🗯️ Bizu 🗯️

Bizu fut un des piliers du journal de Spirou entre 1967 et 1994.

Alors qu’il n’avait que vingt-trois ans, Jean-Claude Fournier présenta à Maurice Rosy, en automne 1966, les premières planches d’un personnage nommé Bizu. Ce nom vient du mot breton « bizuth » qui a pour signification du « nouveau ». Ensemble ils rendent visite au rédacteur en chef Yvan Delporte qui se disait très intéressé par l’atmosphère de Brocéliande où vit le curieux personnage (La situation au début des aventures se passait à Frotéliande très vite rebaptisée de son vrai nom Brocéliande à partir de 1975).Les premières planches ayant pour titre Pourquoi pas ? sont pour la première fois imprimées sur le magazine Spirou no 1509 du 16 mars 1967 : Jean-Claude Fournier, alors âgé de vingt-trois ans, n’en revenait pas du tout. Dix semaines plus tard dans le no 1519 du 25 mai 19674, commencent la publication des trente-deux planches de l’histoire La Vielle qui fait tilt. La couverture du journal est signée par l’auteur lui-même.1

Jean-Claude Fournier prendra à la suite de Franquin la série Spirou & Fantasio.

Contrairement à son prédécesseur, Fournier apporte de la poésie et de la fantaisie dans les histoires du petit groom à travers ces 9 albums (entre 1968 et 1980). Après cette longue pause, il revient à ses amours en poursuivant les aventures de Bizu.

L’univers très marqué de Fournier se résume à de la fantaisie, du fantastique et de la poésie. Tous ses albums portent ces trois genres littéraires. Proche des idéaux écologistes – qui commencent seulement à poindre leur nez en France – il façonne une œuvre naturaliste forte. Alors que l’on pourrait penser que ses albums ont pris un petit coup de vieux, il n’en est rien. Les plus petits seront charmés par le bestiaire et la folie douce de l’auteur, tandis que le plus âgés retrouveront ce petit quelque chose de leur enfance, ce brin de nostalgie, telle une madeleine de Proust.

Bizu regorge de trouvailles folles, originales et intelligentes. Le héros principal est un petit lutin affublé d’un gros nez rond, bienveillant, curieux et toujours souriant.

Valeureux, il n’hésite jamais à aider ses amis que sont Schnockbul et Mukès. Le premier est une créature fantastique toute noire avec un gros nez rouge, maladroite, gourmande, ronchon et qui possède un gros défaut de prononciation. Il collectionne les instruments de musique – souvent bretons – et lorsqu’il marche, des fleurs poussent derrière lui. C’est lui la caution humoristique des albums, celui parfois par qui arrive les dangers.

Le second est un tout petit champignon rouge et blanc qui marche. Sorte de Jiminy Cricket de Bizu, il a mauvais caractère, est souvent cynique et drôle.

Les trois amis habitent une cabane en bois dans un arbre au milieu de la forêt de Frotéliande. Ce lieu paisible fut d’ailleurs baptisé Ker Bizu, soit Chez Bizu.

Bizu et ses deux amis vont faire la connaissance des Bilzigs, étonnantes créatures.2

Car s’il se passe toujours un événement dans la vie de Bizu, c’est sous le regard attentif des Bilzigs, des êtres magiques, qui sont les seuls à pouvoir l’aider, mais restent inactifs et invisibles tant que le héros ne prononce pas la formule magique leur permettant d’agir dans notre monde.3

Fournier d’ailleurs dira d’eux :

« On peut le dire carrément : quand les esprits de la forêt apparaissent pour la première fois, ils sont affreux. Ce sont des petites boules noires… on dirait des poux ! […] Ils sont revenus sous le nom de Bilzigs, dans les albums parus chez Dupuis, qui sont ce que j’ai fait de mieux en bande dessinée de caricature de toute ma carrière. J’avais acquis du métier, je savais qu’un personnage, ça se travaille. Là, ils sont jolis, il y a des costumes, etc ».4

Dans le texte d’introduction du troisième tome de l’intégrale, Martin Zeller, revient sur le phrasé étonnant de Bizu en « ouille ».

Alors qu’il avait lu Ubu de Jarry, il s’était souvenu que roi disait souvent « Cornegidouille » ou « de par ma Cornegidouille ». Trouvant cela amusant, il décida de faire parler son petit lutin ainsi. Il établit alors une liste de mots commençant par Corne et se terminant par ouille (37 mots furent utilisés entre 1983 et 1986), de Cornegratouille à Cornetambouille.5

Un jour, il est le dernier au courant que la série de Spirou et Fantasio sera confiée à d’autres auteurs.

La reprise de Bizu nécessite une bataille pour que son héros fétiche paraisse en album ; mais cela tombe à l’eau car les éditions Dupuis sont mises en vente.6

Bizu a en fait vécu trois vies :

Une première composée de courts récits parus dans Spirou, une deuxième aux éditions Fleurus avec la parution de deux grands récits en albums, puis une troisième de retour dans la maison mère avec quatre grandes histoires. Ce revival dans les années 90 ne lui a pas rendu la place qu’il méritait. Cette dernière vie n’a pas trouvé son public pour un problème de ciblage. En effet, les histoires étaient plutôt destinées à un public ado alors que le graphisme et les nom enfantins des personnages visaient plus bas.7

Par la suite, Fournier connaîtra d’autres succès :

Avec les crannibales, une série scénarisée par Zidrou (8 volumes entre 1998 et 2003, Dupuis), puis Les chevaux du vent, un sublime diptyque avec Christian Lax (2008-2012, Dupuis). En 1981, il cofonde le Festival Quai des Bulles de Saint-Malo. Il est aussi fait Chevalier des Arts et Lettres en 2014. Il est à souligner que l’école de pédagogie Freinet de Beaumont-Pied-de-Boeuf (Mayenne) est rebaptisée Bizu en 1995.8

L’INTÉGRALE BIZU CHEZ DUPUIS EN TROIS VOLUMES : ICI


4     op. cit http://www.comixtrip.fr/

5    Ibid.

6    http://www.planetebd.com/bd/dupuis/bizu/-/29803.html

7    https://www.bd-best.com/critiques.php?serie=4509

8    op. cit. http://www.comixtrip.fr/

Publicités

2 commentaires

  1. J’avais lu plusieurs Spirou quand j’étais jeune. Mais je ne connaissais pas Bizu. Le mot breton ‘bizuth’ me fait penser au métal bismuth. Mais ma mère, écrit ce mot, bizmuth, avec un z plutôt qu’un s. Mais un z, ça me fait penser à Zorglub. L’inversion d’un s en z, ça n’arrondit pas les coins ronds. Je crois qu’elle serait enchantée de connaitre les albums de Bizu. Je vais lui en parler la prochaine fois que je vais communiquer avec elle. 🙂

    Aimé par 1 personne


    1. QUel déroulé de la pensée dans ton commentaire, on passe de la BD à la chimie pour finir sur la quatrature du cercle :mrgreen:

      Bizu (qui vient du breton comme expliqué, alors que Bismuth viendrait plus de l’allemand, mais ce n’est pas assuré) a donné en France le mot « bizuter » : faire passer une initiation à des nouveaux (ce qui est maintenant interdit dans les écoles normalement car trop violent)
      La BD Bizu est toute gentille, elle, avec des méchants quand même 😀

      bonne lecture à ta mère

      chaleureusement



      Aimé par 1 personne

Et vous qu'en pensez-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.