🗯 La naissance de Spirou ðŸ—¯

C’est en retrouvant cette rubrique du Fureteur (Dessins de Jamic -Jacques Michel-) dans le Spirou n°886 du 7 avril 1955 que j’ai eu envie de reparler de la naissance de Spirou. Le Fureteur donne la naissance de Spirou telle qu’elle fut racontée dans la première planche de cette série dans le Spirou n°1 du 21 avril 1938 :

Mais dans « le vrai monde où l’on s’ennuie » (comme diraient Greg et Dany dans la BD Olivier Rameau et Colombe Tiredaile) l’histoire fut un peu différente. Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault nous la racontent d’une manière résumée et précise dans l’intégrale de Spirou par Rob-Vel chez Dupuis (en gras et italique dans le texte qui suit) :

[…] Jean Dupuis […] commença par dresser le portrait de celui qui serait l’emblème de son journal : […]

« Spirou est un garçon de huit à dix ans, peut-être un peu turbulent et distrait ; mais son instituteur ne s’en plaint pas beaucoup parce qu’il essaye de faire ses devoirs comme il peut. Quand à la fin de la classe, il rentre chez lui, il se dispute souvent avec ses compagnons, il est mêlé à de véritables batailles peu édifiantes, mais courantes dans le monde des jeunes écoliers. Dans ces batailles, Spirou cogne parfois dur, mais il est quand même aimé de ses compagnons ; car aussi bien dans les disputes que dans les batailles, il n’est jamais méchant, toujours loyal et juste ; on sait aussi qu’il est généreux, et lorsqu’il revient le lundi à l’école avec les deux francs que son parrain lui a donnés pour son dimanche, il va les remettre à l’œuvre des enfants prétuberculeux. Spirou est done un enfant charmant, loyal, généreux, et c’est pourquoi son nom a été adopté pour être le titre de notre nouvelle publication.»

Et c’est comme cela que nous le présentent Laurent Verron et Yves Sente dans leur album «Il s’appelait Ptirou» :

Dès l’origine, la dimension morale du personnage était un aspect essentiel de son profil car Jean Dupuis était un fervent catholique, soucieux de donner à ses lecteurs de saines lectures, porteuses de valeurs humanistes et éducatives. […] L’humour était également très présent chez les Dupuis. […] Pierre Matthews, leur petit-fils, résume d’ailleurs l’esprit de la famille dans une savoureuse formule, « Dupuis, c’est l’apostolat de la bonne humeur ! » ; formule qui exprime à merveille ce délicieux mélange de morale et de fantaisie qui a constitué des décennies durant la marque de fabrique de la maison.
Si le caractère du héros était cerné, il restait néanmoins à lui donner un nom qui puisse symboliser les vertus qu’on ambitionnait pour lui. Ce fut lors d’une réunion de famille qui eut lieu en mai 1937 que celui-ci fut définitivement arrêté. […]

Fort d’une description précise et d’un nom propre à fédérer les enfants de Wallonie, Spirou n’avait cependant pas encore de physionomie. Il restait à trouver un artiste susceptible de lui donner des traits. […]

(Laurent Verron et Yves Sente dans leur album «Il s’appelait Ptirou»  
lui donne un job de Groom sur le bateau «L’Île de France»
dont un certain Steward se nomme Robert,
comme Rob(ert) Vel(ter) le fut avant d’être dessinateur.
Dans la case ci-dessus Ptirou s’incline pour laisser sortir le steward
et on verra plus bas que c’est inspiré de la dernière case de la première planche
de Spirou par Rob-Vel)

Paul Dupuis, qui se rendait fréquemment à Paris pour démarcher les agences de presse susceptibles de lui fournir des droits de publication, profita d’un séjour parisien pour faire la connaissance de […] Rob-Vel. Ce dernier, alors âgé de vingt-huit ans, accepta de faire des essais. Outre son personnage de Toto, créé quelques mois auparavant, il animait chaque semaine celui de M. Subito pour Le Petit Parisien et traduisait également les bandes américaines publiées dans les journaux du groupe de presse Excelsior.

(«Il s’appelait Ptirou» )

Son parcours professionnel était très atypique puisqu’il avait appris son métier auprès d’un des meilleurs professeurs qui soient, l’immense Martin Branner, dessinateur américain de Winnie Winkle – Bicot en français dont les bandes étaient alors reprises dans plus de deux mille journaux à travers le monde. Véritable vedette de l’âge d’or de la bande dessinée américaine, Branner avait permis au jeune Velter – croisé sur un paquebot transatlantique – d’intégrer son studio new-yorkais pendant deux ans. 

(«Il s’appelait Ptirou» )

Auprès du maître, il avait commencé au bas de l’échelle comme simple commis, puis avait gommé le crayonné des planches, jusqu’au jour où on lui confia du lettrage, puis des décors, et enfin, quelques rares encrages de personnages. Il acquit en outre une véritable maîtrise de toutes les techniques de la bande dessinée, lui qui avait toujours regretté de n’avoir pas reçu de formation académique dans une école de dessin. Ce bagage totalement inédit pour un dessinateur français lui conféra une touche américaine sans égale en Europe au moment où il entreprit de démarcher les rédactions parisiennes. À une époque où les États-Unis inondaient le monde de leurs productions dessinées, ce savoir-faire unique fut probablement un argument décisif en sa faveur dans l’idée des Dupuis.

(Les premières esquisses de Rob-Vel pour trouver
le personnage de Spirou
in L‘intégrale de Spirou par Rob-Vel chez Dupuis)(Ci-dessus et ci-dessous des dessins de Groom que faisait
le Steward Robert Velter
in L‘intégrale de Spirou par Rob-Vel chez Dupuis)

Ci-dessus la première planche de Spirou dessinée par Rob-Vel dans l’histoire «Il s’appelait Ptirou»  et ci-dessous la planche originale par Rob-Vel  in L‘intégrale de Spirou par Rob-Vel chez Dupuis)

 

On voit dans l’avant dernière case que Rob-Vel donne naissance à Spirou grâce à de «L’eau de vie» (et non pas «esprit de vie» comme le dira le Fureteur en 1955, mais peut être qu’eau de vie faisait trop « alcool ») et Sente et Verron dans leur belle histoire «Il s’appelait Ptirou»  inventeront que cette «eau de vie» était le parfum porte-bonheur de la mère à Ptirou (qui est morte dans un accident du travail au cirque) et que Ptirou, avant de disparaître, la remettra au steward Robert qui s’en rappellera au moment de créer la vraie BD de Spirou (vous arrivez à suivre ? Sinon reprenez tout depuis le début, car j’ai fini 😉 )

(voir aussi mon article Les 80 ans de Spirou)

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