⛬Non-agir ⛬

 

«Wu wei», l’art de réussir sans essayer. Un état de grâce dans lequel l’action s’accomplit par enchantement, sans le concours de la volonté: tout le monde l’a vécu, personne ne sait y retourner… Entre Confucius, taoïsme et neurosciences, le philosophe Edward Slingerland trace un chemin

Wu wei : tout le monde connaît. Pas le terme, peut-être, mais les manifestations de la chose. C’est ce qui se passe lorsque l’acte que vous êtes en train d’accomplir vous réussit par enchantement, sans effort, ni volonté: votre tâche se remplit d’elle-même, pour ainsi dire, presque sans vous. Vous dites alors que vous êtes «en état de grâce», ou «dans le flux». Vous ressentez une euphorie paisible et une sorte de gratitude, sans trop savoir vis-à-vis de qui. Car cet état mental, lorsqu’il est là, rend possibles des exploits sportifs, des performances professionnelles, des actes de création, ou tout simplement des sommets d’aise dans le déroulement d’une conversation. Vos répliques s’enchâssent dans celles de votre interlocuteur avec un tempo, une pertinence, un brio parfaits. Une magie opère, une spontanéité heureuse, comme un charme. Vous n’êtes que mouvement, sans intention. Immergé en vous-même, et en même temps sereinement alerte à ce qui se passe, vous persuadez, vous emportez l’adhésion: vous séduisez. Car – cerise sur le gâteau – de la personne qui se trouve en plein wu wei émane une sorte de charisme, une force d’attraction qui conduit les autres à lui faire confiance et vouloir être avec elle…

Professeur à Vancouver, le Canadien Edward Slingerland vient de consacrer un livre (en anglais) à cet état. Ses domaines de spécialisation: la philosophie chinoise ancienne (celle de Confucius et de Lao Tseu), les neurosciences cognitives et l’histoire évolutive de notre espèce – trois disciplines qui éclairent la nature, le fonctionnement et la raison d’être du wu wei. Le titre de son ouvrage est Trying Not to Try , littéralement «Essayer de ne pas essayer»: il renvoie au paradoxe douloureux dans lequel on plonge lorsque l’on veut produire ce phénomène, caractérisé précisément – c’est fâcheux – par l’absence de volonté…

Problème, en effet: infiniment désirable, associé à la sensation d’être pleinement nous-mêmes sans la fatigue d’être là, l’état de wu wei nous appartient, mais nous ne savons pas le contrôler. Pas de carte routière, ni de véhicule pour nous y amener.

Approximation grossière mais éclairante: le wu wei, c’est un peu comme avoir bu. «Il y a quelques parallèles», confirme Edward Slingerland au téléphone. Lesquels? «Dans l’état de wu wei, les régions du contrôle cognitif sont partiellement régulées à la baisse dans votre cerveau: vous n’êtes pas en train d’exercer un contrôle actif. C’est également le cas lorsque vous êtes en état d’ivresse.» La différence? «Il existe une étude réalisée en observant, à l’aide de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), le cerveau des pianistes de jazz en train d’improviser. On observe alors, comme sous l’effet de l’alcool, que les régions cérébrales responsables du contrôle conscient sont partiellement désactivées. Mais une autre région, appelée «cortex cingulaire antérieur» (CAA) reste active: c’est la partie du cerveau qui surveille les situations de contradiction, de conflit entre les processus mentaux.» Le CAA est, si l’on veut, un détecteur de fumée. Il signale que quelque chose cloche et il appelle le contrôle conscient à la rescousse. «A la différence de ce qui se passe quand vous êtes soûl, le cerveau en mode wu wei reste donc en alerte, en fond de tâche.»

Ce qu’on ressent lorsqu’on est arraché brutalement à cet état: c’est comme si on était expulsé du paradis. Le contrôle conscient prend le dessus, l’escalade des efforts contre-productifs s’enclenche, tout s’effrite lamentablement. Que faire? Bonne question. Si les neurosciences peuvent expliquer et cartographier le phénomène, ce que personne ne sait, c’est comment trouver ou retrouver le wu wei perdu. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé.

LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL, DONT SONT TIRÉS CES EXTRAITS, SUR LE TEMPS


Voir et lire plus de Charley sur son site : http://charley.baylot.org/ ou rejoignez Charley sur Facebook !

Publicités

Et vous qu'en pensez-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.