đŸ—Żïž Le comte de Saint-GermainđŸ—Żïž

Le comte de Saint-Germain, un récit complet de Laymilie & Sidney paru dans Tintin belge n°47 du 21/11/1967

D’autres BD ont Ă©tĂ© consacrĂ©es Ă  ce mystĂšre/mythe comme Saint-Germain de Thierry Gloris et Bergeron chez GlĂ©nat en 20092

 

 

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De 1737 Ă  1742, le comte de Saint-Germain se serait trouvĂ© Ă  la cour du Shah de Perse, oĂč il y aurait appris de nombreux secrets. Alors qu’il Ă©tait Ă  Vienne, en Autriche, le comte de Belle-Isle, alors en proie Ă  une mystĂ©rieuse maladie, fut prĂ©sentĂ© au comte de Saint-Germain, un homme dont personne n’avait jamais entendu parler. Lorsqu’il revint de Prague, le marĂ©chal de Belle-Isle Ă©tait accompagnĂ© du comte, lequel l’avait miraculeusement guĂ©ri et, pour le remercier de ses services, il l’introduisit Ă  la cour. LĂ , le comte de Saint-Germain se lia rapidement d’amitiĂ© avec la marquise de Pompadour, qui le prĂ©senta au roi Louis XV en dĂ©cembre de l’annĂ©e suivante.

A ce moment-lĂ , le comte vivait Ă  Londres, en Angleterre, frĂ©quentant la haute noblesse et se distinguant par ses talents exeptionnels de violoniste. Au cours de l’automne 1744, le roi, qui avait Ă©tĂ© fortement impressionnĂ© par le comte de Saint-Germain, lui demanda de guĂ©rir sa favorite, Mme de ChĂąteauroux, victime d’un empoisonnement. Malheureusement, rien ne put la sauver.

Un peu plus tard, l’écrivain britannique Horace Walpole rapportait dans l’une de ses lettres qu’un homme Ă©trange rĂ©sidant Ă  Londres depuis deux ans connaissait quelque diffĂ©rent avec la justice. Cet homme, qui se faisait appeler le comte de Saint-Germain, avait avouĂ© porter un nom d’emprunt, mais il refusait de dĂ©cliner sa vĂ©ritable identitĂ©. SoupçonnĂ© d’espionnage, le comte de Saint-Germain avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©, mais comme aucune preuve n’avait pu ĂȘtre Ă©tablie Ă  son encontre la police s’était contentĂ©e de l’assigner Ă  rĂ©sidence.

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En 1749, le comte rĂ©apparut en France et Louis XV, qui semblait lui vouer une vĂ©ritable admiration, lui confia quelques missions diplomatiques qu’il rĂ©ussit brillamment. Par la suite, le comte de Saint-Germain fit un voyage en Inde, comme l’indique l’une de ses lettres

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A son retour en France, en 1758, le comte de Saint-Germain adressa une requĂȘte au marquis de Marigny, directeur des BĂątiments du roi, demandant qu’une maison royale soit mise Ă  sa disposition afin qu’il puisse y installer un laboratoire de chimie, promettant Ă  Louis XV la plus riche et la plus rare des dĂ©couvertes. Tout d’abord sceptique, le ministre lui attribua finalement le chĂąteau de Chambord et le comte y installa ses assistants, ses ouvriers et son laboratoire. Au cours de plusieurs sĂ©jours, il expĂ©rimenta de nouvelles teintures alliant la chimie et l’alchimie, mais Ă©galement des verres de couleur, des pierres prĂ©cieuses artificielles et des colorants. Puis, contre toute attente, en dĂ©cembre de la mĂȘme annĂ©e, la manufacture de Chambord, ferma ses portes. Pourtant, le comte de Saint-Germain semblait avoir connu quelque rĂ©ussite dans ses recherches comme semblait le prouver la magnifique collection de portraits de femmes sertis de pierreries qu’il conservait chez lui. Il avait dĂ©couvert un procĂ©dĂ© permettant de fabriquer des couleurs extraordinaires et il s’en servait dans les tableaux qu’il peignait. De nombreux artistes cĂ©lĂšbres lui en avaient demandĂ© le secret mais jamais le comte n’avait voulu le rĂ©vĂ©ler.

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AprĂšs que le comte de Saint-Germain eut avouĂ© son immortalitĂ©, son valet de chambre affirma qu’il avait partagĂ© ce secret avec lui. Lorsqu’on lui demanda s’il Ă©tait vrai que son maitre avait Ă©tĂ© prĂ©sent en Cana et en GalilĂ©e, oĂč JĂ©sus-Christ avait transformĂ© l’eau en vin, le valet de chambre rĂ©pondit: » Vous oubliez, Monsieur, que je ne suis au service du comte que depuis un siĂšcle « .

