✊ Pierre-Joseph Proudhon ✊

Table des matières

Présentation résumée 1

Origines 1

Franc-maçon 2

Qu’est-ce que la propriété ? 2

Vol du surplus de valeur dûe à la force collective 2

La propriété crée les inégalités 3

La propriété liée à l’usage 3

Le mutuellisme 3

Troisième voie entre capitalisme et communisme 3

Fédéralisme 3

Socialisme 4

Pas de dogme, tout doit pouvoir être mis en cause 4

Révolution de 1848 4

Journaliste, polémiste 4

Impôt sur les revenus des propriétés 4

Oligarchie élective 5

Crédit mutuel gratuit & banque du peuple 5

Anarchie 5

La religion 6

Guerre et Paix 6

Antagonisme et rapports de force 6

Fédéralisme 7

Formation et apprentissage 7

Antiféminisme 7

Antisémitisme 7

Élections, piège à … 8

Proudhon à notre époque 8

Sources 8

Présentation résumée

C’est un polémiste, journaliste, économiste, philosophe et sociologue français. Précurseur de l’anarchisme, il est le seul théoricien révolutionnaire du XIXème siècle à être issu du milieu ouvrier.

Autodidacte, penseur du socialisme libertaire non étatique, partisan du mutuellisme et du fédéralisme, il est le premier à se réclamer anarchiste en 1840, partisan de l’anarchie, entendue en son sens positif : « La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la nécessité ».

Origines

Né le 15 janvier 1809 à Besançon dans le Doubs et mort le 19 janvier 1865 à Paris. Il avait un esprit indépendant assoiffé de connaissance.

D’un milieu modeste d’origine paysanne, son père est tonnelier et sa mère cuisinière, il garde la seule vache de la famille et mène une vie simple. Dès l’âge de sept ans, il est placé comme bouvier.

Il est néanmoins admis à 10 ans comme boursier au collège royal de Besançon. Mêlé à des jeunes gens plus fortunés, Proudhon prend conscience d’appartenir à un autre monde qu’eux. Il remporte néanmoins tous les prix d’excellence.

Il obtient une bourse d’externe. Il entreprend des études classiques, dans des conditions difficiles.

En 1826, à la suite de la faillite des affaires paternelles (tonnelier), il est contraint d’abandonner ses études alors qu’il est en classe de rhétorique, et donc avant de passer son baccalauréat.

En 1828, à dix-neuf ans, il intègre l’imprimerie Gauthier de Besançon où il devient ouvrier typographe, puis correcteur. Il y découvre la vie d’atelier. Gauthier édite les pères de l’Église, ce qui lui permet d’apprendre l’hébreu, de se perfectionner en grec et en latin, et d’acquérir une bonne connaissance de la théologie. Il y corrige les épreuves du livre Le Nouveau Monde industriel et sociétaire de Charles Fourier (1829) qui l’influencera durablement.

Il exerce divers métiers dont la gestion d’une imprimerie.

Franc-maçon

Le 8 janvier 1847, il est initié franc-maçon à la loge Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié du Grand Orient de France à Besançon.

Lorsque les questions rituelles lui sont posées, il répond : « Que doit l’homme à ses semblables ? Justice à tous les hommes ; Que doit-il à son pays ? Le dévouement ; Que doit-il à Dieu ? Guerre à Dieu ». Il s’explique : « Le Dieu des maçons n’est ni Substance, ni Cause, ni Âme, ni Monade, ni Créateur, ni Père, ni Verbe, ni Amour, ni Paraclet, ni Rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept transcendantal : toute métaphysique est ici écartée. C’est la personnification de l’Équilibre universel : Dieu est l’Architecte ; il tient le Compas, le Niveau, l’Équerre, le Marteau, tous les instruments de travail et de mesure. Dans l’ordre moral, il est la Justice. Voilà toute la théologie maçonnique ».

Qu’est-ce que la propriété ?

