🗯 Ach!lle Talon ðŸ—¯

(article agrémenté de quelques citations)

Greg commence à être publié la première fois à 17 ans et il avait déjà, plus jeune, publié un « petit journal » avec une imprimerie pour enfants. Puis les publications se succèderont de Heroïc Albums, au Journal de Tintin, en passant par celui de Spirou.

 

Dessinateur certes, mais excellent scénariste (il travaillera pour bon nombre de dessinateurs, aussi bien dans un style humoristique que réaliste) il était aussi un rédacteur en chef de talent. Bien avant de reprendre le journal de Tintin qui déclinait (et qui redéclinera après son départ,10 ans après, pour finir par disparaître.) il avait créé son propre journal : Paddy, dont il assurait le dessin du héros principal. Mais il n’avait pas encore les relations financières suffisantes pour que cela perdure.

 

Il scénarisera pour le grand André Franquin, d’abord des gags de Modeste et Pompon puis plusieurs aventures de Spirou et Fantasio à leur grande époque (les albums du Z, et surtout QRN sur Bretzelburg).

 

Il créera pour lui-même une foultitude de personnages comme Rock Derby, les As, Babiole et Zou, Constant Souci et Haineux Gordien. Mais bien sûr c’est pour Achille Talon qu’il est le plus connu en tant que dessinateur, et dont je voudrais vous parler aujourd’hui.


 

Mais avant, il faut que je vous dise que mon amour pour le travail de ce créateur tient à trois raisons : la qualité de son dessin, l’inventivité de ses scénarios et enfin parce qu’il a repris Zig et Puce BD qui est toujours ma BD fétiche comme j’ai déjà pu en parler ICI  en en donnant les raisons « psychanalytiques »:D ICI

 

 

Pour en revenir à Achille Talon, il démarra comme un « bouche-trou » pour remplacer une publicité qui manquait. Comme je l’ai expliquai ICI alors que Greg reprenait Zig et Puce pour soutenir financièrement leur créateur Alain Saint-Ogan, il avait aussi l’idée de reprendre son personnage de Monsieur Poche pour le journal Pilote. Mais Goscinny l’en dissuada et finalement Greg adapta et modifia le personnage pour notre époque, et c’est ainsi qu’est né Achille Talon, bourgeois pédant et vantard.

« Mais vous, réfléchir, vous n’y avez jamais songé puisque ça exige de la réflexion ! Venez un peu par ici, que je vous montre par l’exemple comment on fait pour penser ! Je vous ferais bien la démonstration moi-même, mais je ne veux pas vous humilier. Dans votre cas, il faut procéder par étapes. »

Ce qui fait entre autres, toute la saveur des gags de Talon c’est son langage alambiqué et pontifiant.

 

 

« L’insolite étrangeté de cette curieuse bizarrerie me plonge dans une perplexité qui m’intrigue. Si je me fiais à ma première impression, j’émettrais bien l’avis que d’instinct, je n’aperçois pas l’ombre d’une hypothèse de supposition. »

 

Achille Talon apparaît pour la première fois le 7 novembre 1963 dans le numéro 211 du journal Pilote. Pour l’occasion, René Goscinny consacra l’éditorial du journal à la description du nouveau personnage :

« Achille Talon, cerveau-choc, est un homme plein de bonne volonté, et doué d’un savoir puisé dans une encyclopédie… à laquelle il manquait pas mal de pages. Achille Talon n’en a cure ; sûr de lui, il n’hésite jamais à se jeter à corps perdu dans les situations les plus difficiles, avec une remarquable inefficacité. »

« Hiver fripon dont la morsure taquine coagule les volontés pâteuses, figées à zéro dans de trop douillettes pantoufles.

Du moins en ce qui concerne les jeunes générations ramollies par un confort tentaculaire et sournois qui enfonce l’homme dans la moquette pernicieuse, les tuyauteries chauffantes omniprésentes et le siège moulé de la pusillanimité.

Un flocon de neige là-dedans et c’est le déséquilibre, la panique et la capitulation … »

Jusqu’en 1975, il s’agit de gags sur une ou deux pages, et par la suite Achille Talon vit également des aventures plus longues publiées en albums où il se transforme, presque malgré lui, en redresseur de torts. Ce choix permit à Greg d’étoffer ses intrigues et de se moquer des malheurs du monde (l’intolérance et le fanatisme dans Le Roi des Zôtres, la bêtise et la pollution dans L’Arme du Crocodile ou encore le racisme et le militarisme dans Le Grain de la folie par exemple).

