🐧 On ne rafistole pas le modĂšle, on le change ! đŸ§

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Comment changer de modĂšle et d’échelle ? Dans un contexte oĂč le modĂšle sociĂ©tal est de plus en plus remis en cause, l’agriculteur philosophe Pierre Rabhi invite chaque citoyen Ă  changer radicalement de regard et de conscience pour crĂ©er une nouvelle sociĂ©tĂ©.

 

Les initiatives qui accompagnent la transition écologique sont-elles suffisantes pour faire évoluer le modÚle actuel ?

Il ne sert Ă  rien de rafistoler le modĂšle actuel, on ne s’en sortira jamais. On ne rafistole pas le modĂšle, on le change ! Nous devons arrĂȘter cette croissance qui produit la concentration de richesse aux mains d’une minoritĂ© et qui appauvrit tout le monde. Lorsque j’ai fait campagne pour ĂȘtre candidat aux Ă©lections prĂ©sidentielles en 2002, j’appelais Ă  la dĂ©croissance et Ă  l’insurrection des consciences en s’interrogeant sur quelle planĂšte laisserons-nous Ă  nos enfants, et quels enfants laisserons-nous Ă  la planĂšte ?

Le systĂšme actuel nous fait croire qu’en achetant on vivra un moment de satisfaction, mais que se passe-t-il ? On achĂšte une belle voiture, une grande tĂ©lĂ©vision, puis c’est la course en avant, sans fin. Nous sommes dans une sociĂ©tĂ© de la surabondance dans laquelle la sociĂ©tĂ© est malade.

On ne se pose pas assez la question sur le sens de la vie. Qu’est-ce que vivre ? Est-ce simplement naĂźtre, ĂȘtre Ă©duquĂ© Ă  produire et Ă  consommer et ensuite prendre sa retraite ? Est-ce qu’on continue Ă  croire que nous sommes en vie ou est ce qu’on se pose la question : existe-t-il une vie avant la mort ?

 

Quelle serait alors la solution ?

Je pense profondĂ©ment que la solution est dans le changement de paradigme. C’est pour cela que je parle de sobriĂ©tĂ© heureuse et de puissance de la modĂ©ration : en rĂ©ponse Ă  l’insatisfaction permanente que gĂ©nĂšre le systĂšme de consommation.

En dĂ©clinant toutes les utopies concrĂštes qui sont dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre dans l’agroĂ©cologie, l’éducation coopĂ©rative, les Ă©nergies, on pourrait s’organiser pour crĂ©er une grande coalition. En dĂ©terminant d’abord ce qui rassemble, puis en essayant de faire aligner les personnes et les structures sur les mĂȘmes critĂšres. On se rendra compte que nous avons les mĂȘmes aspirations, avec des rĂ©ponses et des actions diverses. Mais j’insiste sur l’importance de la fĂ©dĂ©ration des consciences.

 

Qu’entendez-vous par fĂ©dĂ©ration des consciences ?

Le temps est venu de penser autrement. Soit on continue Ă  dire moi je suis chrĂ©tien, musulman, l’autre athĂ©e, juif ou arabe, etc., et chacun reste barricadĂ© dans son systĂšme parce qu’il y trouve un confort, soit on dit non on ne se limite pas Ă  ces identifications et on Ă©lĂšve sa conscience.

Je prĂ©fĂšre parler d’élĂ©vation de conscience, plutĂŽt que de prise de conscience, parce que le mot « prise » me rappelle l’électricitĂ© et qu’on ne va pas se brancher Ă  une prise de conscience ! Quoi que ça serait peut-ĂȘtre pas mal de se brancher et hop ça y est, ça arrive. [rires]

Plus sĂ©rieusement, l’élĂ©vation de conscience est un Ă©veil. Plus on s’éveille, plus on s’élĂšve et plus on s’élĂšve, plus le regard sur la rĂ©alitĂ© est large, plus grand que son petit prĂ© carrĂ© dans lequel on bricole. Il y a une nĂ©cessitĂ© aujourd’hui que l’humanitĂ© s’élĂšve suffisamment en conscience pour reconnaĂźtre l’unitĂ© de la vie et de la nature. Car lorsque l’on prend conscience de la valeur de ce monde extraordinaire, rare au point d’ĂȘtre une oasis dans l’infini dĂ©sertique, on ne peut pas continuer de l’abĂźmer !

On prend ainsi conscience qu’il n’y a pas l’écologie et moi, que je suis intĂ©grĂ© dans la vie. Je suis enfant de cette rĂ©alitĂ©. Et d’un point de vue physiologique, je suis un mammifĂšre vertical, admirant ou au contraire destructeur. Si je suis un ĂȘtre admirant je me rĂ©jouis de la vie, je vais m’émerveiller devant un coucher de soleil, un bel arbre. Et j’amĂšne quoi ? Pas quelque chose de concret, mais ce que j’appelle le sacrĂ©. La nature est admirable et nous devons la respecter. D’autant plus, que c’est Ă  elle que nous notre vie mĂȘme et notre propre conscience.

 

Comment fédérer sa propre conscience avec celle des autres ?

