🐧 Faire l’expérience du réel 🐧

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Matthew Crawford est […] mécano-philosophe-écrivain […]. Auteur à succès de «l’Eloge du Carburateur» (LaDécouverte) et ancien « intello » travaillant dans un think-tank à Washington, il a tout plaqué pour ouvrir un garage de réparation de motos. Et a développé toute une philosophie basée sur le plaisir du « faire » et de l’action. […]

Je pense que beaucoup de personnes se sentent très frustrées dans leur travail. Pour une bonne raison : elles ne voient plus l’effet direct de leurs actions sur le monde. Si vous travaillez dans un bureau, la chaîne de causes et effets peut devenir opaque ou confuse. Les grandes entreprises développent un genre de culture du management qui peut déconnecter complètement certaines personnes de la « bottom line » [les actions concrètes sur le terrain, ndlr]. Or je pense que faire l’expérience du réel est une composante fondamentale de l’être humain.

Quand j’ai démissionné de mon emploi à Washington pour devenir électricien, j’ai fait un changement radical. Paradoxalement, c’est en étant électricien que j’ai le plus utilisé mon cerveau : c’était un challenge « intellectuel » de devoir imaginer les circuit que j’allais devoir installer pour me conformer aux contours d’un bâtiment. Alors que dans mon emploi précédent, où j’écrivais des notes stratégiques à la pelle [Matthew travaillait dans un think-tank, ndrl], et où il y avait un quota de notes à produire par jour (28), nous étions de vrais ouvriers. Ce que nous produisions n’avait aucune valeur. Ce travail était conçu de façon à garantir le nivellement par le bas.

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Je pense que ça explique en grosse partie la vague du « do-it-yourself ». Les gens rentrent chaque soir chez eux du travail, après une journée passée à fixer un écran. Et en réaction, ils construisent des meubles, tricotent des vêtements, etc. Je pense que c’est un moyen de reprendre possession du monde à une autre échelle, de trouver un lien à travers une intelligibilité humaine directe.

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Nous expérimentons tous la fragmentation de nos vies mentales, les distractions à la pelle qui nous empêchent de nous concentrer. Or je pense qu’un remède à cela peut être trouvé dans les pratiques manuelles qualifiées, grâce auxquelles on entre en relation directe avec le monde. L’attention, c’est la capacité à sélectionner ceci ou cela en fonction de votre tâche. Donc, c’est essentiellement une capacité à voir la pertinence. Etre dans le faire, dans le manuel, offre un cadre pour développer cette capacité, alors que lorsque notre rapport au monde se résume à travers un écran d’ordinateur, quand tout est à la portée de ma curiosité fainéante, on tombe dans une immensité d’options et de choix qui m’empêche de composer une vie cohérente.

Nous sommes des créatures incarnées. Nous sommes ancrés dans une vie où tout est à l’échelle humaine, tout est basé sur le fait d’être présent. Pourtant, nous sommes toujours ailleurs, et c’est cet ailleurs – toujours plus attirant, plus amusant, plus distrayant – qui nous distrait. Les sciences cognitives montrent aujourd’hui l’influence du corps sur l’esprit, chose qui va à l’encontre de 400 ans d’une philosophie occidentale où la séparation corps-esprit est très nette. On apprend maintenant qu’ils sont intimement connectés, et que nous ne sommes pas uniquement des cerveaux dans des bocaux.

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Hier, j’étais assis dans un parc et il y avait un jeune homme qui faisait des roues avant avec son vélo. Un vélib’ je crois, donc un vélo très lourd, mais il était en maîtrise totale. Je me disais en le voyant que c’est une vraie disposition d’être alerte aux exemples d’excellence humaine, de trouver l’excellence humaine dans des endroits inattendus. Ca me paraît important d’être ouvert à ça, de voir la beauté dans des endroits inattendus. Vous savez : « to find the high in the low »…

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LIRE CETTE ENTREVUE EN  INTÉGRALITÉ  SUR SOONSOONSOON

Mes dessins sont sous licence Creative Commons CC-BY-NC-ND (Attribution – Pas d’utilisation commerciale – Pas de modification) et peuvent être utilisés dans ces seules conditions en indiquant le lien http://frederic.baylot.org/ (pour tout contact et demande : ICI); N’HÉSITEZ PAS À LES PARTAGER
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