Pierre-Joseph Proudhon, qui a des idées socialistes et révolutionnaires, s’intéresse à la politique. Il publie de 1840 à 1842, trois mémoires sur la propriété. Dans le premier, en juin 1840, il pose la question : Qu’est-ce que la propriété ? et répond « La propriété c’est le vol » : « Si j’avais à répondre à la question suivante : Qu’est-ce que l’esclavage ? et que d’un seul mot je répondisse : c’est l’assassinat, ma pensée serait d’abord comprise. Je n’aurais pas besoin d’un long discours pour montrer que le pouvoir d’ôter à l’homme la pensée, la volonté, la personnalité, est un pouvoir de vie et de mort, et que faire un homme esclave, c’est l’assassiner. Pourquoi donc à cette autre demande : Qu’est-ce que la propriété ? ne puis-je répondre de même : c’est le vol, sans avoir la certitude de n’être pas entendu, bien que cette seconde proposition ne soit que la première transformée ? ».

Vol du surplus de valeur dûe à la force collective

Pour Proudhon, dans une entreprise, parce qu’ils travaillent collectivement, les ouvriers produisent plus que s’ils travaillaient chacun individuellement. Un individu ne peut faire en dix heures le même travail que dix individus en une heure. La force collective dans le travail social produit bien plus que la force individuelle. Cent hommes peuvent déplacer une pierre de plusieurs tonnes que jamais un individu seul ne pourra faire bouger même en cent fois plus de temps. Pourtant le capitaliste rétribue chacun de ses ouvriers individuellement et donc « vole » ce surplus de valeur produit collectivement. La propriété privée est l’appropriation par un individu de ce travail collectif et est donc un vol.

La propriété crée les inégalités

La propriété crée l’inégalité et interdit à l’ouvrier la sécurité de posséder. Elle met en péril la cohésion sociale car, alors que les capitalistes accumulent les profits, les ouvriers s’appauvrissent de plus en plus. Dépossédés des richesses qu’ils ont eux-mêmes produits, les ouvriers cherchent à les récupérer par la violence et les capitalistes utilisent la force… pour empêcher d’agir les voleurs ! Car tel est le paradoxe : alors que la propriété résulte d’un vol, elle prétend s’opposer à lui.

L’Évangile avait établi l’égalité devant Dieu, le XVIème et le XVIIème siècle l’égalité devant le savoir et devant la raison, 1789 l’égalité devant la loi. Il ne restait plus qu’à établir l’égalité devant les faits économiques. La propriété lui apparaissait comme un obstacle dans la mesure où elle aboutit à des accaparements. Longtemps, d’ailleurs, Proudhon défend le principe d’égalité absolue des salaires avant d’admettre un « éventail » ouvert de 1 à 16.

La propriété liée à l’usage

En fait Proudhon, formule une thèse et une antithèse. Il affirme que « la propriété c’est le vol » et en même temps consacre de longues pages à faire l’apologie du petit propriétaire, lorsque la propriété est liée à l’usage. Il condamne, par exemple, la propriété d’un champ loué à un fermier mais affirme que le champ doit appartenir à celui qui le cultive. C’est, dans ses premiers mémoires, ce qu’il nomme la possession en opposition à la propriété.

Le mutuellisme

À Lyon, il fréquente les associations mutuelles ouvrières, marquées par les révoltes des Canuts de 1831 et de 1834. Il baptise son système le mutuellisme, parce que son expérience lyonnaise en est l’un des fondements. Elle le conforte dans son idée que le peuple n’a besoin ni de maîtres ni de chefs. Il réfute l’hypothèse d’une révolution violente.

Troisième voie entre capitalisme et communisme

Mais si l’anarchie n’est pas le désordre, de quel ordre s’agit-il ? Il existe, pour Proudhon, une troisième voie possible, ni capitaliste (où seuls quelques-uns uns sont propriétaires), ni communiste (où personne ne possède). Cette troisième voie, Proudhon l’appelle mutuellisme. Elle signifie que tout le monde possède. Ainsi les travailleurs posséderaient (et la possession n’est justement pas la propriété) eux-mêmes les terres ou les machines nécessaires au travail. C’est l’idée de la coopérative ouvrière où les associés possèdent le capital de façon indivise et en assurent collectivement la gestion (on emploie aujourd’hui le terme d’autogestion). Les profits sont alors équitablement répartis entre tous.