 

À l’époque de la crise pétrolière Dargaud publia, en 1975-1976, un journal dont le personnage tenait la vedette, Achille Talon magazine. Mais entre le numéro 0 et le numéro 1, le format fut diminué de quasiment la moitié en taille, le papier devient de très mauvaise qualité et le magazine ne vécut que le temps de six numéros.

 

« L’opprobre me submerge quand je médite des choses pareilles, mais comme j’ai une volonté granitique, je me domine et refoule ma honte. Hop. »

L’action des gags en une ou deux pages se déroule essentiellement en banlieue pavillonnaire de grande agglomération.

 

Talon se plaint sans arrêt de son voisin Hilarion Lefuneste. Tous deux se battent régulièrement, par les mots puis par les poings. Leurs conflits se déroulent essentiellement dans leurs jardins. Bien qu’étant régulièrement opposés l’un à l’autre, les deux personnages deviennent souvent des compères, notamment pour les besoins des histoires longues.

 

« Voisin, vous seriez une vraie lumière… si on avait ouvert l’interrupteur !! »

Les récits complets, au contraire des gags, emmènent souvent les héros loin : à la campagne : L’Esprit d’Éloi, Achille Talon et le Monstre de l’étang Tacule, voire à l’étranger, l’Amérique du Sud dans le Trésor de Virgule, l’Afrique dans Achille Talon et le coquin de sort, New York dans Achille Talon et l’Appeau d’Ephèse, ou encore un improbable pays d’Europe centrale dans Le Roi des Zôtres.

 

Achille Talon l’érudit est reconnu pour les qualités de son dialogue brillant et fin, rempli d’allusions culturelles et de calembours savoureux, qui lui valent de figurer par pages entières dans les manuels scolaires, et de faire l’objet de plusieurs thèses de doctorat en France, en Belgique et au Canada. À ce sujet, Greg dit que la prolixité d’Achille Talon lui a été inspirée par l’un de ses professeurs de physique : « Il était capable de discourir pendant une heure, sans s’arrêter. Quand le cours de physique nous ennuyait, on s’arrangeait pour le mettre en piste sur n’importe quoi, et il nous parlait jusqu’à ce que la sonnerie retentisse… »

Achille Talon, prototype de l’antihéros (un « gros bourgeois bavard » d’après Goscinny) : quadragénaire ventripotent (93 kg2) au nez énorme et à la calvitie généreuse, bourgeois suffisant et vaniteux, célibataire (malgré ses projets de mariage avec Virgule de Guillemets, marquise de son état), velléitaire et maladroit, individualiste et narcissique, grandiloquent sinon prolixe, aimant pontifier (il se présente habituellement comme « Achille Talon, érudit ») – si l’on en croit son auteur, « il est généreux, mesquin, pacifiste, agressif, progressiste, bourgeois, désintéressé, jaloux, intrépide et quelque peu capon. En somme, brave et honnête comme vous et moi… ».

 

 

Son père Alambic Dieudonné Corydon Talon, moustachu éthylique, grand amateur de bière, pragmatique, mais plein de ressources inattendues ; physiquement, il est l’exact sosie de son fils (ou plutôt l’inverse), avec une énorme moustache rousse en plus.

 

[Papa Talon] « Achille, mon enfant, souvenons-nous bien du remède favori du docteur Guillotin: garder la tête froide pour éviter de la perdre inconsidérément! »

Sa mère Maman Talon, toujours soucieuse du bien-être de son fils (« mon Chichille à moi »), sait parfois troquer sa douceur de ménagère pour des méthodes plus radicales face à l’adversité ;

Hilarion Lefuneste, son navrant voisin-par-la-force-des-choses, qu’il considère comme un « cuistre » et un « Béotien ». Greg s’est inspiré de ses propres traits pour le dessiner

[Lefuneste] « Parfaitement, vous! Si on transformait votre amour de vous-même en énergie, ça développerait une force suffisante pour envoyer la colonne Vendôme sur orbite! Et le télescopé du mont Palomar (508cm de diamètre au miroir, portée: deux milliards d’années-lumière) n’arriverait pas à déceler le plus petit grain de modestie dans votre personne pourtant adipeuse! Voilà ce que je pense! »

La marquise Virgule de Guillemets (« La fille du Maréchal. Celui qui avait épousé la Princesse. », « Trois fois couverture de Jour de Passy »), sa fiancée, chic et snob, qui ne fréquente que la haute société et les œuvres de charité. Elle est sans cesse accompagnée de sa camériste Hécatombe Susure (même lors d’une prise d’otage). Hécatombe est aussi sensuelle que paresseuse, laide et désobéissante et très déterminée dans ses volontés, un gangster américain dont elle devint la femme l’apprit à ses dépens…

Vincent Poursan, incarnation et parodie du petit commerçant mesquin et mercantile (il peut être aussi bien pharmacien que vendeur aux Puces, épicier ou droguiste.

