🗯 Alexandra David-NĂ©el đŸ—Ż

Alexandra, nĂ©e le 24 octobre 1868 Ă  Saint-MandĂ©, est la fille unique de Louis David, franc-maçon de souche huguenote, instituteur (qui fut militant rĂ©publicain lors de la rĂ©volution de 1848, et ami du gĂ©ographe anarchiste ÉlisĂ©e Reclus), et d’Alexandrine Borghmans, Belge catholique d’origine scandinave et sibĂ©rienne. Louis et Alexandrine s’Ă©taient rencontrĂ©s en Belgique oĂč le maĂźtre d’Ă©cole et Ă©diteur d’une revue rĂ©publicaine s’Ă©tait exilĂ© lorsque Louis-NapolĂ©on Bonaparte Ă©tait devenu empereur. Entre l’Ă©poux, dĂ©sargentĂ©, et l’Ă©pouse, qui n’hĂ©riterait de son pĂšre qu’Ă  la mort de celui-ci, les motifs de dĂ©saccord croissent avec la naissance d’Alexandra. Alors que sa mĂšre veut qu’elle reçoive une Ă©ducation catholique, son pĂšre la fait secrĂštement baptiser dans la foi protestante.

 

En 1871, rĂ©voltĂ© par l’exĂ©cution des derniers communards devant le mur des FĂ©dĂ©rĂ©s au cimetiĂšre du PĂšre-Lachaise Ă  Paris, Louis David y emmĂšne sa fille de deux ans, EugĂ©nie, future Alexandra, pour qu’elle voie et n’oublie jamais, par cette rencontre prĂ©coce du visage de la mort, la fĂ©rocitĂ© des hommes.

 

Avant mĂȘme l’Ăąge de 15 ans, Alexandra s’exerce Ă  un bon nombre d’austĂ©ritĂ©s extravagantes : jeĂ»nes, tortures corporelles, recettes puisĂ©es dans des biographies de saints ascĂštes trouvĂ©es dans la bibliothĂšque de l’une de ses parentes, Ă  ce qu’elle note dans Sous des nuĂ©es d’orage, paru en 1940.

À 15 ans, passant ses vacances avec ses parents Ă  Ostende, elle fugue et gagne le port de Flessingue en Hollande pour essayer d’embarquer vers l’Angleterre. Le manque d’argent l’oblige Ă  renoncer.

 

Durant toute son enfance et son adolescence elle cĂŽtoie ÉlisĂ©e Reclus, qui l’amĂšne Ă  s’intĂ©resser aux idĂ©es anarchistes de l’Ă©poque (Max Stirner, Michel Bakounine, etc.) et aux fĂ©ministes qui lui inspireront la publication de Pour la vie en 1898. Elle devient d’ailleurs une libre collaboratrice de La Fronde, journal fĂ©ministe crĂ©Ă© par Marguerite Durand et gĂ©rĂ© coopĂ©rativement par des femmes, elle participe Ă©galement Ă  diverses rĂ©unions du Conseil national des femmes françaises ou italiennes. Mais elle rejette en revanche certaines des positions prĂŽnĂ©es lors de ces rĂ©unions (par exemple le droit de vote), prĂ©fĂ©rant la lutte pour l’Ă©mancipation Ă©conomique. Alexandra s’Ă©loignera d’ailleurs de ces « oiseaux aimables, au prĂ©cieux plumage », ces fĂ©ministes venant pour la plupart de la haute sociĂ©tĂ©, et oubliant la lutte Ă©conomique Ă  laquelle la plupart des femmes sont astreintes.

 

ParallÚlement, à partir de 1888, elle entre en franc-maçonnerie et atteindra le 30e degré dans le rite écossais ancien et accepté

Selon Raymond Brodeur, en 1889, Ă  21 ans, elle se convertit au bouddhisme, notant la chose dans son journal intime, paru en 1986 sous le titre de La Lampe de sagesse. La mĂȘme annĂ©e, pour se perfectionner en anglais, langue indispensable Ă  une carriĂšre d’orientaliste, elle part Ă  Londres oĂč elle frĂ©quente la bibliothĂšque du MusĂ©e britannique et fait par ailleurs la connaissance de divers membres de la SociĂ©tĂ© thĂ©osophique. L’annĂ©e suivante, de retour Ă  Paris, elle s’initie au sanscrit, au tibĂ©tain.

