đŸ—Żïž Une histoire du sexe (en BD) đŸ—Żïž

Le sexe en BD et d’une maniĂšre sĂ©rieuse et documentĂ©e, chouette !

Le scénariste est médecin et sexologue.

Philippe Brenot est directeur des enseignements de sexologie et de sexualitĂ© humaine Ă  l’universitĂ© Paris Descartes. Ses recherches, thĂ©oriques et cliniques, concernent les spĂ©cificitĂ©s anthropologiques de la sexualitĂ© humaine et du couple. Il a Ă©crit de nombreux articles scientifiques dans le domaine de la sexologie, l’anthropologie, la sociologie du couple. Il tient un blog : http://sexologie.blog.lemonde.fr .1

Le choix d’unE dessinatrice est venu du scĂ©nariste :

Philippe Brenot voulait travailler avec une femme, non pour une diffĂ©rence de dessin, mais parce qu’il souhaitait travailler en toute paritĂ©! Pour deux sensibilitĂ©s sexuelles diffĂ©rentes et pour que chacun ait son mot Ă  dire.2

La dessinatrice a vraiment des styles différents suivant ses albums.

Laetitia Coryn fait ses premiĂšres armes dans l’édition avec Le Monde merveilleux des vieux.3

Dans ce livre son style est à mi-chemin entre le réalisme et le style traditionnel de la BD humoristique européenne.

Ses dessins sont efficaces, ses cases sont agrĂ©ables Ă  regarder et ses personnages sont hyper-expressifs. Elle rĂ©ussit avec brio Ă  dessiner des scĂšnes de sexe sans tomber dans l’Ă©rotisme cheap.4

Cette BD est une Ă©tude sĂ©rieuse et rigolarde Ă  la fois, mais toujours passionnante sur l’histoire sexuelle de l’humanitĂ©.

On s’aperçoit que l’histoire n’est faite que de haut et de bas, les pĂ©riodes de forte rĂ©pression sexuelle succĂ©dant Ă  des pĂ©riodes de liberté 

« Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe, sans jamais avoir osĂ© le demander ». Ce titre de ce film de Woody Allen illustre parfaitement la teneur d’Une histoire de sexe qui passe en revue le sexe, sous toutes ses formes, un pĂšle-moule qui va de l’adultĂšre Ă  la sodomie en passant par la fameuse ceinture de chastetĂ©, Adam et Ève, le puritanisme ou l’Ă©onisme.5

Cette BD dĂ©marre avec notre ancĂȘtre Homo habilis, apparu il y a deux millions d’annĂ©es

 Il nous montre comment peu Ă  peu la domination masculine a pris son emprise dans les relations sexuelles et se termine dans le futur oĂč la vision fantasmĂ©e par les auteurs de la sexualitĂ© de nos congĂ©nĂšres vaut son pesant d’or!!6

On apprend une foule de choses en la lisant.

Saviez-vous que ClĂ©opĂątre est une grande spĂ©cialiste du blowjob et qu’elle serait l’inventrice du godemichet ? Connaissiez-vous le goĂ»t immodĂ©rĂ© d’Henri IV pour la gente fĂ©minine, il comptait pas moins de 73 maĂźtresses officielles qui lui donnĂšrent 22 enfants ? Loin de raconter les passions des monarques, il revient aussi sur l’Ă©volution des mƓurs face Ă  la religion (chrĂ©tienne en l’occurrence).7

Ou bien des infos sur

les lois sur la polygamie Ă  Babylone, la pĂ©dĂ©rastie en GrĂšce, ou encore que la pudibonde reine Victoria ne l’était finalement pas tant que ça, jouissant apparemment d’une bonne entente sexuelle avec son mari le Prince Albert dont la lĂ©gende raconte qu’il utilisait un piercing du mĂȘme nom pour attacher son pĂ©nis et ainsi Ă©viter les Ă©rections inopportunes
8

Pour certains cela rappellera le dessin animĂ© « Il Ă©tait une fois l’homme »

j’ai pensĂ© Ă  une version de cette sĂ©rie, mais pour adultes. Certains des dessins me rappelaient vraiment les personnages de la sĂ©rie tĂ©lĂ©.9

Quatre grandes innovations vont signer le passage à la sexualité des humains :

la disparition de l’oestrus (chouette, on peut niquer toute l’annĂ©e), la fin de l’os pĂ©nien (l’homme bande sans tuteur avec un pĂ©nis, plus grand, plus gros, plus fort et plus solide), l’invention du sentiment amoureux et aussi (malheureusement), la domination masculine.10

Ceci dit certains critiquent cette vision car

qui peut affirmer ce qu’est le sentiment amoureux? Ou que les singes, des ĂȘtres qui ne cessent de nous Ă©blouir par leur extraordinaire complexitĂ©, sont incapables de le ressentir? Ou qu’il est subitement apparu prĂ©cisĂ©ment chez Homo habilis et pas chez l’australopithĂšque?11

Le livre montre vraiment la domination masculine tout au long de l’histoire. MĂȘme s’il y a de l’amĂ©lioration de la condition fĂ©minine