 

« Tiens, quelle surprise ! Ce cher Poursan ! Sapristi. Sapristi.

Vincent Poursan, le commerçant qui sait ! Ça faisait une paye et quelques intérêts, dites-moi.

Et alors, ce marasme ?

Toujours bon bon pied mais pas à l’oeil ? …. »

Le médecin (dont le nom et la spécialité changent mais dont l’allure grande, maigre, binoclarde ne varie pas) qui symbolise le corporatisme intéressé moqueur et mercantile (là encore) de cette profession. Il meurt — littéralement — de rire devant son client à force de se moquer de la maladie (probablement ridicule) que ce dernier aurait attrapée… De temps à autre il lui arrive de s’extasier devant le problème de son patient (« Oh le beau cas. »)

 

 

Le major Hercule Lafrime, militaire en retraite obsédé par les choses tenant à l’armée. Il va parfois aider le héros dans ses requêtes

 

 

Laszlo Zlotz, ami étranger de Talon à la syntaxe et à la grammaire plus que singulières…

 

 

Pétard, le canard apprivoisé d’Achille Talon, toujours coiffé d’un béret, rencontré pour la première fois et adopté dans l’album L’Esprit d’Éloi ;

 

Samson Fo-Pli, professeur géologue rencontré par Achille Talon dans les albums Le grain de la folie et La loi du bidouble. Lefuneste le décrit comme le seul personnage intelligent qu’on peut rencontrer dans les aventures d’Achille Talon

 

Polite est le journal où travaille Achille Talon, parodie évidente du journal Pilote où les aventures d’Achille Talon étaient publiées. De nombreuses personnes de la rédaction s’y retrouvent ainsi caricaturées (leurs noms n’étant cependant que rarement cités). Polite est à la fois une anagramme du titre parodié, et un jeu de mots sur l’anglais polite, qui signifie poli, policé (alors que le rédacteur en chef de Polite se fait rarement prier pour proférer des insanités). Le slogan de Polite est « Bonsoir ! Quel périodique ! » (celui de Pilote était « Mâtin ! Quel journal ! »).

 

Deux personnes apparaissent en particulier :

René Goscinny lui-même (présenté en tyrannique rédacteur en chef de Polite, le patron qui dit « NON »). Le personnage est dessiné comme un nabot coléreux aux dents acérées, alors que le véritable René Goscinny était de taille normale, d’où la surprise de certaines personnes qui le rencontraient pour la première fois : Mais vous n’êtes pas petit !

« Mais bien sûr. Je suis toujours fasciné par la titanesque puissance cérébrale que vous mettez en batterie pour remplir nos pages de sujets qui n’ont de rapport avec quoi que ce soit que dans la mesure où votre propos sort de tout sujet étranger à l’ensemble des matières qui s’écartent des thèmes voisins de tout embryon d’étude sur le moindre dossier digne de publication. Je le dis comme je le pense. »

Jean-Michel Charlier est présenté comme un gros qui mange des sandwiches en permanence à la rédaction de Polite.

D’autres figures apparaissent parfois également :

Georges Dargaud, le président-directeur général ;

 

Gérard Pradal, rédacteur en chef adjoint ;

 

Guy Vidal, reporter, puis rédacteur en chef ;

Claude Moliterni, directeur littéraire et critique de bande dessinée ;

 

Gotlib, dessinateur (et sa coccinelle) ;

 

Fred, dessinateur ;

 

Reiser, dessinateur ;

 

Gébé, dessinateur ;

 

 

André Franquin, (Nommé dans la BD Héliacin Frusquin) dessinateur :

Et aussi Dupa, Hermann…

 

 

Michel Greg lui-même, dessinateur et créateur d’Achille Talon.

Je ne sais plus si je vous ai dit, mais le « Père Noël » m’a apporté l’intégrale de Talon (cliquer sur l’image pour en savoir plus), un régal (même si on aurait préféré que Dargaud fasse un vrai travail d’éditeur en regroupant les planches chronologiquement plutôt que de faire simplement une compilation d’albums, mais tout le monde n’est pas Dupuis pour faire de belles intégrales et le Dieu Commerce est toujours présent 😦 ) :

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