C’est au musĂ©e Guimet que naĂźt la vocation d’orientaliste et de bouddhiste d’Alexandra. Son intĂ©rĂȘt pour ce musĂ©e remonte Ă  son inauguration le 20 novembre 1889. Le 27 juin 1898, elle assiste Ă  une cĂ©rĂ©monie bouddhique, confĂ©rĂ©e au musĂ©e Guimet en prĂ©sence de Georges Clemenceau, par un lama mongol proche du 13e dalaĂŻ-lama, Agvan Dorjiev.

À l’incitation de son pĂšre, Alexandra entre au Conservatoire royal de Bruxelles, oĂč elle Ă©tudie le piano et le chant. Pour aider ses parents qui connaissent des revers de fortune, Alexandra, qui a reçu un premier prix de chant, occupe, sous le nom d’Alexandra Myrial, l’emploi de premiĂšre chanteuse Ă  l’OpĂ©ra d’HanoĂŻ (Indochine), durant les saisons 1895-1896 et 1896-1897. Elle y interprĂšte le rĂŽle de Violetta dans La Traviata (de Verdi), puis chante dans Les Noces de Jeannette (de Victor MassĂ©), Faust et Mireille (de Gounod), LakmĂ© (de LĂ©o Delibes), Carmen (de Bizet), ThaĂŻs (de Massenet). Elle entretient, Ă  cette Ă©poque, des rapports Ă©pistolaires avec FrĂ©dĂ©ric Mistral et Jules Massenet.

 

De 1897 Ă  1900, elle partage, Ă  Paris, la vie du pianiste Jean Haustont, avec qui elle Ă©crit Lidia, drame lyrique en un acte dont Haustont compose la musique et Alexandra le livret. Elle part chanter Ă  l’opĂ©ra d’AthĂšnes, de novembre 1899 Ă  janvier 1900 puis, en juillet de la mĂȘme annĂ©e, Ă  l’opĂ©ra de Tunis, ville oĂč elle rencontre, peu aprĂšs son arrivĂ©e, un cousin Ă©loignĂ©, Philippe NĂ©el, ingĂ©nieur en chef des Chemins de fer tunisiens et son futur Ă©poux. Elle abandonne sa carriĂšre de chanteuse Ă  l’Ă©tĂ© 1902, Ă  l’occasion d’un sĂ©jour de Jean Haustont Ă  Tunis et assure, pendant quelques mois, la direction artistique du casino de Tunis, tout en poursuivant ses travaux intellectuels.

Le 4 aoĂ»t 1904, Ă  Tunis, elle Ă©pouse Philippe NĂ©el de Saint-Sauveur, son amant depuis le 15 septembre 1900. Elle a 36 ans. Leur vie commune, parfois orageuse, mais empreinte de respect mutuel, cesse le 9 aoĂ»t 1911, lors de son dĂ©part, seule, pour son troisiĂšme voyage en Inde (1911-1925) (le deuxiĂšme s’Ă©tant effectuĂ© pendant un tour de chant).

Trois ministĂšres l’aident Ă  financer ce voyage d’Ă©tude19. Alexandra ne veut pas d’enfants, elle a conscience que les charges d’une maternitĂ© sont incompatibles avec son besoin d’indĂ©pendance et son goĂ»t des Ă©tudes. Elle promet Ă  Philippe de regagner le domicile conjugal dans dix-huit mois : ce n’est que quatorze ans plus tard, en mai 1925, que les Ă©poux se retrouveront
 et se sĂ©pareront Ă  nouveau au bout de quelques jours, Alexandra Ă©tant revenue avec son compagnon d’exploration, le jeune lama Aphur Yongden, dont elle devait faire son fils adoptif en 1929.

 

Pour autant, les deux Ă©poux entamĂšrent, aprĂšs cette sĂ©paration, une abondante correspondance qui ne cessera qu’avec la mort de Philippe NĂ©el, le 8 fĂ©vrier 1941. De ces Ă©changes subsistent nombre de lettres Ă©crites par Alexandra, et quelques lettres Ă©crites par son mari, beaucoup ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©es ou perdues lors des tribulations d’Alexandra pendant la guerre civile chinoise, au milieu des annĂ©es 1940.