Il y a deux pĂ©riodes dans toute l’histoire pendant lesquelles les femmes sont bien considĂ©rĂ©es: l’Égypte et maintenant, pas partout nĂ©anmoins. Pour quelles raisons? Parce qu’en Égypte comme ici, Ă  prĂ©sent, on a trouvĂ© le moyen de rĂ©duire les difficultĂ©s fĂ©minines par une certaine contraception (stĂ©rilet, plantes contraceptives) qui enlĂšve le fardeau de la grossesse permanente. Et, en-dehors de ça, on se rend compte qu’il y a un ordre masculin terrible. Selon Aristote, il y a deux catĂ©gories d’ĂȘtres dans l’AntiquitĂ©: les ĂȘtres supĂ©rieurs, qui peuvent pĂ©nĂ©trer, et ceux qui n’en sont pas capables, femmes, prostituĂ©es, homosexuels impĂ©nĂ©trables et les esclaves.12

Et à notre époque ?

MĂȘme si de loin en loin des bulles libertines existent comme au XVIIIe siĂšcle, c’est principalement au XXe siĂšcle que la sexualitĂ© se libĂšre vĂ©ritablement en la dissociant de la procrĂ©ation et des notions religieuses comme la puretĂ©. C’est Ă©galement Ă  cette Ă©poque que l’homosexualitĂ© devient lĂ©gitime et que le droit au plaisir est enfin reconnu pour les femmes. Rappelons-nous que ce n’est qu’en 2017 que le clitoris fait enfin son apparition dans un manuel scolaire
13

Les conditions de l’amour et du choix du personnel, de vivre libre la sexualitĂ©, c’est extrĂȘmement rĂ©cent dans notre culture (et loin d’ĂȘtre rĂ©pandu partout).

Ce que nous voyons dans cette histoire de la sexualitĂ©, c’est essentiellement l’avĂšnement de notre sexualitĂ© contemporaine par l’attĂ©nuation progressive de la domination masculine qui Ă©tait prĂ©sente par le passĂ©, quelle que soit l’époque. On la voit progressivement diminuer, mĂȘme s’il ne fait pas oublier qu’elle reste prĂ©sente.14

Une critique s’élĂšve sur le centrisme europĂ©en de la bd ou sur le cĂŽtĂ© « fĂ©ministe » de cette BD .

Il aurait Ă©tĂ© intĂ©ressant d’avoir un aperçu des cultures non-occidentales et de sociĂ©tĂ©s matriarcales (si, ça existe) pour apporter une autre vision. Une idĂ©e pour un deuxiĂšme tome ?15

Voilà ce que dit Laëtitia sur cette domination :

Je suis fĂ©ministe, enfin humaniste. Mais force est de constater que tous les combats fĂ©ministes ne sont pas gagnĂ© et que dans des pays comme les nĂŽtres, ce n’est pas gagnĂ© pour tout le monde. Et ça l’est encore moins pour certaines femmes ailleurs dans le monde. On parle aussi d’homosexualitĂ©, ce qui rejoint les combats fĂ©ministes – on s’est battues pour certains droits dĂ©sormais acquis, les prochains Ă  acquĂ©rir sont ceux des homosexuels -.

Mais ce qui est intĂ©ressant c’est cette maniĂšre d’aborder Ă  travers les Ăąges le thĂšme de la domination masculine. Philippe me disait: c’est juste ĂȘtre objectif sur ce qu’est l’histoire de la sexualitĂ©. C’est totalement vrai. Seulement, je trouvais qu’en parler et de mettre l’accent lĂ -dessus Ă©taient pour moi une forme de militantisme. Pour Philippe pas.16

Et la réponse du scénariste :

Je ne pense pas que ce soit militant. Quoique
 La condition des femmes, encore aujourd’hui, est plus compliquĂ©e. Mais beaucoup d’hommes ne s’en rendent pas compte. C’est pour cette raison qu’il faut raconter l’histoire. Je ne crois pas que ce soit un acte militant de vouloir souligner des choses que les autres ne voient pas.

On croit que la domination masculine est terminĂ©e. C’est loin d’ĂȘtre le cas. Elle n’est pas terminĂ©e parce que nous les hommes ne voyons pas les difficultĂ©s que rencontrent les femmes. Ce n’est pas une question de s’apitoyer, la condition fĂ©minine est compliquĂ©e. Jusqu’au 18Ăšme siĂšcle, une femme sur six mourait en couche. Un enfant sur trois atteignait ses 18 ans. Les femmes avaient une gĂ©nitalitĂ© compliquĂ©e, avec des infections. Dans ces conditions, il Ă©tait bien compliquĂ© d’éprouver de la jouissance. Alors que les hommes n’ont jamais vraiment Ă©tĂ© dĂ©rangĂ©s.17

Un album tout public ?

LaĂ«titia: Je pense qu’à partir de treize ou quatorze ans, selon les parents, on peut le lire.

Pour les ados, ça pourrait faire une bonne entrĂ©e en matiĂšre. Mais ce n’est pas un livre d’éducation sexuelle! 18

Il est à noter que le dos de la jacquette du livre reprend un dessin d’Ishtar.


17 Ibid.

18 Ibid.

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