Le sixième Dalaï Lama

Les histoires de succession des Dalaï lama au Tibet ne furent pas toujours simples. Celle du Karmapa reste toujours compliquée actuellement puisqu’il y a deux postulants au poste. Celle du Vème, Lobsang Gyatso fut particulièrement compliquée. Il fut le premier Dalaï Lama a devenir le chef temporel du Tibet, qu’il réunifa en une nation, avec l’appui des Mongols. Le système de gouvernement tibétain qu’il créa s’est laïcisé et structuré grâce à lui.

Le 5e dalaï-lama démontra sa tolérance pour les autres religions dans ses contacts avec l’islam. Il fit le palais du Potala. Il fit recenser les monastères du Tibet, et réglementa leurs revenus et contributions aux dépenses d’État. Il créa l’école de médecine de Chakpori qui se perpétua jusqu’à sa destruction par l’armée chinoise en 1959, et un hôpital encore en fonctionnement de nos jours. Il organisa la hiérarchie religieuse ainsi que les relations extérieurs du Tibet. Le 5e dalaï-lama qui connaissait le sanscrit était un lettré qui écrivit des livres, dont un sur la poésie. Il a fondé deux institutions scolaires, l’une pour les fonctionnaires laïcs et l’autre pour les fonctionnaires monastiques, où était enseigné le mongol, le sanscrit, l’astrologie tibétaine, la poésie, et l’administration. Vers la fin de sa vie, il s’est retiré de la vue publique pour des années de retraite spirituelle, confiant les pouvoirs au régent Sangyé Gyatso. Le 2 avril 1682, à 64 ans, il est mort avant la fin de la construction du Potala dont il avait confié la construction à Sangyé Gyatso, lui demandant de garder le secret de sa mort. Le régent qui semblait vouloir conserver le pouvoir pour finir les travaux, cacha la mort du dalaï-lama pendant 12 ans.

C’est pour cela qu’il est surnommé surnommé « le Grand Cinquième»1

Dans ce contexte lui trouver un successeur ne fut pas plus simple.

Quand Sangyé Gyatso entendit parler d’un garçon de Mon Tawang aux qualités remarquables, il envoya en 1685 2 moines à la recherche de la réincarnation. Sur leur route, les voyageurs furent invités à s’arrêter au dzong de Tsona. Informé de leur position, Sangyé Gyatso consulta l’oracle de Néchung qui répondit que l’heure d’officialiser la mort du 5e dalaï-lama et sa renaissance n’était pas venue. Le séjour de l’enfant et sa famille au dzong de Tsona se transforma en une installation dans le centre cultuel lié à l’édifice qui dura 12 ans. Plusieurs tuteurs furent envoyés par Sangyé Gyatso qui veillait à son éducation.

Puis Sangyé Gyatso informa l’empereur Kangxi dans le même temps de la mort du 5e et de la découverte du 6e dalaï-lama, et l’annonça également aux habitants du Tibet. À l’âge de 14 ans, en 1697, il fut intronisé en tant que 6e dalaï-lama et reçu le nom de Tsangyang Gyatso. Il est le seul dalaï-lama à avoir refusé une vie de moine ordonné. Il reste connu dans l’histoire tibétaine pour ses chants et sa poésie.

En 1701 survint un conflit entre Sangyé Gyatso et Lhazang Khan. Ce dernier reprend le Tibet et tue le régent du Tibet peu favorable à la Chine vers 1705.

Bien qu’habitant toujours le Potala, Le 6ème sortait à Lhassa et dans les villages alentour, passant la journée avec ses amis dans le parc situé derrière le Potala et la nuit dans des tavernes à Lhassa ou au village de Shöl, en contrebas du Potala, buvant de la bière et chantant des chansons. Il est notamment connu pour ses poésies et ses écrits. Au village de Shöl, se trouvait l’auberge censée avoir été fréquentée par Tsangyang Gyatso dont Thomas Laird dit qu’il refusait de prendre ses vœux et « passait ses nuits à boire dans les bordels ».

En 1706, sous la pression de Lhazang Khan, il dut se rendre en Chine, et, selon une version de son histoire, il serait mort en voyage la même année.2

Zhao Ze nous raconte la vie de Tsangyang Gyatso en trois tomes (deux aujourd’hui parus). Dans la BD il est écartelé entre son amour pour Makye Ame, la fille du chef de son village d’origine et sa destinée religieuse qu’il accepte pour sauver son père du bûcher auquel il était promis. Mais dans ce rôle il doit affronter de multiples intrigues politiques.

Les aquarelles de Zaho Ze sont magnifiques. Il retranscrit avec force les rituels et festivals bouddhistes. Le fait que Zaho Ze, Chinois, raconte cette histoire de Dalaï Lama n’est pas un hasard, son histoire semble très connue en Chine, mais surtout en tant que grand poète et son destin reste unique. C’est le seul Dalaï-Lama qui n’a pas été moine.3

Le sixième dalaï-lama – Qiang Guo – Ze Zhao

De ses poésies :

Au Potala siège le compassionné,
Sage Océan de la pure mélodie.
Mais dans les bas quartiers de Chol ne suis
Qu’un puissant étalon de volupté.

Ma compagne, l’amoureuse si douce
Offerte tendrement dans l’alcôve,
Serait-elle rusée menteuse venue
Dérober les secrets de ma vertu ?

La flèche rencontre la cible,
Sa pointe pénètre la terre.
Auprès de ma bien-aimée d’enfance
Mon coeur a soudain retrouvé l’amour.


1   https://fr.wikipedia.org/wiki/Lobsang_Gyatso

2   https://fr.wikipedia.org/wiki/Tsangyang_Gyatso

3   https://www.unidivers.fr/bd-le-sixieme-dalai-lama/

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