 

Alexandra a bĂ©nĂ©ficiĂ©, dans les annĂ©es 1890, d’un hĂ©ritage lĂ©guĂ© par sa marraine. Elle possĂšde, Ă  son mariage, un capital personnel de 77 696 F de l’Ă©poque. De 1904 Ă  1911, elle augmente son portefeuille par l’achat de nouvelles valeurs, notamment des obligations diffusĂ©es par des compagnies de chemins de fer. Par le truchement des ambassades, elle envoie Ă  son mari des procurations pour qu’il gĂšre son portefeuille. Philippe lui a servi d’intermĂ©diaire bancaire durant ses grands voyages en lui envoyant les sommes qu’elle demande, celles-ci lui appartenant en propre. Et il ne refusera pas de l’aider financiĂšrement lorsque, isolĂ©e et dĂ©munie, elle en aura le plus besoin lors de son sĂ©jour en Inde en 1924-1925, aprĂšs son voyage Ă  Lhassa.

Alexandra David-NĂ©el arrive au Sikkim en 1912. Elle se lie d’amitiĂ© avec SidkĂ©ong Tulku Namgyal, le fils aĂźnĂ© du souverain (chogyal) de ce royaume (qui deviendra un État de l’Inde), et se rend dans de nombreux monastĂšres bouddhistes pour parfaire sa connaissance du bouddhisme.

En 1914, elle rencontre dans un de ces monastÚres le jeune Aphur Yongden, ùgé de 15 ans, dont elle fera par la suite son fils adoptif.

Tous deux dĂ©cident de se retirer dans une caverne en ermitage Ă  plus de 4 000 mĂštres d’altitude, au nord du Sikkim.

 

SidkĂ©ong, alors chef spirituel du Sikkim, est envoyĂ© Ă  la rencontre d’Alexandra David-NĂ©el par son pĂšre, le Maharaja du Sikkim, prĂ©venu de son arrivĂ©e en avril 1912 par le rĂ©sident britannique Ă  Gangtok. Lors de cette premiĂšre rencontre, l’entente entre eux est immĂ©diate : SidkĂ©ong, avide de rĂ©formes, Ă©coute les conseils d’Alexandra David-NĂ©el, et avant de repartir Ă  ses occupations, lui laisse le Lama Kazi Dawa Samdup comme guide, interprĂšte et professeur de tibĂ©tain.

Le Lama Kazi Dawa Samdup accompagne Alexandra David-NĂ©el Ă  Kalimpong, oĂč elle se rend pour rencontrer le 13e dalaĂŻ-lama en exil.

 

Elle est reçue en audience le 15 avril 1912, et croise dans la salle d’attente Ekai Kawaguchi, qu’elle retrouvera au Japon.

Le dalaĂŻ-lama la reçoit accompagnĂ©e de l’indispensable interprĂšte, et lui conseille fortement d’apprendre le tibĂ©tain, un avis qu’elle suivra. Elle reçoit sa bĂ©nĂ©diction, puis le dalaĂŻ-lama engage le dialogue, lui demandant comment elle est devenue bouddhiste. Alexandra provoquera son hilaritĂ© en affirmant ĂȘtre la seule bouddhiste de Paris, et son Ă©tonnement en lui apprenant que le Gyatcher Rolpa, un livre tibĂ©tain sacrĂ©, a Ă©tĂ© traduit par Philippe-Édouard Foucaux, un professeur au CollĂšge de France. Elle demande nombre d’explications complĂ©mentaires que le dalaĂŻ-lama s’efforce de lui fournir, lui promettant de rĂ©pondre Ă  toutes ses questions par Ă©crit.

 

Fin mai, elle se rend Ă  Lachen, oĂč elle rencontre Lachen Gomchen RinpochĂ©, le supĂ©rieur (gomchen) du monastĂšre de la ville. Elle vit plusieurs annĂ©es auprĂšs d’un des plus grands gomchens dont elle a le privilĂšge de recevoir l’enseignement et, surtout, elle est tout prĂšs de la frontiĂšre tibĂ©taine, qu’envers et contre tous elle franchit Ă  deux reprises.

Dans sa caverne d’anachorĂšte, elle s’exerce aux mĂ©thodes des yogis tibĂ©tains.

 

Elle fait parfois tsam, c’est-Ă -dire fait retraite plusieurs jours durant sans voir personne, elle apprend la technique du toumo, qui permet de mobiliser son Ă©nergie interne pour produire de la chaleur.

À la suite de cet apprentissage, son maĂźtre, le gomchen de Lachen, lui donnera le nom religieux de YĂ©shĂ© TömĂ©, « Lampe de Sagesse », qui lui vaudra par la suite d’ĂȘtre reconnue par les autoritĂ©s bouddhistes partout oĂč elle se rendra en Asie.

