đŸ•‰ïž Zen, voie du coeur đŸ•‰ïž

J’ai le souvenir d’un de mes premiers entretiens formels avec le maĂźtre zen Taizan Maezumi. Assis en lotus, il se penchait vers moi, en s’appuyant sur le petit bĂąton qu’il portait Ă  la main aussi bien dans la salle de mĂ©ditation que lors des entretiens. Sa voix Ă©tait Ă  peine audible – si basse que je dus m’approcher Ă  quelques centimĂštres pour l’entendre. Je dĂ©couvris alors qu’il me parlait en Japonais
 Il semblait rĂ©citer un long texte.

[…]

Mon enseignant, Genpƍ sensei, me dit plus tard qu[’il
] m’avait probablement rĂ©citĂ© un texte fondamental de la tradition du zen, le Genjƍkƍan, un chapitre du Shƍbƍgenzƍ, « Le TrĂ©sor de l’Ɠil du vrai dharma », un ouvrage composĂ© au XIIIe siĂšcle par le maĂźtre zen Dƍgen. […] Genjƍkƍan est souvent traduit par « actualiser le point essentiel » ou « mettre en Ɠuvre l’éveil ». La rĂ©citation dura dix minutes, puis Maezumi rƍshi me dit « Vous devez Ă©crire le Shƍbƍgenzƍ français, l’écrire avec votre propre vie. Votre propre vie est la vie du Shƍbƍgenzƍ. »

J’étais complĂštement dĂ©contenancĂ©. Le Shƍbƍgenzƍ me paraissait alors un texte totalement hermĂ©tique – presque illisible.

Le dernier jour de la retraite, un participant demanda :

– « MaĂźtre, pendant que nous faisons zazen (la mĂ©ditation assise), la guerre se poursuit au Salvador, la rĂ©pression, les escadrons de la mort, des fermiers sont tuĂ©s
 Que devons nous faire ? »

– « Take care of yourself », rĂ©pondit maĂźtre Maezumi. « Prenez soin de vous. »

Sa rĂ©ponse semblait dĂ©concertante. J’étais tout Ă  fait incapable d’en saisir la subtilitĂ©. Pourtant le maĂźtre rĂ©pondait exactement Ă  la demande de son interlocuteur : « Prenez soin de la situation comme de votre propre corps. Vous ĂȘtes la rĂ©volte, la rĂ©pression et la souffrance. Les soldats, les escadrons de la mort, les paysans sont votre propre corps
 »

[…]

J’ai pris part en 1996 Ă  une retraite interreligieuse, « Porter TĂ©moignage Ă  Auschwitz-Birkenau ». Et j’ai rejoint les Zen Peacemakers, l’association fondĂ©e par Bernie Glassman, le premier successeur de MaĂźtre Maezumi. L’annĂ©e suivante, j’ai participĂ© Ă  une retraite de rue Ă  Cologne et une autre Ă  DĂŒsseldorf. Nous faisions zazen dans des jardins publics et nous avons, quatre jours durant, vĂ©cu sans un sou, dormi dans la rue et mendiĂ©. […]

Peu aprĂšs, j’ai dĂ©cidĂ© de m’engager auprĂšs des plus dĂ©munis. En 2003, j’ai cofondĂ© l’association L’Un est l’autre, pour servir des repas de qualitĂ© aux personnes en situation de prĂ©caritĂ©. Je me suis mis Ă  prĂ©parer cent ou cent cinquante repas, que nous servions Ă  Paris, rue de Flandre, le dimanche soir, puis dans un Centre des Restaurants du CƓur. […]

L’Un est l’autre sert aujourd’hui cent mille repas par an.

En 2011, Nous avons fondĂ© Zen – Voie du CƓur dans le but d’unir davantage mĂ©ditation et action. La question est de savoir comment un pratiquant laĂŻc peut-il vivre pleinement son engagement, sans dissocier la mĂ©ditation de la pratique de son travail, de sa relation maritale, de sa famille, de ses autres relations et du reste de son existence. Comment vivre une vie sans interstice, sans fossĂ©, entre soi et soi-mĂȘme ? Comment vivre pleinement une pratique laĂŻque qui hĂ©rite et s’inspire de l’expĂ©rience monastique, sans en ĂȘtre nĂ©cessairement une fade copie.

Zen – Voie du CƓur est une petite association de pratiquants laĂŻcs, qui s’engagent Ă  prendre soin du monde comme de leur propre corps. Elle est particuliĂšrement tournĂ©e vers les zones d’ombre de la sociĂ©tĂ©, ceux qui tombent dans les interstices – les fĂȘlures – de l’ordre social : les SDF, les rĂ©fugiĂ©s, les personnes dĂ©tenues, les personnes en souffrance psychique.

Notre travail se fonde entiĂšrement sur une pratique assidue de la mĂ©ditation et sur l’étude et l’approfondissement des seize prĂ©ceptes du zen, que nous regardons comme les kƍans de notre vie quotidienne. Nous organisons Ă©galement des Cercles de parole et d’écoute qui permettent de communiquer et d’écouter du fond du cƓur. Nous encourageons les participants Ă  avoir une pratique de bĂ©nĂ©volat, ou de s’engager dans un travail pour la paix. Je suis moi-mĂȘme devenu aumĂŽnier de prison.

En 2011, nous avons cofondĂ© S’Éveiller, un collectif de bouddhistes engagĂ©s[…].

Michel Dubois


EXTRAITS D’UN ARTICLE DE BASE (BOUDDHISME, ACTION SOCIALE ET ENGAGEMENT) À LIRE DANS SON INTÉGRALITÉ ICI

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