Les enseignements du hasard


EXTRAITS D’UN ARTICLE DE MORVAN SALEZ SUR L’INEXPLORÉ


En 1919, le biologiste Paul Kammerer publia La Loi des séries, portant sur une catégorie de coïncidences. [… Il ] voit dans la sérialité d’improbables pics de cohérence crevant le plancher des faits anodins que le hasard explique ; des relations acausales les unissent, invisibles […]. Ces phénomènes trahissent l’existence d’un ordre profond sous-jacent au monde visible. […]».

Le physicien Wolfgang Pauli collabora avec Jung sur les synchronicités car il s’intéressait à la « physique de l’arrière-fond ». Il admettait l’existence « d’un ordre du cosmos qui se dérobe à notre bon plaisir et qui serait distinct du monde des apparences ». Nos sens et notre science empirique ne percevraient que la partie émergée de cet iceberg du réel ; c’est dans sa vaste partie immergée qu’il faudrait chercher la source des synchronicités. On ne comprend pas la topologie des volcans si on ignore ce qu’il y a sous la croûte terrestre.

[…] Le physicien Francis David Peat, ancien collègue de David Bohm, qui s’est fait une spécialité de la synchronicité, dit qu’elle est « le pont entre l’esprit et la matière ».

[… Au] XXe siècle, une nouvelle physique est née, qui réintroduit la conscience là où on ne l’attendait plus : au cœur même de la matière. […Les ] pionniers de la physique quantique l’ont vite compris : c’est une « physique de l’interface » ; elle ne nous décrit pas le monde tel qu’il est, mais tel qu’il se laisse observer. Ses équations nous décrivent comment le monde pourrait nous répondre quand nous l’interrogerons.

[…]

[Le physicien Roger] Penrose croit que « nous devons relever le défi de comprendre la conscience en termes de physique ».

[…]

Or il existe des processus quantiques dans le cerveau, dont Penrose ou ­Eccles pensent qu’ils peuvent permettre à la conscience de « s’insérer dans la matière », comme disait ­Bergson. […]

La physique contemporaine redécouvre donc ce que d’aucuns savaient : notre psyché – consciente ou inconsciente, individuelle ou collective – est capable d’interagir avec la réalité physique autrement que par des lois causales.

[…]

Le principe d’­exclusion de Pauli, sans lequel les atomes ne s’assembleraient pas pour faire des molécules, n’est pas une force au sens classique. C’est un principe de symétrie comme celui qui guide l’architecte ou le musicien. Ici, il entraîne les atomes vers une solution qui leur apportera plus de complétude.

En 1978, John Wheeler imagina un type d’expérience où la conséquence d’un choix remonterait le temps. De telles expériences de « choix retardé » ont pu être réalisées depuis quelques années. Par l’observation que nous faisons du monde, nous pouvons agir sur son passé – même à l’échelle cosmologique, nous disent Wheeler et, plus récemment, Stephen Hawking. Chez les physiciens, les concepts de « rétro-causalité » et d’« a-causalité » ont le vent en poupe. Le temps a ­cessé d’être unidirectionnel et la ­causalité est redevenue libre de se propager dans les deux sens. L’argument de la causalité n’interdit donc plus les synchronicités.

[…] Le Temps aboli est le titre d’un livre de dialogues entre Bohm et le philosophe indien Jiddu Krishnamurti. Ce dernier expliquait que la destruction de la durée permettrait la mutation de la conscience humaine : « Mourez à la durée. Mourez à la conception totale du temps : au passé, au présent et au futur. […] Ce temps n’a aucune réalité. » Ainsi, l’esprit devient « libre, vif et totalement silencieux ».

[…]

« Il faut conjuguer à l’inaccompli la description de l’humain, dit Albert Jacquard. L’humanité est une espèce en attente, non pas de cadeaux venus d’ailleurs, mais de transformations voulues et réalisées par elle-même. »

Peut-être parce qu’il est mûr pour cela, l’homme a su voir, en physique, la liberté qui se cachait sous un déterminisme apparent. C’est une liberté dont il peut aujourd’hui se faire cadeau à lui-même. Plus tard, il rira en comprenant que ce qui l’avait si longtemps entravé dans ses possibles n’était pas un principe de thermodynamique ou une loi de causalité, mais avant tout ses croyances aux ailes rognées. L’oiseau convaincu d’être sans ailes ne vole pas.


LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL DE MORVAN SALEZ SUR L’INEXPLORÉ

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