Usine de femmes


Usine de femmes, une jeune femme issue de la bourgeoisie décide, par éthique et engagement politique, d’aller travailler en usine ; cela durera 10 ans. Je pensais lire un livre purement « politico-ethnographique » ce qui m’apparaissait déjà très prometteur. Connaissant Marie-France, j’y allais en confiance sans en avoir lu la quatrième page de couverture. Or la sensation que j’ai eu en lisant ce livre était bien celle décrite dans le résumé que j’ai découvert en fin de lecture : « il se lit comme un roman policier ». C’est tout à fait cela, j’ai été captivé du début jusqu’à la fin (un peu frustré de voir que j’étais déjà à la fin du livre).

Ces ouvrières sont infantilisées par le système, mais la plupart trouvent cela « normal » (c’est comme cela, qu’y faire?) d’autant plus qu’elles ont vécu les grèves de 1968 qui se sont terminées par une reprise sans autres avantages que ceux des accords de Grenelle. Tout le système repose sur une parcellisation du pouvoir (relire « De la servitude volontaire » de La Boëtie) qui bien souvent n’est même pas ou très peu concrétisée par un statut officiel différent (OS) mais qui d’un côté donne l’espoir de pouvoir y accéder « plus tard » et qui d’un autre côté empêche de partir puisqu’il faudrait repartir à la chaîne depuis l’échelon atteint officiellement et non celui pratiqué (de chef). On y retrouve aussi cette sorte de « banalité du mal » dont parle Hannah Arendt, chacun dit qu’il ne veut pas être contraignant mais qu’il faut le comprendre, il fait appliquer les ordres en disant que s’il y a un problème c’est lui qui en souffrira si cela ne fonctionne pas.

C’est un véritable roman policier car l’auteure se demande comment conscientiser ces ouvrières (et quelques rares ouvriers, qui le plus souvent ont un statut légèrement différent) sans non plus « forcer » ni « faire à la place ». On suit cette progression en se demandant s’il y aura grève ou pas. S’il y aura reconnaissance tout simplement. Finalement on ne sait quels éléments séparément ou globalement permettent et favorisent le plus, de lentes évolutions et on peut s’apercevoir dans notre réalité qu’en face (car même si on peut le regretter, il y a bien des classes différentes et opposées qui ne collaborent que sur un principe de soumission et non pas de coopération) il y a une adaptation pour conserver le pouvoir et ses leviers. Le patron se fait séquestrer quand il ne peut plus fuir face aux ouvrières, je pense que maintenant ce serait le RH qui tiendrait ce rôle et le patron serait déjà parti pour autant qu’il soit déjà sur place habituellement, à moins que la notion de « patron » soit justement diluée dans une classe dirigeante qui se situe « ailleurs » que dans notre « vraie vie » (on mesure cet ailleurs quand on apprend que certains se font faire des costumes à presque six un SMIC mensuel net!).

La condition ouvrière a évolué, mais finalement elle a diffusé sur d’autres corps de métiers qui étaient considérés comme la « classe moyenne » quand par exemple on voit la difficulté du travail quotidien des enseignants et leur faible niveau de rémunération (pour info je ne suis pas prof 😉 ) et leur perte de reconnaissance sociale.

Une autre frustration à la lecture de ce livre passionnant c’est de ne pas en savoir plus sur chacun. Il est évoqué un peu de la vie quotidienne, familiale, personnelle de quelques ouvrières et c’était certainement difficile d’en dire plus, de rentrer plus dans la vie privée de chacune qui leur appartient et qu’on ne peut voir que de l’extérieur, puisque ce n’est pas un roman mais bien un récit du réel. Mais j’aurais aimé en savoir plus sur ce que vivait au quotidien l’auteure. Ce qui l’a poussé à vouloir sortir de la vieille bourgeoisie dont elle est issue pour avoir le courage et la folie de se confronter au monde ouvrier. Le lien et ses évolutions entre ce travail difficile, fatiguant et ses engagements politiques, sa vie personnelle, intime, sentimentale. Comment est-elle influencée par ce qu’elle vit au travail.

Au moment où nous vivons les élections présidentielles, où nous pouvons nous demander quelle représentation réelle nous pouvons avoir dans des prétendants à ce qu’on nomme, dans un reste régalien, « la fonction suprême » (?) qui n’ont pour la plupart jamais occupé de fonctions professionnelles classiques, comprenant la recherche d’emploi, le chômage ; qui ont des revenus ou des biens qui sont largement au -dessus de la moyenne des Français et qui sont pour certain(e)s impliqués dans des affaires de détournement d’argent publique. Quand un des rares salariés à se présenter à cette élection est critiqué parce qu’il s’est présenté en t-shirt ! Lire ce livre nous ramène à la réalité, à celle qu’il nous faut changer d’un point de vue économique et social (et écologique).

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La Survie De L’espèce – Grégory Maklès, Paul Jorion –     Futuropolis 02 Novembre 2012

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