Alors qu’elle est en compagnie de Lachen Gomchen RinpochĂ©, Alexandra David-NĂ©el retrouve Ă  Lachen le 29 mai 1912 SidkĂ©ong en tournĂ©e d’inspection. Ces trois personnalitĂ©s du bouddhisme ainsi rĂ©unies rĂ©flĂ©chissent et travaillent Ă  la rĂ©forme et Ă  la propagation du bouddhisme, comme le dĂ©clarera le Gomchen.

Vers la mi-novembre 1912, elle visite le NĂ©pal, et se rend en pĂšlerinage sur le lieu de naissance du Bouddha Ă  Lumbini le 10 janvier 1913. Le lendemain, elle va chercher en vain les ruines du village de son enfance Ă  Kapilavastu. Elle poursuit son pĂšlerinage sur les pas du Bouddha et se rend en fĂ©vrier Ă  BĂ©narĂšs, oĂč il donna son premier enseignement.

Le 13 juillet 1916, sans demander la permission Ă  quiconque, Alexandra David-NĂ©el part pour le Tibet en compagnie de Yongden et d’un moine. Elle projette de visiter deux grands centres religieux proches de son ermitage du Sikkim : le monastĂšre de Chorten Nyima et celui de Tashilhunpo, prĂšs de ShigatsĂ©, l’une des plus grandes villes du sud du Tibet. Au monastĂšre de Tashilhunpo, oĂč elle arrive le 16 juillet, on la laisse consulter les Ă©crits bouddhistes et visiter les divers temples. Le 19, elle se rend chez le panchen-lama, dont elle reçoit la bĂ©nĂ©diction et un accueil charmant : il la prĂ©sente aux notables de son entourage, Ă  ses professeurs et Ă  sa mĂšre (avec laquelle Alexandra noue des liens d’amitiĂ© et qui lui suggĂšre d’habiter un couvent).

Le panchen-lama enchĂ©rit et lui propose de rester Ă  ShigatsĂ© comme son invitĂ©e, ce qu’elle dĂ©cline, quittant la ville le 26 juillet, non sans avoir reçu les titres honoraires de lama et de docteur en bouddhisme tibĂ©tain et connu des heures de grande fĂ©licitĂ©. Elle poursuit son escapade au Tibet en visitant l’imprimerie de Nartan (snar-thang) avant de rendre visite Ă  un anachorĂšte qui l’a invitĂ©e prĂšs du lac Mo-te-tong. Le 15 aoĂ»t, elle est reçue par un lama Ă  Tranglung.

À son retour au Sikkim, les autoritĂ©s coloniales britanniques, poussĂ©es par des missionnaires exaspĂ©rĂ©s par l’accueil rĂ©servĂ© Ă  Alexandra par le panchen-lama et mĂ©contentes de ce qu’elle ait ignorĂ© leur interdiction de pĂ©nĂ©trer au Tibet, lui notifient un avis d’expulsion.

Comme il leur est impossible de rentrer en Europe en pleine guerre mondiale, Alexandra et Yongden quittent le Sikkim pour l’Inde puis le Japon.

Elle y rencontre le philosophe Ekaï Kawaguchi qui, quelques années plus tÎt, avait réussi à rester dix-huit mois à Lhassa sous un déguisement de moine chinois. Alexandra et Yongden partent ensuite pour la Corée, puis Pékin en Chine.

 

De lĂ , ils choisissent de traverser la Chine d’Est en Ouest en compagnie d’un lama tibĂ©tain haut en couleurs. Leur pĂ©riple dure plusieurs annĂ©es Ă  travers le Gobi, la Mongolie, avant une pause de trois ans (1918-1921) au monastĂšre de Kumbum au Tibet, oĂč Alexandra, aidĂ©e de Yongden, traduit la cĂ©lĂšbre Prajnaparamita.

Déguisés respectivement en mendiante et en moine et portant un sac à dos le plus discret possible, Alexandra et Yongden partent ensuite pour la ville interdite.

Pour ne pas trahir sa qualitĂ© d’Ă©trangĂšre, Alexandra n’ose pas emporter d’appareil photo, de matĂ©riel de relevĂ©, elle cache toutefois sous ses haillons une boussole, un pistolet et une bourse avec l’argent d’une Ă©ventuelle rançon.

Ils atteignent finalement Lhassa en 1924, se fondant dans la foule des pĂšlerins venus cĂ©lĂ©brer le Mönlam ou « fĂȘte de la Grande PriĂšre ». Ils sĂ©journent Ă  Lhassa deux mois durant, visitant la ville sainte et les grands monastĂšres environnants : DrĂ©pung, SĂ©ra, Ganden, Samye, et rencontrent Swami Asuri Kapila (Cesar Della Rosa Bendio).