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Le comte se vĂȘtait avec une Ă©lĂ©gante simplicitĂ©, mais il se montrait toujours couvert de pierreries. Il en avait Ă  ses doigts, sur sa tabatiĂšre, Ă  sa montre, et parfois mĂȘme sur son col, sur sa poitrine ou Ă  ses boucles de souliers. Il changeait constamment de bijoux mais n’en portait jamais de mĂ©diocres ou d’ordinaires et Mme de Pompadour, contemplant sa tenue en une certaine occasion, lui avait dit qu’elle ne croyait pas que le roi eĂ»t d’aussi belles pierres. Tout le monde ignorait d’oĂč il tenait une telle fortune, ce qui attisait la curiositĂ©, mais si le comte de Saint-Germain intriguait, il fallait nĂ©anmoins se garder de mĂ©dire de lui en prĂ©sence de Louis XV ou de Mme de Pompadour, qui le tenaient en grande estime.

Un jour, intriguĂ©, le baron de Gleichein lui posa la question qui brĂ»lait toutes les lĂšvres: » Mais d’oĂč proviennent des pierres aussi belles, aussi rares? « . Ce Ă  quoi Saint-Germain rĂ©pondit: » Les plus petites m’ont Ă©tĂ© offertes par les rajas et les mages de l’Inde; quand aux plus grosses, c’est moi qui les ai fabriquĂ©es « .

Lors d’une discussion entre Mme de Pompadour, quelques seigneurs et le comte de Saint-Germain, du secret qui faisait faire disparaitre les taches des diamants, Louis XV fit apporter un diamant mĂ©diocre qu’une tĂąche gĂąchait. On le fit peser, et le roi dit au comte: » Il est estimĂ© Ă  six mille livres mais il en vaudrait dix sans la tache. Voulez-vous vous charger de me faire gagner quatre mille francs? « . AprĂšs l’avoir attentivement examinĂ©, Saint-Germain rĂ©pondit: » Cela est possible, et dans un mois, je le rapporterai Ă  Votre MajestĂ©. « . Un mois plus tard, le comte rapportait au roi sidĂ©rĂ© un diamant pur. Le comte de Saint-Germain affirmait connaitre le secret de la fusion des diamants, de telle sorte qu’il pouvait en faire un grand de dix ou douze petits, sans perdre une parcelle de leur poids et il se flattait Ă©galement de savoir faire grossir les perles. […]

Le comte de Saint-Germain semblait pourvu de tous les talents. En sociĂ©tĂ©, il Ă©tait toujours sollicitĂ© pour se faire entendre. Quand il jouait du clavecin, du violon ou lorsqu’il se mettait Ă  chanter, il plongeait son auditoire en extase. Il Ă©tait un ambidextre parfait et il pouvait le prouver en Ă©crivant en mĂȘme temps deux feuilles identiques, l’une de la main droite, l’autre de la main gauche, dont les Ă©critures se superposaient admirablement quand on les comparait par transparence sur une vitre. Le comte semblait Ă©galement avoir reçu une Ă©ducation des plus brillantes. Non seulement il Ă©tait un chimiste et un alchimiste accompli, mais il composait aussi de la musique, peignait et parlait allemand, anglais, italien, portugais, espagnol, français, grec, latin, sanscrit, arabe et chinois. Ses maniĂšres Ă©taient raffinĂ©es, ses conversations fascinantes et ses extraordinaires connaissances en histoire ravissaient ses auditeurs. Dans ses mĂ©moires, Casanova racontait que le comte parlait avec une aisance et un charme qui le captivaient.

Grimm, cĂ©lĂšbre pour ses Contes, disait Ă  propos de lui qu’il » avait le talent de rappeler dans la conversation les Ă©vĂ©nements les plus importants de l’histoire ancienne et de les raconter comme on raconte l’anecdote du jour, avec les mĂȘmes dĂ©tails, le mĂȘme degrĂ© d’intĂ©rĂȘt et de vivacitĂ© « .

 […]

Étrangement, quand il Ă©tait conviĂ© Ă  un repas, jamais le comte ne buvait ni ne mangeait. Il y assistait sans mĂȘme dĂ©plier sa serviette et si ses hĂŽtes insistaient, il rĂ©pondait Ă©vasivement que sa vie dĂ©pendait d’un certain rĂ©gime que personne ne pouvait connaitre que lui puis il dĂ©tournait habilement la conversation. Certains prĂ©tendaient que ce rĂ©gime Ă©tait constituĂ© de pilules, de pain et de gruau et que c’était lĂ  le secret de son incroyable longĂ©vitĂ©.

De religion catholique, le comte de Saint-Germain observait ses pratiques avec une grande fidĂ©litĂ© mais il frĂ©quentait Ă©galement de nombreuses SociĂ©tĂ©s secrĂštes comme celle des Francs-Maçons ou des Rose-Croix. Quand Louis XV Ă©tait encore un enfant, le marĂ©chal de Villeroy lui racontait souvent de fantastiques histoires qui enflammaient son imagination et il en Ă©tait une qui avait tout particuliĂšrement impressionnĂ© le jeune roi, celle de maĂźtre Dumas. (L’histoire en question: La disparition de MaĂźtre Dumas). Souvent le roi prenait plaisir Ă  la raconter, jugeant de son effet sur un auditoire conquis qui se montrait toujours complaisant.

