🐧 Mouvement social des Gilets jaunes đŸ§

 

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Extraits d’une entrevue avec Guy Groux est sociologue et directeur de recherche CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) . Entre montĂ©e des inĂ©galitĂ©s et nouvelles organisations sans chefs, il dĂ©crypte pour We Demain le mouvement social des Gilets jaunes,
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La sociĂ©tĂ© d’hier permettait aux classes moyennes une vision de l’avenir ascendante, pour eux et leurs enfants. Aujourd’hui, ces mĂȘmes classes connaissent l’angoisse du lendemain. Et ceci on le doit principalement Ă  quatre dĂ©cennies de chĂŽmage de masse. À une marginalisation qui se traduit aussi en termes de perte de reconnaissance. Il n’y a qu’à lire le livre La France pĂ©riphĂ©rique du gĂ©ographe Christophe Guilluy pour prendre l’ampleur du phĂ©nomĂšne.

Il y a plusieurs logiques Ă  l’Ɠuvre, comme l’étalement urbain qui a permis aux Français de continuer Ă  se loger de façon abordable en habitant toujours plus loin de leur travail. Mais aujourd’hui, avec l’augmentation du prix du carburant, ce modĂšle est devenu problĂ©matique. Parmi ceux qui en souffrent, on trouve des salariĂ©s Ă©loignĂ©s de leur travail mais aussi des artisans, des patrons de PME, des indĂ©pendants. Autant de professionnels pour qui le vĂ©hicule est vital et qui pĂątissent structurellement de la hausse du diesel.

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Il y a une crise de confiance dans ce qu’on appelle les « corps intermĂ©diaires ». On est Ă  moins de 10 % de syndiquĂ©s en France, divisĂ©s en sept grandes centrales ! Et ces organisations se sont tenues Ă  l’écart du mouvement du 17 novembre notamment par peur de l’infiltration par l’extrĂȘme droite. Mais le problĂšme ne vient pas que de la CFDT ou de la CGT. Ce mouvement ne rassemble pas que des salariĂ©s mais beaucoup d’indĂ©pendants. Que font leurs reprĂ©sentants ? Les syndicats agricoles, la CGPME ou l’UPA ? Pourquoi n’ont ils pas rĂ©ellement entendu le ras-le-bol exprimĂ© ?

Cette dĂ©fiance n’est pourtant pas inĂ©dite. Le terme « rĂ©volte contre les Ă©lites » est apparu lors des grandes grĂšves de 1995. CrĂ©Ă© depuis une dizaine d’annĂ©es par le CEVIPOF, le « BaromĂštre Confiance  » n’a cessĂ© de le constater. D’ailleurs, l’offre politique s’y est adaptĂ©e : la France Insoumise et le Rassemblement National sont tous les deux des partis antisystĂšmes. MĂȘme Emmanuel Macron Ă  sa façon s’est Ă©rigĂ© comme une alternative aux partis de gouvernement qu’étaient le PS et l’UMP.

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Au Tea Party et Ă  Occupy Wall Street […], il y a prĂšs de dix ans, secouaient dĂ©jĂ  l’échiquier politique amĂ©ricain. On pourrait aussi citer Podemos, Syriza ou Nuit Debout. Mais dans la plupart de ces cas, on pouvait constater la prĂ©sence d’organisations plus ou moins structurĂ©es, de militants et d’élus. Et une couleur politique clairement affichĂ©e, ce qui n’est pas le cas du mouvement Gilets jaunes qui se revendique non-partisan.

Ce qui est nouveau, c’est la rĂ©volution numĂ©rique et les rĂ©seaux sociaux qui permettent de court-circuiter les corps intermĂ©diaires, comme les partis ou les syndicats. En mai 1968, il y avait des forums spontanĂ©s oĂč chacun prenait la parole et qui surgissaient un peu partout dans Paris et en France. Mais c’était les syndicats, les organisations Ă©tudiantes ou certaines organisations politiques qui tenaient la rue et organisaient les actions et les manifestations.

Le risque aujourd’hui, c’est un manque de cohĂ©sion. Je ne suis pas sĂ»r qu’un gilet jaune de Fos-sur-Mer ait les mĂȘmes vues, opinions et revendications qu’un autre du bassin lorrain ou d’ailleurs. Certains essaient de rĂ©diger des cahiers de dolĂ©ances, comme aux grandes heures de la rĂ©volution française. Mais sans leaders, il est trĂšs difficile pour eux d’avoir un discours cohĂ©rent. Et cela prive aussi l’État et les pouvoirs publics d’interlocuteurs.

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Emmanuel Macron se retrouve au plus bas dans les sondages, mais on le sait, en face personne n’en profite. Du point de vue crĂ©dibilitĂ©, tous les leaders d’opposition se situent Ă  des niveaux trĂšs faibles. Aucune femme ou aucun autre homme politique n’est portĂ© par l’opinion. Faute d’alternative, on peut avoir des dĂ©bordements sur le terrain. Ou plus grave. Aux États-Unis, en Italie ou au BrĂ©sil, les mouvements antisystĂšme ont participĂ© Ă  l’élection de dirigeants populistes voire d’extrĂȘme droite.[…] L’inconnue, c’est quelle rĂ©ponse apportera l’État Ă  cette colĂšre. Et s’il n’y a pas de rĂ©ponse, quid ensuite ?

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LIRE L’ENTREVUE EN  INTÉGRALITÉ ET D’AUTRES INFOS SUR LE SITE WE DEMAIN 

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