Les sans-culottes, le mouvement populaire et la Révolution Française

EXTRAITS D’UN ARTICLE DE JIHANE HALSANBE SUR NPA


L’intervention directe des sans-culottes et de la paysannerie pauvre a joué un rôle décisif dans la Révolution. Sous leur impulsion sont prises la plupart des mesures qui ont fait date, et celles qui ont sauvé la Révolution.

[…]
14 Juillet 1789, prise de la Bastille. L’impulsion révolutionnaire est venue du petit peuple de Paris. Deux mois plus tôt, les représentants du Tiers-Etat aux Etats Généraux se sont déclarés Assemblée Nationale.

La réaction de Louis XVI est sans équivoque : il rappelle 20 000 hommes de la troupe et renvoit Necker. A coup sûr, sans la prise de la Bastille, symbole de l’absolutisme, qui permit de s’emparer de la poudre nécessaire au fonctionnement des armes, récupérées plus tôt dans la journée, le roi aurait fait marcher tôt ou tard la troupe contre la jeune Assemblée. […] Dès le 15, il est obligé de se rendre devant l’Assemblée pour déclarer le renvoi des troupes.

Ce premier succès, la bourgeoisie montante le doit aux gens de métier, des artisans pour l’essentiel, et tout particulièrement les habitants du faubourg Saint-Antoine : menuisiers, ébénistes, serruriers, cordonniers, artisans du textile… Symbole de la victoire populaire, Louis XVI doit accepter de se parer de la cocarde tricolore symbolisant « l’alliance auguste et éternelle entre le monarque et le peuple ». La monarchie absolue est morte. La réaction ne s’y trompe pas : l’émigration nobiliaire s’amorce […].

Dans les campagnes, à l’été 1789, un mouvement d’une grande importance va secouer la paysannerie pauvre. L’émigration des nobles, la disette menaçante, créent un climat propice à la « Grande Peur ». La paysannerie dans plusieurs régions est persuadée qu’un complot aristocratique se fomente. [… L]es paysans s’emparent des châteaux pour les piller et brûler les actes seigneuriaux.

Pour chercher à désamorcer le mouvement populaire qui inspire une grande crainte à tous les aristocrates, le vicomte de Noailles, dans la nuit du 4 août, monte à la tribune de l’Assemblée pour demander le principe de l’égalité devant l’impôt et des charges, l’abolition des corvées et des servitudes personnelles. A sa suite, la cascade de renoncements s’accélère : suppression des justices seigneuriales, des dîmes, de la vénalité des offices… En générant une peur sans précédent par leurs actions hardies, les paysans ont imposé aux représentants de la nation d’abolir les privilèges de l’Ancien Régime.

Telle est la forme fondamentale que la révolution prend en France : chaque pas décisif de la bourgeoisie est précédé par l’intervention de la paysannerie pauvre ou du petit peuple urbain. La spécificité de la révolution française, c’est qu’il s’est trouvé une fraction de la bourgeoisie assez radicale pour s’appuyer sur cette énergie populaire, afin de mettre en place son système de domination sociale.

[…]
En avril 1792, la guerre contre l’étranger a été déclarée, alors même que la contre-révolution intérieure s’organise. Les Jacobins le savent : pour espérer gagner la guerre, pour que les conquêtes fondamentales de la révolution bourgeoise ne partent pas en fumée, il faut s’appuyer sur les sans-culottes et la paysannerie. Mais gagner la confiance des sans-culottes, cela passe d’abord par la destitution du roi et sa mise à mort […] le 21 janvier 1793.

Plus encore, il faut s’attacher à vaincre la contre-révolution, ce qui passe par des mesures énergiques pour lutter contre la sous-nutrition chronique et l’inflation. La revendication de la taxation du prix des denrées, instaurant un prix maximum de vente, s’est développée pendant la Révolution et constitue un des principaux moteurs du mouvement populaire. Elle est portée par les Enragés, dont les militants les connus sont Jacques Roux, Jean Varlet, Théophile Leclerc, Pauline Léon et Claire Lacombe.

[…] En sus, les salaires de 1790 sont majorés de 50 %. […] Les bras-nus prêtent leur concours décisif à la constitution d’une armée révolutionnaire où les volontaires désignent eux-mêmes, à la majorité des voix, les sous-officiers et officiers.

[…] Et alors qu’à l’été 1793, la France révolutionnaire n’était plus qu’un camp retranché, à l’automne des victoires s’accumulent sur plusieurs fronts. Le 26 juin 1794, les armées révolutionnaires remportent une victoire décisive à Fleurus. Tout le territoire est désormais libéré.

[…]
Mais alors que la fraction la plus déterminée de la bourgeoisie reprend à son compte de larges pans du programme des Enragés, elle s’attelle à démanteler leur influence en s’attaquant à ses chefs. Une véritable campagne de calomnies est menée à l’encontre de Jacques Roux, notamment par Robespierre. Les militants les plus connus sont arrêtés pour leur excès de zèle. Dans la foulée, les clubs et les sociétés de femmes, particulièrement actives, sont supprimés. […]

[…]
Parce qu’elle en comprenait la nécessité, une fraction notable de la bourgeoisie s’est rangée derrière les méthodes plébéiennes des chefs jacobins. Mais une fois le territoire libéré, elle jugea qu’il était temps non seulement de se passer des services des sans-culottes, mais aussi du comité de Salut Public dirigé par la fraction robespierriste. A l’été 1794, Robespierre, Saint-Just et Couthon sont passés à leur tour à la guillotine. Si le coup de filet contre les chefs jacobins a provoqué un sursaut parmi les sans-culottes venus les libérer de prison, personne ne s’est placé à leur tête pour diriger leur action. Les Jacobins avaient déjà étouffé, dans les mois qui précédaient, toute forme d’organisation du mouvement populaire.

Trop consciente des intérêts de la bourgeoisie pour s’attacher totalement aux sans-culottes, mais trop attentive aux nécessités de la révolution pour trouver grâce aux yeux de la bourgeoisie modérée, telle était la contradiction par laquelle a péri la fraction jacobine.

Quant au mouvement populaire, dont les chefs Enragés ont été l’expression la plus consciente, s’il a porté des revendications qui dénonçaient le caractère formel de l’égalité instaurée par la révolution, s’il a su à de nombreux moments imposer ses revendications, il était encore largement embryonnaire et ne pouvait agir ni comme parti, ni comme classe. Tout cela n’est alors qu’en gestation. Pour autant, les « niveleurs » […] de la Révolution Française ont posé – de manière balbutiante – la nécessité de s’en prendre à la propriété privée pour instaurer le règne de l’Egalité.


LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL DE JIHANE HALSANBE SUR NPA

 

Publicités

Et vous qu'en pensez-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.