🕉️ Un démon nocturne ðŸ•‰ï¸

J’ai il y a peu mis en ligne un article sur l’extraordinaire femme qu’était Alexandra David Néel. Comme d’habitude je l’ai illustré par des images de BD que j’ai lues (et relues, elles font partie de celles que je reprends souvent dans ma bibliothèque) :

Et il y a toujours une case qui me fait un clin d’oeil :

 

En effet il y a 14 ans (déjà !) je suis parti pour la troisième fois dans l’Himalaya (au Ladakh).

Cette fois-ci ce n’était pas un voyage en famille mais un séjour d’un mois et demi pour faire une retraite de méditation. En effet la maladie qui m’accompagne depuis déjà longtemps commençait à m’étreindre fortement sans qu’aucun diagnostique ne puisse être posé. Je pensais alors que la fatigue et les douleurs n’étaient le résultat que d’une vie un peu trop intense en activités et que se «retirer du monde» pendant quelques mois me permettrait de «me retrouver». Il me faudra encore attendre trois ans pour que la médecine pose un diagnostique sur ces désagréments.

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ce voyage il y a quelques années, mais là je vais en reparler en partant de cette case de BD. En effet comme dans celle-ci, la nuit, j’avais des démons «bouddhistes» (surtout personnels 😀 ) qui venaient me rendre visite !

En fait notre premier voyage au Ladakh (7 ans auparavant) était un cadeau pour nos deux filles aînées. Un voyage «sac au dos», sans aucune préparation (à part les tickets d’avion aller et retour) pour se confronter avec elles et mon épouse à notre désir de les élever en vue d’une autonomie personnelle. Cela nous avait déjà permis de nous confronter à nos limites et à nos peurs.

Cette fois-ci, pour ma part, cela sera encore amplifié par le fait d’être seul sur place et de pratiquer la méditation 6 heures par jour (ce qui n’est pas non plus un exploit, je tiens à le préciser).

 

 

Premiers réveils émotionnels sur la notion d’abandon. Alors que Lama Thupstan Wangchuk devait m’accueillir, il a du partir en Europe au même moment. C’est Puntchok, son secrétaire qui devait m’attendre mais, très tête en l’air, il a oublié. Heureusement j’ai pu prendre contact avec mes amis Mustapha et Mohiuddin qui tiennent le Dragon Hôtel, qui m’hébergeront en attendant que je le retrouve.

Les bureaux de Lama Thupstan Wangchuk ont déménagé, leur habitation aussi, les numéro de téléphone aussi. Bref je me sens perdu. Lors d’un rassemblement de moines j’ai un contact avec Togden Rimpoché qui vient de temps en temps en Europe, il me donne rendez-vous le lendemain dans un de ses monastères, mais manque de précision sur le monastère, je ne le rencontrerai finalement pas, malgré un voyage en bus, un trajet à pieds et une attente d’une journée.

Je ne me sens pas très bien, avec ce sentiment d’abandon et mon appétit qui a disparu (effet habituel de l’altitude sur moi) je mange une soupe par jour. Je maigris assez rapidement.
Les nuits sont froides et dans la journée le soleil crame la peau, mais à l’ombre le vent est glacé.

Durant mes temps libres, je lis Etty Hillesum, son cheminement vers la mort dans un détachement extatique me renvoie à mes propres peurs. Le fait de savoir que je suis soutenu, entre autre par ma famille m’aide. Comme dit Etty je m’accroche au petit bout de terre ferme pour ne pas me faire emmener par l’océan en furie des évènements et émotions impermanentes.

Avec la méditation je prends réellement conscience de la façon dont « fonctionne » ma tête et que le film qui s’y déroule influence directement ma façon de voir la réalité et les émotions que cela entraîne chez moi.

Quelques jours plus tard j’ai enfin le contact avec Puntchok. Il m’emmène à la campagne, dans une maison en construction qui appartient à Lama Thupstan Wangchuk, maison sponsorisée par des hollandais.

 

Je me pose, attendant que mon âme me rejoigne. Je fais 6 heures de méditation par jour (3 le matin et 3 le soir) entrecoupées de 2 heures de marche. Je tiens à jour mon carnet de bord qui me permet de prendre de la distance avec toutes les perturbations émotionnelles qui peuvent remonter à la surface. De vieilles peurs, de vieux rêves ou cauchemars reviennent profitant du lâcher prise dans lequel je suis lors des méditations. J’accueille tout cela, apprenant à vivre même avec des facettes non acceptées.

C’est à ce moment là que ces peurs se manifestent la nuit sous forme de démons qui viennent me voir. Rationnellement il est fort probable que ce ne sont que des rêves, des divagations mentales nocturnes, mais quand je les vis elles sont bien réelles pour moi. Je sens les mains des démons qui me saisissent.

Le travail semble être long et douloureux. Parfois, je regrette d’être venu, à d’autres moments je me dis que ce que je vis je n’aurais pas pu le vivre si j’étais resté en France.

Je me lève à 7h00, je fais du chikung. Je prends ensuite mon petit déjeuner et je me rase. Je ne fais une toilette un peu complète qu’une fois par semaine avec de l’eau tiédie, un peu propre. Le reste du temps pour me raser j’utilise une eau froide qui coure des les champs.

Après plusieurs jours de méditation je commence seulement à découvrir le calme en moi, les passions sont un peu calmées mais j’ai toujours des rêves forts, de ces «déités» qui viennent me visiter la nuit.

Après 15 jours le corps et les passions sensuelles se réveillent, il faut trouver les pratiques pour permettre d’utiliser cette énergie dans la méditation. La méditation me fait l’effet d’un « goutte à goutte » sur un rocher qui petit à petit va marquer son empreinte, alors que chaque goutte ne semble pas entamer la pierre.

Une heure de pouja de Mahakala au Soma Gompa dans une position peu confortable et je me crée un étirement dans le genou. Je fais du chikung pour essayer de compenser mais cela devient vite insupportable malgré les massages. Je vais à l’hôpital et reste 2/3 jours sans bouger avant de repartir dans mon rythme habituel, marchant en boitant. Je médite sur une chaise au début, ne pouvant plus m’asseoir au sol et je change régulièrement de position quand la douleur ne devient plus supportable.

Finalement même s’il fait toujours froid, avec un peu de pluie, la méditation coule mieux, où c’est moi qui me sens plus à l’aise dans le courant de la vie que je mène. J’ai l’impression (positive) de m’ouvrir, comme un fruit qu’on ouvre pour mieux le déguster. Lama Thupstan Wangchuk est revenu d’Europe et sait être de bon conseil dans la pratique et le quotidien.

Je me soigne mon genou avec des galets que je mets à chauffer au soleil sur le toit puis que je pose de chaque côté du genou. Je retourne voir un médecin, un peu inquiet que la douleur soit toujours là, mais il semblerait que cela soit très long à guérir.

Toujours des rêve forts, comme des rêves de « vies antérieures ».

Voilà tous ces souvenirs, positifs in fine, qui ont remonté en regardant cette simple case de BD.

Avec Puntchok etLama Thupstan Wangchuk

 

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