Fédéralisme

Entre ces coopératives doivent régner des rapports libres qui conduisent à la théorie du fédéralisme. Une fédération est une convention par laquelle un ou plusieurs chefs de famille, une ou plusieurs communes, un ou plusieurs groupes de communes ou États s’obligent réciproquement et également les uns envers les autres pour un ou plusieurs objets particuliers. Le fédéralisme est contraire au centralisme. Le pouvoir n’est pas condensé en un centre unique mais les groupes associés gardent leur autonomie dans un rapport égalitaire. À la relation de pouvoir qui suppose des dominés et des dominants, Proudhon veut substituer une relation d’échanges réciproques librement consentis qu’il appelle justice.

Socialisme

En 1846, il donne dans son Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, une explication de la société fondée sur l’existence de réalités contradictoires. Ainsi la propriété manifeste l’inégalité mais est l’objet même de la liberté, le machinisme accroît la productivité mais détruit l’artisanat et soumet le salarié. La liberté elle-même est à la fois indispensable mais cause de l’inégalité. Cela fait de lui un théoricien du socialisme.

Au cours des voyages qu’il fait à Paris, Proudhon rencontre Karl Grün, Michel Bakounine, Alexandre Herzen qui deviendront ses amis et Karl Marx qui admirait en lui le seul socialiste français dégagé du mysticisme chrétien. En 1845, dans, La Sainte Famille, Marx écrit : « Proudhon n’écrit pas seulement dans l’intérêt des prolétaires ; il est lui-même prolétaire, ouvrier. Son ouvrage est un manifeste scientifique du prolétariat français »

Pas de dogme, tout doit pouvoir être mis en cause

Le 5 mai 1846, Karl Marx lui propose d’être son correspondant attitré pour la France. Proudhon répond en émettant des réserves : il ne faut pas, comme l’a fait Luther, créer un nouveau dogme, tout doit pouvoir être toujours remis en cause : « ne nous posons pas en apôtres d’une nouvelle religion ; cette religion fût-elle la religion de la logique, la religion de la raison. Accueillons, encourageons toutes les protestations ; flétrissons toutes les exclusions, tous les mysticismes ; ne regardons jamais une question comme épuisée, et quand nous aurons usé jusqu’à notre dernier argument, recommençons s’il faut, avec l’éloquence et l’ironie. À cette condition, j’entrerai avec plaisir dans votre association, sinon, non ! ». Et il précise : « nous ne devons pas poser l’action révolutionnaire comme moyen de réforme sociale, parce que ce prétendu moyen serait tout simplement un appel à la force, à l’arbitraire, bref, une contradiction […] ».

Révolution de 1848

En 1847, Pierre-Joseph Proudhon s’installe définitivement à Paris où il devient journaliste politique. Il participe à la Révolution de 1848. Les quatre journaux auxquels il participe sont tous condamnés et supprimés.

Il est élu dans la Seine, en même temps que Louis-Napoléon Bonaparte, Victor Hugo, Pierre Leroux.

Il forme, presque à lui seul, à l’extrême gauche, un groupe distinct de La Montagne.

Journaliste, polémiste

Il est incarcéré de 1849 à 1852 pour délit de presse (offense au Président de la République).

Impôt sur les revenus des propriétés

Le 31 juillet 1848, il expose un projet de loi qui vise à établir un « impôt du tiers » sur les revenus des propriétés. C’est une « mise en demeure adressée à la propriété de procéder à la liquidation sociale, et en même temps de contribuer, pour sa part, à l’œuvre révolutionnaire » Le tiers prélevé sur les revenus mobiliers et immobiliers aurait été redistribué à parts égales entre l’État et les locataires, fermiers ou débiteurs.

Son principal adversaire est Adolphe Thiers. Pour Proudhon : « Ou la propriété emportera la République, ou la République emportera la propriété ».

Ce discours suscite un tollé général. Proudhon est interrompu et un blâme est voté par 691 voix contre 2 (dont la sienne). Seul le canut Louis Greppo vote contre. « En cas de refus, nous procéderions nous-même à la liquidation, sans vous. Lorsque j’ai employé les deux pronoms vous et nous, il est évident que, dans ce moment-là, je m’identifiais, moi, avec le prolétariat et que je vous identifiais, vous, avec la classe bourgeoise ».