Il s’agit de trouver le dĂ©nominateur commun, celui qui fĂ©dĂšre tout le monde : et cela peut ĂȘtre l’écologie. Car tout le monde en dĂ©pend, l’écologie se moque si tu es de droite ou de gauche, athĂ©e ou religieux. Nous sommes les enfants de cette rĂ©alitĂ© magnifique, qui nous a incarnĂ©, incarnĂ© notre corps et notre conscience.

 

Par oĂč commencer pour s’ouvrir Ă  cette « élĂ©vation » de conscience ?

Cela passe dĂ©jĂ  par un peu se connaĂźtre soi-mĂȘme, parce que nous sommes aussi un mystĂšre pour nous-mĂȘmes. Nous sommes dĂ©terminĂ©s par des pulsions, des hĂ©ritages, des cultures, et donc conditionnĂ©s Ă  un mode de fonctionnement. Chaque peuple a un mode de fonctionnement qui n’est pas forcĂ©ment en harmonie avec les autres peuples.

Il est vrai qu’il n’y a rien de plus difficile que de se connaĂźtre parce qu’on est tellement conditionnĂ© par des siĂšcles de culture, notre cerveau est formatĂ© d’une certaine façon, notre mode de pensĂ©e a Ă©tĂ© tellement pĂ©trifiĂ© par des convictions, et chacun pense qu’il a raison. Tout cela crĂ©Ă© des antagonismes.

Nous sommes complexes en soi. Mais le premier maillon de la connaissance de soi, Ă  partir duquel je peux me connaĂźtre, est de savoir comment je m’inclus dans la sociĂ©tĂ©. Car si je ne me connais pas, il est plus difficile de prendre de recul puisqu’en rĂ©alitĂ© l’ĂȘtre humain fonctionne beaucoup sur ses pulsions et devient une proie aux manipulations. L’exemple le plus criant est celui de la publicitĂ©. Je n’ai pas besoin de voir une femme nue pour acheter une tronçonneuse ! C’est finalement une insulte Ă  la femme, parce qu’elle est ici considĂ©rĂ©e comme un objet sexuel qui va me faire acheter un objet de consommation
 On veut nous rendre mallĂ©able. Le peuple est manipulĂ© par des reprĂ©sentations mentales et la publicitĂ© met le paquet pour le lobotomiser de façon qu’il ne rĂ©flĂ©chisse plus et qu’ils soient guidĂ© par ses instincts. Les publicitaires ont une connaissance trĂšs approfondie du fonctionnement psychologique de l’ĂȘtre humain. Il est donc primordial de changer d’abord de perception et de vision.

Coluche disait : « Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achĂštent plus pour que ça ne se vende pas ! » Il disait vrai ! Le regard qu’il avait sur la sociĂ©tĂ© Ă©tait trĂšs lucide et il a transformĂ© cela en rigolade philosophique.

Personnellement, je sais que la grande distribution est une horreur, donc je n’y vais pas. Soyons cohĂ©rent ! Parce qu’elle contribue Ă  dĂ©truire la vie, elle alimente les multinationales et reprĂ©sente des lobbys internationaux qui confisquent Ă  l’humanitĂ© les moyens de sa survie. Ils s’enrichissent ainsi. Les citoyens ont aussi leur part de responsabilitĂ© en les nourrissant.

 

Quel serait le rÎle des politiques dans ce changement de modÚle ?

Les politiques sont pris dans une logique telle, qu’ils sont souvent amenĂ©s Ă  la dĂ©magogie pour attirer les votes. Le problĂšme c’est qu’ils dĂ©filent les uns aprĂšs les autres, comme autant en emporte le vent
 MĂȘme s’il est important de faire toutes ces lois sur l’agriculture, les semences, etc., pour lĂ©gifĂ©rer, il faudrait dans un premier temps une action des citoyens plus importante. Parce qu’en rĂ©alitĂ©, c’est le peuple qui est concernĂ©.

 

Comment, malgré tout, le peuple peut-il pousser les élus à changer les lois ?

En Ă©tant suffisamment nombreux, pour dire : « Ecouter ça suffit ! ». En lançant de grandes pĂ©titions, sur des thĂšmes bien prĂ©cis, diffusĂ©es largement, partout, sur tous les rĂ©seaux, et obtenir les signatures de la part d’électeurs. La conscience citoyenne doit rĂ©ellement ĂȘtre prise en compte. Parce qu’aujourd’hui nous sommes dans la posture : nous allons Ă©lire une personne qui va trahir ce qu’elle a dit, qui ne va pas appliquer ce qu’elle a promis


Et si les gens, eux-mĂȘmes n’engagent pas leur propre transformation, Ă  quoi ça sert ? Bien sĂ»r, on obtiendra des choses par ci par lĂ , mais le vĂ©ritable problĂšme de l’humanitĂ© est au cƓur de l’humanitĂ©, dans sa propre conscience et sa vision du monde. Si on ne change pas de niveau de conscience, on ne changera pas modĂšle sociĂ©tal


 

Entretien réalisé par Sabah Rahmani

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2 commentaires

  1. Cette lecture nous incite Ă  ĂȘtre acteur du changement
    « changer pour ne pas disparaĂźtre » dit Pierre RABHI
    Il sĂšme le bon grain et insuffle des valeurs nouvelles…….
    A nous de nous les approprier et de faire notre part -car le problĂšme est en chacun de nous-

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