✊ Les Diggers (1966-1968), des anars chez les hippies ✊

Les Diggers ont marqué les années 1960 en Californie. Anarchistes bouffons, ils firent trembler la société californienne avec leurs provocations libertaires.

En plein Flower Power, ils firent tout de même entendre leur son de cloche subversif.

Tout est parti d’un groupe d’intervention urbaine, la San Francisco Mime Troupe, fondée par le marxiste Ron Davis en 1959.

Parmi ses membres d’origines très diverses, on trouve par exemple Peter Coyote, futur acteur hollywoodien, Peter Berg, jeune intellectuel qui, dit-on, a lu les situationnistes et l’anarchiste Kropotkine, ou deux voyous new-yorkais, Emmett Grogan et Billy Murcott, qui ont roulé leur bosse dans le monde entier…

La Mime Troupe est le fer de lance du gauchisme farcesque. Elle se spécialise dans les provocations à l’égard de la police. Ses spectacles, souvent inspirés de la commedia dell’arte, mettent la société face à ses contradictions et ses horreurs (guerre du Vietnam). Interventions-surprise dans les parcs, les rues, qu’on bloque parfois. Les comédiens de la Troupe sont régulièrement arrêtés. Cela fait partie du spectacle.

Ils commencent par distribuer des tracts libertaires « écrits à l’acide hallucinogène et sulfurique » pour fustiger le monde.

Ces tracts sont soit anonymes, soit signés Zapata ou the Diggers. Les Diggers étant un groupe de paysans anglais proto-collectivistes du XVIIe siècle.

Ces Diggers Papers seront suivis par des actions plus spectaculaires, toutes fondées sur le principe de la gratuité. “Everything is free, do your own thing” : devise des Diggers. Ou, comme l’explique Bradford Martin, cité par Gaillard, le credo des Diggers est “la libération personnelle comme prérequis à la transformation de la société”. Les deux Diggers originels sont vite rejoints par d’autres, dont Peter Berg.

Deuxième opération, la Free Food : distribution de repas gratuits. Cela, moins dans une optique caritative que provocatrice. Ils veulent saper la valeur la plus sacro-sainte de la société : l’argent. Ces actions s’accompagnent en général de divers simulacres conceptuels. Sur leur lancée, ils créent des Free Stores (magasins gratuits), puis le concept de Free Money. Mettant leur argent en commun, les Diggers mettent pièces et billets à la disposition de ceux qui visitent leurs magasins.

L’Amérique est si riche, écrit Alice Gaillard, qu’il suffit de ramasser gratuitement ce qu’une société de l’abondance laisse sur le bas-côté. Et la Californie est sûrement l’Etat le plus riche du pays le plus riche de l’époque.

Sans le savoir, les Diggers sont proches d’un mouvement européen, les provos, groupuscule anar d’Amsterdam qui prélude à une vague de contestation mondiale.

Aux Etats-Unis, les Diggers suscitent une prise de conscience politico-sociale qui fait tache d’huile. Deux jeunes révoltés new-yorkais, Jerry Rubin et Abbie Hoffman, se revendiquent Diggers de la côte Est. Mais la bande de Grogan leur intime de changer de nom. En 1967, Rubin et Hoffman se rebaptisent Yippies (du nom de leur mouvement : Youth International Party). Rubin écrira le best-seller de la contre-culture, Do it.1


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