Condamnant ce qu’elle considérait comme une atteinte au droit de propriété, « L’Assemblée nationale, considère que la proposition du citoyen Proudhon est une atteinte odieuse aux principes de la morale publique ; qu’elle viole la propriété ; qu’elle encourage la délation ; qu’elle fait appel aux plus mauvaises passions. »

Oligarchie élective

La Révolution de février 1848 avait instauré la démocratie. Le gouvernement avait été élu et représentait le peuple. Le suffrage universel abolissait le droit à l’insurrection : se révolter était s’opposer à la volonté populaire. Voilà pourquoi l’ensemble des députés, de l’extrême droite à l’extrême gauche seront hostiles aux insurgés. Proudhon, lui, est de leur côté. Il ne reconnaît pas le vote individuel comme moyen d’exprimer une volonté collective et proclame que le suffrage universel est « le moyen le plus sûr de faire mentir le peuple ».

Pour Proudhon, l’expérience de la Deuxième République représente l’émergence d’une oligarchie élective au sein de laquelle les députés ne sont pas de réels mandataires, le consentement des citoyens aux lois n’étant qu’indirectement exprimé lors des élections législatives. La plupart du temps, le peuple demeure impuissant face à ses délégués, qu’il ne peut sanctionner qu’en refusant de les réélire. La coupure entre élus et électeurs se creuse rapidement. Et Proudhon témoigne : « Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle une Assemblée nationale pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent ».

Les projets proudhoniens de réforme se soldant par un échec, leur auteur va mener une réflexion sur les apories de la représentation politique.

En 1852, il s’élève contre la concentration des richesses — liée aux concessions des chemins de fer et aux connivences des spéculateurs à la Bourse — entre les mains de quelques-uns. Proudhon doit, en 1858, s’exiler en Belgique afin d’éviter un nouvel emprisonnement après la publication de son ouvrage anticlérical De la justice dans la Révolution et dans l’Église. Il ne regagne Paris qu’à la fin de sa vie, plus pessimiste que jamais quant au caractère « démocratique » du suffrage universel.

Dans ses derniers écrits avant sa mort, le 19 janvier 1865, il dénonce même l’inutilité des candidatures ouvrières. Le prolétariat devrait rompre avec les institutions « bourgeoises », créer des associations fondées sur le principe de mutualité et institutionnaliser la réciprocité. Bref, inventer une « démocratie ouvrière ».

Crédit mutuel gratuit & banque du peuple

Dans de la Solution du problème social, il affirme que la solution du problème social est seulement dans l’organisation du crédit mutuel à taux zéro qui anticipe le fonctionnement des mutuelles d’aujourd’hui. Il imagine la création d’une banque d’échange ou « banque du peuple », dont le but est l’abolition de la monnaie, du salariat, la suppression de toute prise d’intérêt et de toute réalisation de profit dans le cadre des structures d’échange entre les individus.

Anarchie

Face aux contradictions de l’économie (comme le machinisme allégeant le travail de l’ouvrier, mais provoquant du chômage), il considère que la révolution est vaine et propose une autre voie, l’anarchisme. Pour lui, la liberté individuelle doit être défendue contre toutes les forces dominantes : Église, Etat et toute forme de dictature. L’individu ne doit jamais être sacrifié à l’intérêt général ou la justice sociale.

La solution du problème politique est dans la restriction progressive du gouvernement jusqu’à l’établissement de l’anarchie. La démocratie du suffrage universel n’est qu’une fausse image du pays. Il faut établir une république sans constitution et sans limitation de la liberté individuelle.

Opposé au collectivisme autoritaire de Marx, Proudhon défend un libéralisme individualiste. Rejetant autant le socialisme utopique que le capitalisme, il propose la voie du socialisme scientifique, prenant la forme de l’anarchie positive ou du fédéralisme autogestionnaire dont il est considéré comme le père. Proudhon écrit « L’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ».

La religion

De la justice dans la Révolution et dans l’Église est un réquisitoire implacable contre la religion chrétienne, à laquelle il oppose la religion du travail.

Guerre et Paix

En 1861, il publie un gros ouvrage sur La Guerre et la Paix, recherches sur le principe et la constitution du droit des gens, où il justifie le droit de la force comme un droit primordial de l’humanité, considère la guerre comme une conséquence des maux économiques et du paupérisme, et en fait prévoir l’élimination dans la société future fondée sur le travail.