Alexandra n’est pas accueillie par le dalaĂŻ-lama. Elle connaĂźt bien le dalaĂŻ-lama mais celui-ci ignore qu’elle est Ă  Lhassa, et elle ne peut rĂ©vĂ©ler son identitĂ©. 

MalgrĂ© son visage barbouillĂ© de suie, ses nattes en poil de yak et sa toque de fourrure traditionnelle, elle est finalement dĂ©masquĂ©e (pour cause de propretĂ© trop grande – elle allait se laver chaque matin Ă  la riviĂšre) – et dĂ©noncĂ©e Ă  Tsarong ShapĂ©, le gouverneur de Lhassa.

Le temps que ce dernier intervienne, Alexandra et Yongden ont dĂ©jĂ  quittĂ© Lhassa pour GyantsĂ©. Ce n’est que plus tard, par des lettres de Frank Ludlow et de David Macdonald, l’agent commercial britannique Ă  GyantsĂ©, qu’ils sont mis au courant de l’histoire.

En mai 1924, l’exploratrice, extĂ©nuĂ©e, « sans argent et en haillons », est hĂ©bergĂ©e, ainsi que son compagnon, chez les Macdonald pendant une quinzaine de jours. Elle peut gagner le nord de l’Inde par le Sikkim grĂące en partie aux 500 roupies qu’elle emprunte Ă  Macdonald et aux papiers nĂ©cessaires que celui-ci et son gendre, le capitaine Perry, lui procurent.

À son retour, dĂšs son arrivĂ©e au Havre le 10 mai 1925, elle peut mesurer l’extraordinaire cĂ©lĂ©britĂ© que lui vaut son audace. Elle fait la Une des journaux et son portrait s’étale dans les magazines.

Le rĂ©cit de son aventure fera l’objet d’un livre, Voyage d’une Parisienne Ă  Lhassa, qui est publiĂ© Ă  Paris, Londres et New York, en 1927, mais se heurte Ă  l’incrĂ©dulitĂ© de la critique qui a du mal Ă  accepter les rĂ©cits de pratiques telles que la lĂ©vitation et le tumo (augmentation de la chaleur du corps pour rĂ©sister au froid).

RentrĂ©e en France, Alexandra David-NĂ©el loue une petite maison sur les hauteurs de Toulon et cherche une maison au soleil et sans trop de voisins. Une agence de Marseille lui propose une petite maison Ă  Digne-les-Bains en 1928. Elle, qui cherchait du soleil, visite la maison sous des trombes d’eau mais l’endroit lui plaĂźt et elle l’achĂšte. Quatre ans plus tard, elle commence Ă  agrandir sa maison, baptisĂ©e Samten-Dzong ou « forteresse de la mĂ©ditation », le premier ermitage et sanctuaire lamaĂŻste en France. Elle y Ă©crit plusieurs livres relatant ses diffĂ©rents voyages.

Entre ces diverses publications – toujours accompagnĂ©e d’Aphur Yongden, le fidĂšle compagnon d’aventures, devenu lĂ©galement son fils adoptif – elle fait de grandes tournĂ©es de confĂ©rences en France et en Europe.

 

En 1937, Ă  soixante-neuf ans, Alexandra David-NĂ©el dĂ©cide de repartir pour la Chine avec Yongden via Bruxelles, Moscou et le transsibĂ©rien. Son but est d’Ă©tudier l’ancien « taoĂŻsme ». Elle se retrouve en pleine guerre sino-japonaise et assiste aux horreurs de la guerre, de la famine et des Ă©pidĂ©mies. Fuyant les combats, elle erre en Chine, avec des moyens de fortune. Le pĂ©riple chinois se dĂ©roule sur un an et demi entre PĂ©kin, le Mont Wutai, Hankou et Chengdu. Elle rejoint le 4 juillet 1938 la ville tibĂ©taine de Tatsienlou pour une retraite de cinq ans. L’annonce de la mort de son mari en 1941 la touche profondĂ©ment. En 1945, elle rejoint l’Inde grĂące Ă  Christian Fouchet, consul de France Ă  Calcutta, qui deviendra un ami, ils resteront en contact jusqu’Ă  la mort d’Alexandra. Elle quitte dĂ©finitivement l’Asie avec Aphur Yongden par avion au dĂ©part de Calcutta en juin 1946. Le 1er juillet, ils arrivent Ă  Paris, oĂč ils restent jusqu’en octobre, puis rejoignent Digne-les-Bains.

