🗯 « Les vieux fourneaux» Les anars ne sont pas encore morts 🗯

Trois septuagénaires et une jeune femme enceinte sont les anti-héros jouissifs de ces aventures hautes en couleurs, à la verve d’une efficacité souriante redoutable !

A l’enterrement d’une femme, qui a dirigé le  » théâtre du loup en slip « , théâtre qui a été repris par sa petite fille Sophie, ses trois vieux amis se retrouvent. Mimile, Antoine, Pierrot… Ils furent en leur temps syndicalistes, ils ont vécu les grands progrès techniques des années 60, 70, qui ont débouché sur le problème planétaire actuel de la surconsommation.1

 

Les auteurs nous livrent les tranches de vie de 3 ex-soixante- huitard, avec brio et des histoires pleines d’humour.

Lupano en tant que scénariste a su créer une épaisseur à ses personnages en leur créant un passé propre à chacun.2

 

En connaissez-vous beaucoup, des bd qui mettent en scène des  » personnes âgées  » ?…

 

 

On est loin, avec  » Les Vieux Fourneaux « , des codes du neuvième art, de ses habitudes, de ses clichés. Pas de héros solitaire mis en évidence par le biais de personnages secondaires. C’est un peu comme si on se retrouvait en face de trois seconds rôles lancés soudain sous les projecteurs ! Trois vieillards et une jeune femme enceinte font tout le rythme, toute la narration de cet album. Ce n’est pas un livre  » choral « , c’est vraiment la création, comme axe central de l’histoire racontée, d’un quatuor…3

Ah c’est qu’ils en sont pas prêt à mis au rebut, aux déclassés de la société, aux amateurs de chaises longues et de jeux télévisés.

 Ils en ont encore plein la barbe, dans le ciboulot les vieux grincheux pour trouver une parade à la morosité ambiante de l’économie actuelle. Ils en ont plein les mains et les fauteuils roulants…

Et ils ne sont pas prêts de baisser les bras pour se faire rouler, nos fameux génies des maisons de retraite, nos tontons flingueurs des baltringues, nos supermans aux dentiers et lunettes loupes noires. Non mais… il ne faudrait pas jeter Antoine, Mimile et le Pierrot dans les orties et se prendre pour celui qui pourrait les rouler dans la farine.4

Le scénario de Wilfrid Lupano, comme à son habitude, se découvre comme un puzzle.

Pas question pour lui de définir de but en blanc qui est qui, pas question non plus de choisir la linéarité. Lupano aime mélanger les lieux, les époques, les personnages. Un peu comme s’il s’amusait à perdre le lecteur pour mieux en faire le complice de son récit. Il a décidé, en outre, de mêler les âges de ses personnages principaux, également.

 

Pour pouvoir restituer cette trame narrative, il fallait un dessinateur de talent, sans aucun doute, et c’est le cas de Paul Cauuet. Avec un découpage classique, il parvient à éblouir, sans arrêt, grâce à la manière très proche, très humaine, qu’il a de s’attacher à ses personnages, à leurs âges, à leurs démarches, à leurs visages, aussi et surtout peut-être, merveilleusement expressifs.5

 

Les planches sont découpées de manière classique, mais avec adresse.

Il y a des gags purement visuels qui fonctionnent de façon épatante alors que ce qu’ils montrent illustrent les outrages du temps (par exemple, les difficultés de Mimile pour descendre de la voiture de Pierre, ou les égarements de Garan-Servier). Pareillement, Cauuet parvient à animer Sophie avec son gros ventre rond avec crédibilité, sans forcer le trait, et il ne la réduit jamais à une belle fille (très enceinte).

 

Les décors font l’objet d’un grand soin, avec là encore de jolies et subtiles trouvailles (le trio contemplant le site de l’usine où ils ont travaillé, puis le même plan en partie en noir et blanc et gris quand le pré était intacte : la scène ouvre un flash-back muet très touchant). La propriété de Garan-Servier où il s’est retiré en Toscane a droit à un plan d’ensemble superbe, qui en dit plus long que n’importe quel récitatif sur la fortune de son résident et son isolement aussi. Cauuet est un artiste complet, jusqu’à présent le dessinateur le plus solide que j’ai vu associé à Lupano.6

 

On se retrouve, avec le dessin de Paul Cauuet, dans un univers graphique qui ne se démarque pas d’une certaine tradition semi-réaliste chère à ce qu’on appelle l’école franco-belge. Cependant, il y a un souffle très personnel qui court de page en page, de planche en planche.

C’est un dessin qui, même s’il n’en a pas l’air lorsqu’on se contente de feuilleter cet album, est véritablement original. Et là où d’autres dessinateurs auraient choisi la voie de la caricature pour  » exprimer  » ses personnages, Paul Cauuet réussit, quant à lui, à éviter cet écueil. Et même si certains traits sont parfois exagérés, c’est toujours avec tendresse, avec pudeur même. Et avec un humour graphique qui accompagne à la perfection l’humour du scénario.

 

Multiplication des plans, des décors, des personnages secondaires : Paul Cauuet s’est amusé, et cela se sent, et cet amusement est un plaisir qui se partage avec le lecteur. Mais son travail, tant sur le trait que sur la lumière et la couleur, est bien présent. Et cette lumière, justement, nimbe tout l’album, sauf aux moments des flash-backs. Il y a dans cette manière d’utiliser la couleur une façon réussie de compléter le scénario.

Il y a, dans ces vieux fourneaux, une histoire, une  » aventure « , bien entendu, et passionnante à lire. Mais il y a aussi, en trame de ce livre, une analyse proche de la fable, et qui s’enfouit dans ce qu’est l’histoire de ces cinquante ou soixante dernières années. Et l’intelligence de Wilfrid Lupano a été aussi, au-delà de la truculence de ses personnages, au-delà de l’hommage à peine caché aux films dialogués par Audiard ou Jeanson, d’élargir le propos, en quelque sorte, par la présence d’une jeune femme auprès des trois vieux mousquetaires toujours capables de réflexion, d’action et de révolte !7

Lupano tire à boulets rouges sur les tentacules infernales de la pieuvre économique néo libérale.

Il analyse avec brio tous les écarts, les démons, les plans machiavéliques. Il kidnappe nos idées de citoyen bien rangé pour en décortiquer des thèses qui méritent qu’on s’y attarde.

Le village voit débarquer une bande de babas cools, rastaquouères, zadistes à moitié romanichels, gitans, gens du voyage, écolos bobos ou on ne sait pas trop, il n’y a pas trente six mille chemins pour que la bande des vieux farceurs reprennent leur bâton de pèlerin anarchiste et se reconnecte au monde de demain. En guerre vade retro satanas ! Sus aux changements et à l’envahisseur écono-libéral. Vive les sauterelles, vive l’amour est dans le pré, vive les vieux fourneaux et leur bus déglingué. 8

POUR ACHETER PRÈS DE CHEZ VOUS, CLIQUEZ SUR LES ALBUMS :

 


1   https://www.rtbf.be/culture/article/detail_les-vieux-fourneaux-1-ceux-qui-restent?id=8256350

2   https://www.artefact-blog-bd.com/serie-a-suivre/les-vieux-fourneaux/

3   op. cit. rtbf.be

4   http://lecarrejaune.canalblog.com/archives/2017/11/15/35860458.html

5  op. cit. rtbf.be

6   http://mysterycomics-rdb.blogspot.fr/2016/01/critique-790-les-vieux-fourneaux-tome-1.html

7   op. cit. rtbf.be

8   op. cit. Lecarrejaune

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