« Pour en finir avec la guerre il faut d’abord l’avoir comprise. » Comprendre pourquoi il n’existe pas le moindre petit village sans une rue au nom d’un militaire ; Comprendre pourquoi tous nos héros sont des guerriers ; Comprendre pourquoi le meilleur moyen pour les chefs d’États d’être populaire (de remonter dans les sondages) est de provoquer une guerre et comment ils trouvent toujours une justification morale pour entraîner les peuples à se massacrer. « Je me suis dit […] qu’il fallait attaquer la guerre dans son foyer, dans sa forteresse, qui est évidemment l’âme humaine ».

La guerre nous apparaît, « dans les détails surtout », « comme l’extermination, par tous les moyens de violence et de ruse, des personnes et des choses, une chasse à l’homme perfectionnée et organisée en grand, une variété du cannibalisme et du sacrifice humain, » quelque chose d’« ignoble », de « monstrueux », « un état contre nature dans lequel tout ce qui se passe est au rebours de la justice », un « horrible fléau, entretenu par la scélératesse des princes et la barbarie des nations », un « monstre » qui nous inspire « une horreur aussi légitime que l’admiration que nous avait d’abord inspirée son héroïsme ». Si elle se présente toujours comme la défense d’« intérêts sacrés », la cause première de la guerre, « commune à toutes les époques, à tous les États, à toutes les races » est en réalité une cause « honteuse », une « rupture de l’équilibre économique », le paupérisme de certaines nations et l’opulence des autres.

Une guerre légitime est-elle envisageable ? Peut-on, comme certains le pensent réformer la guerre ? (ce sera l’objet de différentes Conventions de Genève ; la première date de 1864, 3 ans après la parution de la Guerre et la Paix). Proudhon le nie et affirme qu’un seul parti est à prendre : la « suspension des hostilités ». « L’humanité seule est grande, elle est infaillible. Or, je crois pouvoir le dire en son nom : L’HUMANITÉ NE VEUT PLUS LA GUERRE. »

Antagonisme et rapports de force

Est-ce à dire que nous devons renoncer au droit fondamental de la force ? En aucune façon.

La « fin du massacre » ne doit pas se confondre avec la « fin de l’antagonisme ». Le problème n’est pas de supprimer les oppositions mais de trouver une forme d’organisation des sociétés qui assure « pleine et entière satisfaction » à l’antagonisme humain dans le respect de l’équilibre organisé par la Justice : « La paix n’est pas la fin de l’antagonisme, ce qui voudrait dire la fin du monde, la paix est la fin du massacre, la fin de la consommation improductive des hommes et des richesses. »

Cette réflexion s’inscrit parfaitement dans les propositions fédéralistes (fédéralisme politique, certes, mais surtout économique, culturel et social) qu’il va opposer, dans d’autres ouvrages, aux solutions unitaires, centralisatrices, « communistes », dont le but est de détruire les luttes émulatrices. Dans le fédéralisme proudhonien, au contraire, l’autonomie de l’ensemble des collectivités composant la société garantit une lutte permanente, lutte organisée par le principe fédératif mais ne permet à aucun niveau d’accumuler une puissance suffisante pour transformer le conflit en massacre.

Fédéralisme

Il n’accepte pas que l’État absorbe toutes les forces sociales dans une unité tyrannique. Il considère que seule la pluralité des centres de production et de distribution assurera la liberté. Mais, comme un groupe, en se développant à l’excès, pourrait devenir à son tour tyrannique, le rôle du fédéralisme (où chaque associé garde plus de liberté qu’il n’en aliène) sera de maintenir l’équilibre : l’indépendance et la vitalité de chacun seront garanties par le maintien des contradictions.

Proudhon critique l’État et est, en cela, un anarchiste. Il faut prendre le mot « anarchie », non pas au sens courant de désordre (Proudhon n’est aucunement un partisan du désordre) mais au sens étymologique. Étymologiquement parlant, l’anarchisme est le refus du pouvoir et l’anarchie un système politique sans autorité ou gouvernement. Proudhon refuse tout gouvernement, tout État, ainsi d’ailleurs que le suffrage universel. Les gouvernements sont responsables du désordre et, à ses yeux, seule une société sans gouvernement serait capable de restaurer un ordre naturel et une harmonie sociale.

Formation et apprentissage

Il préconise, au lieu d’une spécialisation outrancière, un apprentissage polytechnique pour les enfants des deux sexes, qui à ses yeux, permettrait d’éviter ou tout au moins, de limiter le chômage.