Un jour qu’il la relatait en prĂ©sence du comte de Saint-Germain, celui-ci proposa de lui en faire connaitre les secrets. Le comte se mit alors Ă  tracer des lignes, Ă  Ă©crire des figures d’algĂšbre et d’astrologie et les Ă©tudia avec soin. Puis il dit au roi que les ouvriers et les ingĂ©nieurs qui avaient cherchĂ© maĂźtre Dumas devaient possĂ©der de mĂ©diocres connaissances car sous le plancher de la chambre, il Ă©tait une trappe qui menait Ă  un caveau. AprĂšs y ĂȘtre descendu, Dumas avait avalĂ© un puissant somnifĂšre et ne s’était plus rĂ©veillĂ©. Quand Louis XV demanda si le mystĂ©rieux visiteur de maitre Dumas Ă©tait bien le diable, alors le comte de Saint-Germain lui rĂ©pondit:

» Sire, que Votre MajestĂ© se fasse Rose-Croix, et je me hĂąterai de soulever le dernier voile qui recouvre ce mystĂšre. Mais, quand Ă  prĂ©sent, il m’est impossible de rĂ©pondre Ă  la question; car, en le faisant, je m’exposerais aux plus grands dangers « . Le roi se fit soudain silencieux mais Madame de Pompadour, qui Ă©tait autrement plus curieuse, Ă©crivit au lieutenant de police. Lorsque la chambre de maĂźtre Dumas fut fouillĂ©e, l’on dĂ©couvrit la trappe et l’escalier qui descendait dans la chambre souterraine tels que le comte les avait dĂ©crits. Au milieu d’un grand nombre de livres et d’instruments de chimie et d’astrologie, gisait maĂźtre Dumas, encore vĂȘtu de ses habits d’autrefois. A ses cĂŽtĂ©s, un flacon de cristal brisĂ© contenait encore un peu d’opium.

 […]

Le 27 fĂ©vrier 1784, le comte de Saint-Germain dĂ©cĂ©dait d’une attaque de paralysie. Les obsĂšques eurent lieu en l’église Saint-Nicolas le 2 mars 1784 et sa dĂ©pouille fut dĂ©posĂ©e dans le caveau de la chapelle Saint-Roch.

Alors que les journaux relatait la mort du comte, Etteilla affirmait que le comte de Saint-Germain, dont il Ă©tait le disciple depuis vingt ans, vrai cabaliste et magicien hermĂ©tiste, Ă©tait toujours en vie, qu’il habitait en AmĂ©rique et se portait Ă  merveille. L’annĂ©e suivante, la comtesse de Genlis interrogea le Prince de Hesse au sujet du comte de Saint-Germain, et le prince eut la bontĂ© de rĂ©pondre Ă  ses questions. Il lui apprit qu’à sa mort, le comte n’avait l’air ni vieux, ni brisĂ© par l’ñge mais qu’il paraissait consumĂ© par une insurmontable tristesse. Il avait montrĂ© en mourant d’horribles terreurs, des terreurs telles que sa raison en avait Ă©tĂ© altĂ©rĂ©e. Un siĂšcle plus tard, lorsque des ThĂ©osophes firent ouvrir le caveau du comte de Saint-Germain, ils constatĂšrent qu’il Ă©tait strictement vide.

 […]

AprĂšs sa mort, de nombreux tĂ©moins rapportĂšrent avoir vu le comte de Saint-Germain, parmi lesquels la comtesse d’AdhĂ©mar, qui l’avait bien connu. Ainsi en 1821 Ă©crivait-elle: » J’ai vu Saint-Germain Ă  nouveau, Ă  chaque fois Ă  mon grand Ă©tonnement « .

Le 15 fĂ©vrier 1785, le comte de Saint-Germain aurait assistĂ© Ă  la Convention de Wilhemsbad, en Allemagne, oĂč il se serait efforcĂ© de rĂ©concilier les Rose-Croix, les IlluminĂ©s, les Kabbalistes et les Humanitaires. La mĂȘme annĂ©e il se serait trouvĂ©, selon les archives de la Franc-Maçonnerie, Ă  la confĂ©rence de Paris, en compagnie de Lavater, Saint-Martin, Mesmer, Wöllner, Gleichen et Cagliostro.

En 1788, le comte de Chalons, ambassadeur Ă  Venise, dĂ©clara avoir parlĂ© au comte de Saint-Germain place Saint-Marc. La mĂȘme annĂ©e, le comte de Saint-Germain adressait un prophĂ©tique poĂšme aux vers peu rĂ©jouissants Ă  la reine Marie-Antoinette. En 1789, Marie-Antoinette aurait reçu un nouveau billet du comte dans lequel il l’avertissait des complots qui se tramaient contre la duchesse de Polignac, gouvernante de ses enfants. A la mĂȘme Ă©poque, le comte de Saint-Germain aurait envoyĂ© un billet de rendez-vous Ă  Mme d’AdhĂ©mar. Le lendemain, quand la comtesse s’y rendit, elle reconnut aisĂ©ment le comte: il prĂ©sentait le mĂȘme visage qu’en 1760.1


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