Je n’ai rien à cacher… quoi que…

EXTRAITS D’UN ARTICLE DE BRUNO DERUISSEAU SUR LES INROCKS


Grâce à la collecte de nos données numériques, les agences de renseignement disposent aujourd’hui d’un accès quasi-total à notre intimité. Sorti cette semaine, « Nothing to Hide » propose, en évitant l’écueil de la paranoïa, une prise de conscience des enjeux de la surveillance de masse et des moyens dont chacun dispose pour s’y soustraire.

Il était une fois internet. Le capitalisme pensa en tirer profit en proposant des contenus payants mais il s’avéra bien vite que les utilisateurs voyaient d’abord internet comme un espace de gratuité. Alors le capitalisme eut l’idée d’une surveillance invisible qui collecterait les données générées par les utilisateurs pour ensuite les vendre à des entreprises et des gouvernements. La surveillance de masse est née. L’observation de ce péché originel d’internet débouche sur une question avec laquelle ce passionnant documentaire ne cesse de tisser son propos : pourquoi m’inquièterais-je de la surveillance de masse puisque je n’ai rien à cacher?
Alternant entretiens avec des spécialistes de la surveillance, des exemples concrets et une étude de cas, Nothing to Hide de Marc Meillassoux illustre le trajet d’une prise de conscience des dangers de la surveillance et pose avec intelligence et tempérance la question de l’intimité et de la capacité à se rebeller à l’intérieur d’une société qui dispose d’outils dignes d’un régime totalitaire.

Au fil de nos recherches, de nos conversations et de nos déplacements, le documentaire montre que nos téléphones portables et nos ordinateurs sont devenus les réceptacles d’informations qui permettent de connaître notre mode de vie, nos idées politiques, nos croyances, nos intérêts, notre vie social et nos pratiques sexuelles.
La possession de telles données recueillies massivement et revendues par notamment Facebook et Google permet déjà à des entreprises de nous proposer un contenu publicitaire ciblé et à l’Etat de contrôler la population. Mais d’autres pratiques pourraient voir le jour dans les prochaines années ; les compagnies d’assurance devraient nous proposer des prestations en rapport avec notre hygiène de vie, les banques, des prêts en fonction de la notation financière que nous aura octroyée Facebook et notre potentiel employeur pourrait même nous évaluer à partir de l’analyse des données qu’il aura en sa possession. Toutefois et sans tomber dans la paranoïa, il existe des outils qui permettent de réduire nos traces sur internet, comme l’évoque Marc Meillassoux : […]

[…] Les Cryptoparties sont des réunions libres et gratuites où les gens viennent avec leur téléphone portable et leur ordinateur et apprennent à protéger leurs données eux-mêmes.

[…] Le film montre que l’état d’urgence et la surveillance de masse sont aussi bien utilisés pour lutter contre le terrorisme que contre le militantisme écologique et politique.

[…] Durant la COP 21, on a ainsi vu que les services de renseignements français utilisaient ces outils pour dresser des profils de militants qui n‘avaient jamais rien fait d’illégal mais qui, pour reprendre le terme de leur « note blanche » : « représentent une menace pour les institutions de l’Etat ».

[…] Nous sommes potentiellement tous surveillés. Snowden a dévoilé que la NSA fonctionnait selon un système à deux cercles. Si un individu se retrouve en contact avec un individu déjà surveillé, il se retrouvera automatiquement surveillé, tout comme tous ses propres contacts. Ce qui veut dire que, si je suis surveillé, tu l’es automatiquement ainsi que toutes les personnes avec qui tu communiques. C’est inquiétant, surtout quand on sait qu’avec les réseaux sociaux, nous ne sommes plus qu’à cinq poignées de main de n’importe qui dans le monde.

[…] Même s’il est très difficile de se protéger contre la NSA, on peut assez facilement effacer certaines traces vis-à-vis de la surveillance privée, comme celle exercée par Google, en utilisant des moteurs de recherche comme DuckDuckGo ou le navigateur anonyme Tor, en utilisant des logiciels libres comme Linux ou en utilisant une messagerie instantanée comme Signal. Il y a différents niveaux de protection et il n’est pas nécessaire d’aller au stade le plus extrême pour avoir une utilisation d’internet qui soit satisfaisante. Pour estimer les traces que chacun laisse derrière soi sur internet, il existe par ailleurs un site qui s’appelle Myshadow.org. J’essaie personnellement de ne pas prendre ça comme une paranoïa mais plutôt comme une forme de jeu, de challenge : comment laisser le moins de trace possible.


LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL DE BRUNO DERUISSEAU SUR LES INROCKS

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