Le désir est dans la nature de l’humain

Souvent l’on entend dire que le bouddhisme voit dans le désir la cause du malheur des hommes et dans son extinction, la voie de la délivrance. Mais au cours de ce premier enseignement (les 4 Nobles Vérités) le premier axiome est « Dukka » qu’on traduit par souffrance.

Mais le terme sanscrit est duḥkhatā pour la souffrance 1. La racine दुःख duḥkha indique ce qui est pénible, désagréable, douloureux; difficile, malaisé [«dont l’essieu tourne difficilement»]. Il y a dedans la racine दु du qui veut dire brûler, consumer; être affligé, souffrir, être dévoré de chagrin et ख kha qui indique un trou, cavité, plus particulièrement le « moyeu d’une roue ou l’emplacement où prenait place l’axe d’une roue.2 ». On peut donc traduire par « qui ne tourne pas rond » mais c’est dirre aussi un tourment lié à un « creux » qui pose problème.

La question que pose le Bouddha, c’est pourquoi y-a-t-il chez l’humain toujours un mal-être, une insatisfaction, un manque, même quand tout va bien et qu’on a ce qu’il faut pour vivre ? Il y aurait au cœur de l’homme une absence de plénitude et un inachèvement qui aspireraient à se combler et qui seraient à l’origine de la dynamique même de l’existence.

Le second axiome donne la cause de ce mal être c’est tanha qu’on traduit le plus souvent par le désir comme indiqué plus haut. Tanha vient de तृष् tṛṣ : avoir soif; désirer, convoiter, c’est le désir ardent. Il faut imaginer la soif insatiable que l’on peut avoir après avoir mangé des piments et plus on boit, plus on a soif. (Le troisième axiome annonce la fin possible de ce mal-être et le quatrième donne des pistes de comportement pour le faire cesser)

Le désir est inscrit dans la nature de l’homme. C’est le désir qui l’élève bien au-dessus de l’animalité. Le désir est ce qui rend l’humain, humain. C’est une puissance, il peut être mortifère de vouloir le supprimer. Le risque de « supprimer désir » serait celui de ne plus être « humain » – et parfois on peut voir des bouddhistes qui ont une posture figée, triste, manquant de vie, de joie, cherchant à se couper non seulement du désir mais de toutes émotions qui pourraient les perturber au risque de les refouler.

En fait le désir n’est pas en soi la marque de la misère de l’homme. C’est bien plutôt son manque de sagesse qui fait que le désir, bien souvent, se retourne contre lui et l’accule au malheur. Or justement la « voie » proposée dans « bouddhisme » repose sur deux axes : la sagesse et la compassion.

La sagesse est une sorte de désidentification à ce manque perpétuel. Il peut faire partie de nous mais n’est pas nous. On peut donc vivre avec, même s’il n’est pas comblé. De la même manière que nous pouvons avoir de la tristesse liée à un deuil et en même temps vivre dans la joie.

Et la compassion est une sorte de désindividualisation, une déconstruction de l’individualisme forcené : nous ne sommes pas des individus seuls, autonomes, au centre du monde, mais nous sommes reliés à ce monde, à ses composants et donc nous pouvons sublimer ce « manque » et le désir qui en découle en cherchant à prendre soin de l’ensemble dans lequel nous vivons (les êtres vivants, le contexte de vie etc) pour finalement prendre soin de notre manifestation.

Il ne s’agit pas donc pas de s’identifier à ses désirs, ses fantasmes, mais se rapprocher plus de la réalité ou ouvrir le désir au réel.

(texte écrit suite à une participation à un atelier philosophique sur le désir)


1 http://sanskrit.inria.fr/DICO/index.html
2 https://fr.wikipedia.org/wiki/Dukkha#cite_note-Huet-2

Histoires zen pour chats – Christian Gaudin – Ed Source La Sirène – 1997

 

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