Olympe de Gouges

EXTRAITS D’UN ARTICLE D’OLIVIER BLANC SUR LE MONDE DIPLOMATIQUE


Marie-Olympe de Gouges est une des très rares femmes de l’histoire ancienne a avoir été exécutée pour la publication d’écrits politiques.

[…]

Elle demeure en effet une figure d’exception, non seulement pour son engagement politique dans la durée, mais surtout pour ses positions d’avant-garde, courageusement exprimées, sur la condition des Noirs et celle des femmes. Il a fallu attendre que les grandes questions de société sur les femmes, le racisme et les minorités se posent avec une nouvelle acuité au lendemain de la seconde guerre mondiale pour mettre enfin en lumière le souvenir tragique de de Gouges.

Dans les dix années qui ont précédé sa mort, elle a composé une vingtaine de pièces de théâtre portant sur des sujets de société ou d’actualité politique et dont certaines, représentées, ont connu le succès ou l’échec. Elle est aussi l’auteure d’un conte « oriental », de deux ou trois romans et d’une grande quantité d’écrits politiques — pétitions, factums, brochures, affiches — dont les derniers lui ont coûté la vie.

Très impliquée dans la vie publique, car les thèmes de ses pièces de théâtre avaient à voir avec l’actualité politique ou étaient un sujet de controverse (comme la question de la suppression de la traite), de Gouges a été sévèrement jugée par la « majorité morale » de son temps, pour qui la maternité, l’entretien du foyer et l’éducation des enfants devaient demeurer les thèmes exclusifs de la créativité et de l’activité des femmes.

Elle appartenait donc à une sensibilité minoritaire lorsqu’elle prenait part à la plus brûlante actualité politique, et cela à une époque où les femmes entreprenantes, celles du moins qui, disait-on, « se respectaient » et savaient rester « dans les bornes de la décence », se cantonnaient à la sphère littéraire romanesque ou animaient un « bureau d’esprit » […].

De Gouges, dont le nom apparaissait sur des affiches de propagande politique, se fit remarquer lors du procès de Louis XVI, où elle s’offrit de défendre le monarque déchu, faisant d’ailleurs connaître son aversion pour la peine de mort […]. Puis on lui reprocha sa complicité avec les députés girondins, qu’elle défendit crânement dans une lettre à la Convention, le 9 juin 1793, une semaine après leur proscription et leur arrestation […]. Le courant de pensée libéral et humaniste auquel se rattachaient comme elle les Amis des Noirs […] mais aussi les amis des femmes fut, on le sait, emporté par la Terreur.

[…]

[Elle avait] formulé le nouveau statut de la femme en ces termes : « Les femmes de l’Ancien Régime étaient autrefois respectées et méprisables, et, depuis la Révolution, elles sont devenues respectables et méprisées. »

Venue de son Quercy natal — elle était née à Montauban en 1748 —, Marie Gouze était veuve à 20 ans lorsque, par un hasard de circonstances et aussi parce que ses ambitions n’étaient pas médiocres, elle fut reçue dans la société artistique et intellectuelle du Paris des Lumières. Elle s’y fit connaître sous le nom d’Olympe de Gouges, y rencontrant des écrivains, des philosophes, des scientifiques, des mécènes et collectionneurs, des femmes d’esprit, des artistes et principalement des comédiens. Le théâtre fut en effet sa passion et, dès 1778, elle s’y consacra entièrement comme auteure dramatique. Depuis Molière, la tradition, à la Comédie-Française, autorisait en principe à s’exprimer subtilement sur certains sujets délicats à condition que les codes de la « bienséance » fussent respectés et que le « but moral » fût atteint.

C’est ainsi que, chez la marquise de Montesson, qui disposait d’un théâtre de société dirigé par le chevalier de Saint-Georges, métis d’une liaison de son père avec une ancienne esclave, de Gouges donna en 1782, en lecture privée, une pièce de sa composition sur les horreurs — on ne pouvait alors parler à mots couverts que d’« injustice » — de la traite des esclaves des colonies. Mme de Montesson, influente depuis son mariage morganatique avec le duc d’Orléans, père du futur Philippe-Egalité, recommanda l’auteure à la Comédie-Française, et la pièce fut inscrite au répertoire. Mais, à la réflexion, on s’aperçut que ce « drame indien » recelait une critique de la traite, source de profits considérables.

De Gouges, qui y dénonçait l’« injuste intérêt des Blancs […] » — autrement dit le Code noir […] — eut le tort de manifester bruyamment son dépit de voir sa pièce reléguée dans les oubliettes de la Comédie-Française. Elle fut menacée d’être internée à la Bastille par lettre de cachet. Elle eut très peur, et on peut dater de cette époque son engagement politique. De 1785 jusqu’à sa mort, elle publia inlassablement sur tous les sujets qui revêtaient de l’importance à ses yeux.

[…]

Elle s’est exprimée principalement  [… sur les] prisonniers pour dettes,  la prise de voile imposée aux jeunes filles catholiques, [… les] enfants nés hors mariage et privés de droits, […les] personnes démunies et, bien sûr, […les] femmes et […le] mariage religieux — « le tombeau de l’amour et de la confiance » — qu’elle propose de remplacer par un contrat civil équitable prenant en compte les penchants naturels des partenaires à contracter des liaisons hors mariage.

[…]


LIRE L’INTÉGRALITÉ DE L’ARTICLE D’OLIVIER BLANC SUR LE MONDE DIPLOMATIQUE


LIRE AUSSI LA BD DE CATEL :

Olympe de Gouges (édition 2016) – Catel, Bocquet – Casterman Ecritures Casterman 07 Septembre 2016

Publicités

Et vous qu'en pensez-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s