Intuition : le cerveau en roue libre


EXTRAITS D’UN ARTICLE DE ELENA SENDER SUR SCIENCES ET AVENIR.

En complément de la pensée analytique qui accumule les arguments pour construire un raisonnement, l’intuition jaillit, aidant souvent à prendre une décision. Ce mécanisme inconscient est devenu un objet de recherche pour les neuroscientifiques.[…]

INTUITION : […] Chacun, au cours de sa vie, expérimente […] des moments où des problèmes qui paraissaient insolubles l’instant d’avant deviennent limpides comme par enchantement. C’est ce qu’on appelle « l’intuition » […] qui se définit comme la « perception immédiate de la vérité sans l’aide du raisonnement » […]. Autrement dit, le résultat d’un mécanisme inconscient qui, pourvu qu’on l’écoute, aide à prendre des décisions.
Puissante, l’intuition peut changer la face du monde

[…]

[Le] docteur Judah Folkman qui fit une découverte révolutionnaire dans le traitement du cancer dans les années 1970 à la suite d’une formidable série d’intuitions. Jeune chirurgien diplômé de Harvard, il s’engage dans la marine sur le porte-avions nucléaire USS Enterprise. Sa mission : étudier la fabrication d’un sang artificiel pouvant être conservé au bloc opératoire durant les longues traversées. Folkman, qui conduit des expériences sur la survie de cellules cancéreuses de souris quand on les plonge dans des bains d’hémoglobine, constate quelque chose d’inattendu : elles cessent de se multiplier dès qu’elles forment une tumeur de la taille d’une tête d’épingle. « Il a alors sa première intuition géniale […]. Les tumeurs ont besoin d’un apport substantiel en sang par les vaisseaux sanguins sans quoi elles ne peuvent pas se développer au-delà d’une certaine taille. Il se dit que s’il parvenait à isoler les facteurs chimiques qui régulent la formation des vaisseaux sanguins, alors il pourrait contrôler les tumeurs et même les tuer en les privant de “nourriture” ! »
[…]

Sa théorie reçoit un mauvais accueil. Mis au ban de la communauté scientifique, Judah Folkman s’accroche pourtant à son intuition. « En dépit du ridicule et du manque de financements, il était sûr de la validité de sa vision […]. Il le “sentait. » Le phénomène, qu’il finira par nommer « angiogenèse », sera – enfin ! — reconnu comme une étape clé dans la progression du cancer dans les années 1990. Et le premier traitement anti-angiogénique sera donné en 2004, quatre ans avant le décès de l’opiniâtre chercheur. Et l’on pourrait multiplier les exemples célèbres de découvertes intuitives, telle celle du mathématicien irlandais William Rowan Hamilton qui eut la révélation soudaine de la notion de quaternions (nombres réels et complexes) en se promenant avec sa femme en 1843 ; ou encore celle du chimiste allemand Friedrich August Kekulé qui rêva en 1890 la forme exacte du noyau de benzène.

[…] Alors que la pensée analytique procède par étapes, accumulant les arguments pour construire un raisonnement, l’intuition, elle, surgit, provoquant une grande émotion. Ce qui induit qu’il existerait plusieurs façons de prendre des décisions, de trouver des solutions.

[…] Daniel Goleman, psychologue américain […] [dit que] nous aurions deux « routes » cérébrales, la « route haute » qui passe par des systèmes neuraux travaillant « étape par étape et non sans effort », et la « route basse », « un circuit qui opère à notre insu, automatiquement et sans effort, à une vitesse incroyable ». Celle-ci emprunte des circuits neuraux qui traversent le tronc cérébral, l’amygdale et d’autres structures automatiques d’importance majeure […]. Elle permet à l’individu de se faire en un éclair une opinion sur une situation donnée, ce qu’on appelle communément la « première impression ». « L’intuition est une forme d’intelligence qui s’adapte très vite à un environnement mouvant […]. Comme disait le dramaturge Henry Bernstein “l’intuition est l’intelligence qui a commis un excès de vitesse”. » Elle permet de réagir vite, dans les situations où la réflexion est impossible. Pour cela, le cerveau pratique en quelques secondes un « balayage superficiel ». « C’est une sorte de “scan” de la situation qui permet de synthétiser des informations à partir de bribes d’informations sensorielles, définit Christophe Haag. Derrière, elle propose un choix. » C’est exactement ce que nous faisons lorsque nous rencontrons une personne pour la première fois en collectant un maximum d’indices en un minimum de temps pour nous faire une première opinion. Et cela semble efficace !

[…]

Analyse et intuition seraient donc deux fonctions cérébrales bien distinctes. Janet Metcalf, elle, l’a prouvé de manière assez amusante en donnant à résoudre à des participants un problème analytique — de type algèbre — ou intuitif. Ce dernier consistait à réussir à dessiner quatre arbres de manière à ce qu’ils soient équidistants les uns des autres. « Vous aurez beau essayer de les ranger en carré, en cercle, rien ne marchera, explique-t-elle. Soudain, vous aurez probablement un flash : utiliser trois dimensions au lieu de deux ! » Autrement dit, planter un arbre au sommet d’une colline et les trois autres en contrebas, en triangle équilatéral. « Pour parvenir à cette solution, vous devez dépasser l’idée préconçue selon laquelle les arbres doivent être plantés sur une surface plane. » Pour comparer les processus de réflexion entre les candidats en charge de résoudre le problème analytique et les autres, la chercheuse les a régulièrement interrompus pour leur demander s’ils « chauffaient ». Résultat : alors que les sujets qui s’attaquaient à des problèmes analytiques « sentaient » venir doucement la solution, ceux qui planchaient sur le problème intuitif ne ressentaient rien… jusqu’à la révélation finale !

Car leur cerveau conscient n’a pas « vu » la solution arriver, contrairement à celui des autres. « La chose la plus intéressante que nous ayons observée est que si, lors de la résolution d’un problème intuitif, une personne ressent qu’elle se rapproche de la solution, cela prédit qu’elle va bientôt produire… une mauvaise réponse ! ».

[…]

Les études s’accordent à dire que dans une situation critique, la prise de décision sur des bases intuitives est plus fiable que la prise de décision rationnelle, analytique. » Ces procédés inconscients, de mieux en mieux connus, sont valorisés et même recommandés dans la société moderne. Les livres sur le sujet fleurissent et des « écoles de l’intuition » voient le jour pour apprendre à l’améliorer. Les chercheurs eux-mêmes s’y fient souvent : « Je ne prends jamais un crayon en réunion, pour laisser mon inconscient faire des associations. J’ai confiance. Et la solution surgit », raconte ainsi Rand Hindi, jeune génie de l’intelligence artificielle fondateur de la start-up Snips. John Kounios renchérit : « J’écoute mon ventre. Il me dit quand quelque chose ne va pas. C’est un don très sûr. » Christophe Haag se plonge, lui, dans un bain chaud ou va marcher : « Le tri se fait tout seul dans mon esprit, les idées s’ordonnent. » Neuf décisions sur dix sont prises sur une base intuitive ! […] Et 82 prix Nobel sur 93 ont reconnu que leurs découvertes avaient été faites grâce à l’intuition, tout comme 53,6 % des chefs d’entreprise admettent prendre ainsi leurs décisions.

LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL DE ELENA SENDER SUR SCIENCES ET AVENIR.

 

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