ©moignages « indigĂšnes » recueillis par Brazza et ses inspecteurs,jugĂ©s peu fiables par la commission chargĂ©e de la rĂ©daction du rapport final achĂšve de dĂ©charger de toute responsabilitĂ© l’administration locale et le systĂšme mis en place.

MalgrĂ© qu’il fut Ă©dulcorĂ©, le gouvernement refuse la publication de ce rapport.

Alors que d’autres affaires internationales et coloniales l’éclipsent des consciences et de la presse — exception faite de l’HumanitĂ© —, il est dĂ©finitivement enterrĂ© en 1907, sur injonction du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres. Il est par la suite rĂ©putĂ© interdit, disparu, ou dĂ©truit.

D’une certaine maniĂšre, aujourd’hui encore, et mĂȘme s’ils sont plus complexes, les grands principes du systĂšme dĂ©noncĂ© par Brazza demeurent. Il y a une forme de contenu avant-coureur de mĂ©canismes qu’on peut observer aujourd’hui. Le systĂšme concessionnaire contient les premiers

germes de l’exploitation des ressources, de la dĂ©lĂ©gation au secteur privĂ© de la gestion de plusieurs paramĂštres Ă©conomiques, sociaux et politiques. Il est troublant de constater Ă  quel point ces logiques ont continuĂ© Ă  se reproduire et Ă  se renforcer par la suite.

On ne peut pas ne pas penser Ă  la façon dont, dans ces mĂȘmes pays, des entreprises comme les compagnies pĂ©troliĂšres ou d’exploitation d’uranium et autres prĂ©cieux minerais du sous-sol africain exercent aujourd’hui un rĂŽle et un poids Ă©crasant dans la sphĂšre sociale et politique.

CONGO 1905 – LE RAPPORT BRAZZA, Le premier secret d’État de la « Françafrique » par Vincent Bailly et Tristan Thil aux Éditions Futuropolis. 2018

(texte Ă©tabli d’aprĂšs la post-face trĂšs riche de cette BD)

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