Elle a la douleur de perdre brusquement Yongden le 7 octobre 1955. Saisi d’une forte fiĂšvre et de vomissements, qu’Alexandra attribue Ă  une simple indigestion, tombe dans le coma pendant la nuit et meurt foudroyĂ© par une crise d’urĂ©mie selon le diagnostic du mĂ©decin. Alors qu’elle vient d’avoir 87 ans, Alexandra se retrouve dĂ©finitivement seule. Les cendres de Yongden sont dĂ©posĂ©es dans l’oratoire tibĂ©tain de Samten Dzong, en attendant d’ĂȘtre jetĂ©es dans le Gange, avec celles d’Alexandra aprĂšs sa mort.

 

Avec l’Ăąge, Alexandra souffre de plus en plus de rhumatismes articulaires qui l’obligent Ă  marcher avec des cannes. « Je marche sur mes bras », disait-elle. Son rythme de travail ralentit : elle ne publie rien en 1955 et 1956, et, en 1957, seulement la troisiĂšme Ă©dition des Initiations lamaĂŻques

En avril 1957, elle quitte Samten Dzong, pour aller vivre Ă  Monaco auprĂšs d’une amie qui depuis toujours dactylographie ses manuscrits, puis dĂ©cide de vivre seule Ă  l’hĂŽtel, allant d’un Ă©tablissement Ă  l’autre, jusqu’en juin 1959, oĂč on lui prĂ©sente une jeune femme, Marie-Madeleine Peyronnet, qu’elle engage comme secrĂ©taire. Celle-ci restera aux cĂŽtĂ©s de la vieille dame jusqu’Ă  la fin, « veillant sur elle comme une fille sur sa mĂšre – et parfois comme une mĂšre sur son enfant insupportable –, mais aussi comme un disciple au service de son gourou ».

 

Alexandra David-Néel la surnomme « Tortue ».

Arnaud Desjardins, Ă©crivain et rĂ©alisateur, publie Le Message des TibĂ©tains en 1966, peu de temps avant d’enregistrer un entretien tĂ©lĂ©visĂ© d’Alexandra David-NĂ©el, le seul qu’elle ait jamais donnĂ©. Arnaud Desjardins a rencontrĂ© pour la premiĂšre fois le 14e dalaĂŻ-lama en 1963, qui, apprenant qu’il est français, lui demande s’il a lu les ouvrages d’Alexandra David-NĂ©el et s’il l’a rencontrĂ©e, ce qu’il n’avait pas encore fait. Cette remarque incite Desjardins Ă  entrer en contact avec l’exploratrice. L’occasion en est l’organisation d’une Ă©mission pour la deuxiĂšme chaĂźne de l’ORTF, L’invitĂ© du dimanche consacrĂ© Ă  Desjardins et pour laquelle il choisit comme tĂ©moignage celui d’Alexandra David-NĂ©el. Le film a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© au cours d’une visite de 2 jours Ă  Digne oĂč elle vient de fĂȘter son centenaire et oĂč il rencontra aussi Marie-Madeleine Peyronnet. D’un long enregistrement, seules 12 minutes sont diffusĂ©es, oĂč elle l’appelle « cher camarade », tous deux Ă©tant membres de la sociĂ©tĂ© des explorateurs français. Desjardins garde le souvenir de son humour et de son Ă©rudition en matiĂšre de bouddhisme.

À cent ans et demi, Alexandra demande le renouvellement de son passeport au prĂ©fet des Basses-Alpes.

Elle s’Ă©teint le 8 septembre 1969, Ă  presque 101 ans. Ses cendres sont transportĂ©es Ă  VĂąrĂąnasĂź en 1973 par Marie-Madeleine Peyronnet pour ĂȘtre dispersĂ©es avec celles de son fils adoptif dans le Gange.


Les cases des BD sont extraites de deux BD, la premiÚre trÚs bien faite, montrant la bravoure de cette explorateur du monde terrestre et spirituel  :

Et la seconde vraiment excellente, Ă  lire absolument, car finalement racontĂ©e d’aprĂšs les dire de Marie-Madeleine Peyronnet elle-mĂȘme !

Les textes sont tirés de Wikipédia

Et bien sĂ»r prenez du plaisir Ă  lire les livres qu’elle a pu Ă©crire, de vrais romans d’aventure et de rĂ©flexion.

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