Il envisage l’évolution sociale comme une destruction graduelle de l’État, s’insurge contre l’école gratuite car celle-ci tendrait à renforcer l’ingérence de l’État dans la vie des citoyens, à développer la bureaucratie et à accentuer la centralisation du pouvoir. Il résout le problème grâce au mutuellisme : les travaux des élèves des écoles seraient mis en vente pour couvrir les frais d’instruction. Il se prononce pour la formation, par l’école, de citoyens fiers et indépendants plutôt que d’encyclopédistes impuissants. Il n’attend la véritable révolution que d’un peuple instruit capable de mener ses affaires lui-même. Il souhaite que la France soit plutôt peuplée de citoyens que de clients. .

Antiféminisme

Par ses prises de positions, Proudhon a heurté les femmes de son temps. Convaincu de l’infériorité naturelle des femmes, il les pense incapables « de produire des idées », êtres passifs, elles n’accèdent au verbe que par la médiation de l’homme. Cet aspect réactionnaire du penseur socialiste a très souvent été occulté par les analystes et les contempteurs d’un des fondateurs du socialisme français.

Antisémitisme

Parce qu’il croit que le Juif représente le capitalisme naissant, que les Juifs sont une « race insolente, obstinée, infernale ». « Premiers auteurs de cette superstition malfaisante, appelée catholicisme… » qui exercent une action dissolvante sur la société, et que les Juifs sont inassimilables et source de tensions sociales permanentes, Proudhon se range parmi les précurseurs de l’antisémitisme de gauche.

Élections, piège à …

En 1863, dans Les Démocrates assermentés et les réfractaires, il pose les bases du refus de toute participation aux élections lorsqu’elles sont truquées, dévoyées par le pouvoir bonapartiste, détournées par le système capitaliste, manipulées par ceux qui font et défont les cartes électorales. Il ne condamne pas la démocratie ou le suffrage universel en eux-mêmes mais leur manipulation au profit des intérêts capitaliste et étatique.

Proudhon considère le parlementarisme comme une illusion et recommande l’abstention. Il dénonce l’inutilité des candidatures ouvrières. Le prolétariat doit rompre avec les institutions « bourgeoises », créer des associations fondées sur le principe de mutualité et institutionnaliser la réciprocité, inventer une « démocratie ouvrière ».

Proudhon à notre époque

Malgré son isolement, Proudhon a exercé une grande influence sur les milieux ouvriers et intellectuels.

On sait que Proudhon a eu une influence directe et déterminante sur le mouvement ouvrier français. Rappelons que le mouvement libertaire n’apparait, en tant que tel, qu’environ quinze ans après sa mort. Il en est un des précurseurs et son influence est marquante lorsqu’il devient l’ami intime de Bakounine, à Paris dans les années 1840. Il est l’auteur socialiste révolutionnaire le plus traduit en Russie au XIXème siècle, au point par exemple que Tolstoï intitule son roman Guerre et Paix en hommage à l’un de ses ouvrages et que Dostoïevski le cite dans Les Frères Karamazov. Il fait partie des lectures de jeunesse de Kropotkine. Et lors du procès des anarchistes de Lyon en 1883, il est reconnu pour « père de l’anarchisme ». Enfin Émile Pouget, figure éminente de la CGT syndicaliste révolutionnaire entre 1901 et 1908, se réclame explicitement de Proudhon dans sa brochure L’Action directe (1910).

Si on laisse de côté certains aspects des conceptions de Proudhon (antiféminisme, misogynie, voire antisémitisme), hélas fréquents chez les socialistes du XIXe siècle, sa pensée demeure d’actualité. Notamment compte tenu du climat de scepticisme face au fonctionnement du système démocratique dans les pays capitalistes avancés. Car il n’est pas certain que les intérêts des classes populaires et travailleuses soient aujourd’hui mieux « représentés » par les partis politiques qu’à l’époque de Proudhon…

Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Joseph_Proudhon

https://www.monde-diplomatique.fr/2009/01/CASTLETON/16666

http://sos.philosophie.free.fr/proudhon.php

http://www.toupie.org/Biographies/Proudhon.htm

Dessin

Extrait de Marx aux éditions Dargaud, par Corinne Maier & Anne Simon

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