đŸŒ Le lynx đŸ˜

(Saki Zuni et la Nature, René Hausman, Spirou n°1583 du 15 août 1968)

Les Lynx sont des fĂ©lins de la sous-famille des fĂ©linĂ©s. Parmi les fĂ©lins, les lynx sont aisĂ©ment reconnaissables Ă  leur face ornĂ©e de favoris, Ă  leurs oreilles triangulaires surmontĂ©es d’une touffe de poils noirs, et Ă  leur corps dotĂ© d’une courte queue et de longues pattes. Parmi les caractĂ©ristiques moins visibles, les lynx ne possĂšdent que 28 dents, au lieu des 30 dents habituelles chez les fĂ©lins.

PrĂ©dateurs de l’hĂ©misphĂšre nord, les lynx ont pour habitat prĂ©fĂ©rĂ© la forĂȘt borĂ©ale. ConsidĂ©rĂ©s comme trĂšs largement rĂ©pandus, exception faite du Lynx pardelle gravement menacĂ©, ils font partie des rares fĂ©lins dont on estime les populations stables. Alors qu’ils tenaient une place importante dans la mythologie amĂ©rindienne, les lynx Ă©taient fort mĂ©connus en Europe et y ont souffert d’une rĂ©putation de bĂȘte fĂ©roce.

Le terme « lynx » est directement issu du latin « lynx », lui-mĂȘme tirĂ© du grec ancien « Î»ÏÎłÎŸ » qui dĂ©signe tout simplement l’animal. Il existe quelques variations orthographiques telles que « linz » durant le XXIĂšme siĂšcle ou « lins » au XIIIĂšme siĂšcle.

Au sens figuré, un lynx est une personne trÚs rusée.

« Avoir des yeux de lynx » signifie avoir une trĂšs bonne vue ; cette expression est issue d’une confusion avec « avoir des yeux de LyncĂ©e », en rĂ©fĂ©rence Ă  l’argonaute LyncĂ©e qui possĂ©dait une vision perçante, et a Ă©tĂ© Ă  l’origine de la lĂ©gende sur les bons yeux du lynx. Ainsi, la constellation du Lynx aurait Ă©tĂ© appelĂ©e ainsi par Hevelius au XVIIĂšme siĂšcle car il faut avoir les yeux de lynx pour l’apercevoir.

Dans la mythologie amĂ©rindienne, la figure du lynx est souvent associĂ©e Ă  celle du Coyote, dans un thĂšme de gĂ©mellitĂ©. Le lynx et le coyote sont respectivement associĂ©s au vent et au brouillard, deux Ă©lĂ©ments opposĂ©s dans le folklore amĂ©rindien. Les lĂ©gendes varient lĂ©gĂšrement entre les peuples nord-amĂ©ricains, et des mythes Ă©quivalents existent en AmĂ©rique du Sud, comme au BrĂ©sil par exemple. Les figures du Lynx et du Coyote dans les mythes des Indiens d’AmĂ©rique ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es par Claude LĂ©vi-Strauss, dans son livre Histoire de Lynx. Selon lui, ces jumeaux opposĂ©s et de force inĂ©gale reprĂ©sentent un monde en perpĂ©tuel dĂ©sĂ©quilibre. Cette analyse lui permet d’interprĂ©ter les comportements amicaux des AmĂ©rindiens lors de leurs premiers contacts avec des EuropĂ©ens : pour les AmĂ©rindiens, l’existence de leur peuple impliquait l’existence d’autres peuples dont ils attendaient la venue. Toujours selon LĂ©vi-Strauss, les versions plus tardives sont le rĂ©sultat du contact rĂ©gulier avec les EuropĂ©ens.

Dans une lĂ©gende Shawnee, le lynx, un des quatre protecteurs de l’étoile du matin, se fait entourlouper par un lapin : alors que ce dernier est acculĂ© dans un arbre, prĂȘt Ă  ĂȘtre attrapĂ© par le lynx, il suggĂšre Ă  son prĂ©dateur de faire un feu pour le rĂŽtir ; le lapin saute alors de l’arbre, et les braises s’éparpillent sur la fourrure du lynx et dessinent des taches marron foncĂ© sur sa robe. Les Mojaves croient que rĂȘver souvent d’un objet ou d’un ĂȘtre vivant leur donne leurs caractĂ©ristiques. S’ils rĂȘvent des deux divinitĂ©s que reprĂ©sentent le lynx et le puma, ils pensent que cela va leur donner des compĂ©tences Ă  la chasse supĂ©rieures Ă  celles des autres tribus. Les colons europĂ©ens ont aussi admirĂ© ce fĂ©lin, et aux États-Unis, il reste prĂ©Ă©minent dans les anthologies du folklore national.

L’urine de lynx avait la propriĂ©tĂ© de se solidifier pour former une pierre prĂ©cieuse rouge, le lyncurium, lyncurius ou lapis lyncurius. Afin de cacher cette pierre et par jalousie, le lynx recouvre son urine de terre. La pierre fabuleuse est capable de soigner l’ictĂšre et de faire disparaĂźtre les calculs de la vessie. Selon Theophrastus (VĂšme siĂšcle av. J.-C.), la pierre attire Ă  elle la paille, les copeaux de bois, le cuivre et le fer ; elle est de meilleure qualitĂ© si elle provient d’individus sauvages et masculins. Bien que personne n’ait jamais vu cette pierre fabuleuse, les Ă©crits de Theophrastus seront repris par plusieurs auteurs classiques comme Ovide (Ier siĂšcle), Pline l’Ancien (Ier siĂšcle) et Isidore de SĂ©ville (VIIĂšme siĂšcle) jusqu’au XVIIĂšme siĂšcle oĂč il disparaĂźt progressivement des lapidaires, sans que les croyances de Theophrastus ne soient jamais remises en doute.

 

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