Sortir de l’ignorance de notre conditionnement


Lorsque nous ne sommes pas soumis à des souffrances physiques importantes de maladies graves pourquoi il y aurait-il un mal-être en nous si nos besoins primordiaux sont satisfaits ?

« Ainsi que l’a dit le Bouddha dans son premier enseignement, la racine de toute notre souffrance dans le samsara est l’ignorance. Tant que nous ne nous en sommes pas libérés, l’ignorance peut sembler sans fin et, même lorsque nous sommes engagés sur le chemin spirituel, notre quête demeure voilée par elle. »1

Notre problème n’est-il pas que nous sommes formatés, par l’éducation, la culture, l’histoire et que ce formatage nous éloigne parfois d’un désir profond d’humanité, d’amour, de respect de soi et des autres ? Ne sommes nous pas prisonniers d’apparences de nous-mêmes, non choisies mais imposées ou qui s’imposent ou qu’in fine nous nous imposons à nous-mêmes ?

« Tous les phénomènes se produisent en raison de conditions particulières au sein du monde de l’apparence : lorsqu’ils semblent survenir, ils le font sans réellement survenir ou perdurer ou disparaître, mais en tant que simples apparences. En fait, il n’existe aucune réalité pouvant être objectivée et discernée »2

L’obstacle au dépassement de ce conditionnement c’est que justement il nous empêche lui-même d’en sortir. S’en libérer c’est sembler aller vers une zone d’insécurité, d’inconnu, difficile à aborder.

« Si l’on voulait à toute force accrocher une pancarte au bouddhisme, on pourrait, dit le Vénérable Râhula, l’appeler réaliste, et la connaissance conforme à la réalité est l’une des formes de la vision intérieure profonde qui mène au nibbâna. Mais de quelle réalité s’agit-il et vue sous quel éclairage ? Le « réalisme » du Bouddha est-il le même que celui de l’homme d’affaires qui s’enrichit en spéculant sur les réelles faiblesses humaines ? Évidemment la vision du réel que possède un Bouddha procède d’une « vérité profonde, difficile à percevoir, difficile à comprendre, qui tranquillise, qui est sublime, qui ne peut être gagnée par le seul raisonnement et n’est visible que pour le sage » En ce sens l’exposé profond, mais limité à l’essentiel, qu’en fait le Bouddha enseignant la doctrine, ne peut pas être réellement compris par l’auditeur lié au monde, dont le jugement est déformé par le désir, la répulsion et l’ignorance. »3

Mais tant que nous sommes éloignés de notre réalité ultime, le « Soi-même », nous restons prisonnier de notre « domestication » et ne pouvons vivre entièrement une vie libérée et joyeuse.

« Tout peut se ramener à deux choses : le samsara et le nirvâna.

Ce qu’on appelle “samsara” a pour essence la vacuité, pour apparence la méprise, et pour attribut premier la souffrance.

Ce qu’on appelle “nirvâna” a pour essence la vacuité, pour apparence la fin de la méprise, et pour attribut premier la libération de toute souffrance. »4

Nous sommes soumis à ces règles imposées qui nous culpabilisent si nous en sortons. Toutes les grandes institutions, religions, sociétés, mouvements politiques nous imposent ce qui est bien, ce qui mauvais, qui en fait est ce qui leur permet d’exister, ce qui les maintient, et plantent en nous, en cas de sortie de ces normes, les graines de l’auto-accusation qui nous font souffrir.

« C’est un malheur extrême que d’être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d’être méchant quand il le voudra. Quant à obéir à plusieurs maîtres, c’est être autant de fois extrêmement malheureux. »5

Sortir des conditionnements de cette ignorance c’est trouver la libération, la joie, la sérénité. C’est pouvoir enfin exprimer son plein potentiel.

« La vie, nous a enseigné le Bouddha, est aussi brève qu’un éclair dans le ciel. Pourtant, Wordsworth écrivait : « Le monde a trop d’emprise sur nous : nous acquérons et nous dépensons, galvaudant ainsi notre potentiel. » L’erreur la plus déchirante de l’humanité est peut-être ce gaspillage de notre potentiel, cette trahison de notre essence, cette négligence de l’opportunité miraculeuse que nous offre la vie – le bardo naturel – de connaître et d’incarner notre nature d’éveil. Les maîtres nous recommandent, en essence, de cesser de nous leurrer : qu’aurons-nous appris si, au moment de la mort, nous ne savons pas réellement qui nous sommes ? »6


1 Le livre tibétain de la vie et de la mort – Sogyal Rinpoché – La Table ronde – 1993

2 THRANGU RINPOTCHÉ In Lumières au Pays des neiges, anthologie du bouddhisme tibétain – Fabrice Midal – Éditions du Relié – 2001

3 La méditation bouddhique, une voie de libération – Jean-Pierre Schnetzler – Albin Michel – 1994

4 GAMPOPA In Lumières au Pays des neiges, anthologie du bouddhisme tibétain – Fabrice Midal – Éditions du Relié – 2001

5 Discours de la servitude volontaire – La Boétie – Ed Mille et une nuits – 1995

6 Le livre tibétain de la vie et de la mort – Sogyal Rinpoché – La Table ronde – 1993

d’autres dessins et BD de Charley sur http://charley.baylot.org/

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Une réflexion sur “Sortir de l’ignorance de notre conditionnement

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