Comment je ne suis pas devenu moine (BD)


« Comment je ne suis pas devenu moine », une BD de Jean-Sébastien Bérubé chez Futuropolis – 2017

 

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Souvent nous pouvons trouver des BD très dans la défensive du bouddhisme, du Tibet, voire dans le prosélytisme angélique, soit au contraire des textes très durs et critiques concernant cette religion/philosophie, le côté moyenâgeux du pays modernisé et « sauvé » par la Chine etc. Ici nous avons affaire à un jeune Québecois qui très jeune à découvert le bouddhisme et le Tibet à travers ses lectures, plus ou moins idéalisées, de Tintin à Lobsang Rampa en passant par des livres du Dalaï-Lama et d’Alexandra David-Néel. Ces lectures créent sa vocation : il sera moine ! On peut penser que son léger handicap (il bégaye) et les souffrances sociales qu’il endure l’aident à prendre cette décision pour trouver une certaine sérénité malgré les moqueries et se trouver dans un milieu social plus protégé. On verra que c’est loin d’être aussi simple.

Il va donc entrer dans un centre bouddhiste au Québec où il apprendra très sérieusement le tibétain, ce qui lui permettra une certaine autonomie pour aller visiter ce pays. Et là première surprise les lamas tibétains qui viennent prendre en charge l’animation du centre, virent les Québecois qui l’animaient avant eux car ce ne sont pas des moines. Deuxième surprise quand il entend un des moins se moquer d’une des participantes (« la grosse »).

Malgré l’opposition familiale il part au Népal où il est accueilli par des moines. Et là encore d’autres surprises l’attendent dès le départ, des « mauvais » moines qui fument et boivent et par ailleurs les dissensions qui peuvent exister entre différentes « obédiences », puisqu’il est reçu par des moines d’un centre bouddhiste qui vénère une déité qui a été bannie par le Dalaï Lama. Il faut savoir qu’en marge de ce conflit tibétano-tibétain (des enjeux de pouvoirs et politiques) il y a quand même eu des meurtres non résolus à Dharamsala où habite le Dalaï Lama (pour essayer d’avoir plus de renseignements sur cette intrigue compliquée voir ICI) .

 

Déception aussi, sur son parcours dans le centre bouddhiste, puisqu’il s’attendait à des enseignements philosophiques ou sur la méditation et doit surtout participer à des « pujas » (prières communes rituéliques)

Il sera aussi surpris de voir que ce qu’il pensait être une philosophie devient, sur sa terre d’origine, une religion avec ses croyances, ses dogmes.

Du Népal il arrivera à réaliser son rêve : aller au Tibet. Et là le pouvoir chinois, les contrôles sans fin, les risques d’être emprisonné à tout moment, le conforteront dans son idée politique concernant le Tibet actuel.

Comme la rencontre avec des Tibétains qui souffrent de cette occupation. Mais en même temps la seule personne qui dépannera son groupe au Tibet ne sera pas un Tibétain, mais une Chinoise. La vie est complexe et loin d’être « noire et blanche ».

Une autre difficulté annexe mais importante, que tous ceux (ou presque) qui sont allés dans l’Himalaya reconnaîtront, c’est le mal d’altitude, cette oppression qui vous prend au niveau du sternum et vous empêche d’avancer.

Il connaîtra les arnaques. Les plus odieuses, comme ce Tibétain qui se fait passer pour un moine à l’histoire, hélas vraisemblable et bien triste, pour lui soutirer une grosse somme d’argent pour récupérer son passeport (alors qu’il faut savoir que les Tibétains, en tant que réfugiés politiques n’ont pas droit à un passeport !!! Mais seulement un livret vert donné par le gouvernement en exil qui ne peut officiellement délivrer de passeports).

Le héros de cette histoire s’endurcira au gré des escroqueries dont il est la victime (mais il faut dire qu’aussi bien en Inde qu’au Népal et qui plus est au Tibet, le montant d’un RSA équivaut à un salaire de nabab, et donc les pauvres finissent par prendre l’argent là où il est le plus accessible pour eux, chez les touristes.)

Cet endurcissement lui troublera la vue face à des personnes qui veulent vraiment, simplement, l’aider.

Il découvrira aussi d’autres pratiques du bouddhisme et de la méditation (qu’il empruntera plus tard dans sa vie dans son retour en occident).

Mais verra aussi le mélange entre rigueur et raideur, et comment certains bouddhistes (au moins occidentaux) mélangent détachement et indifférence.

Surpris aussi du nombre important de temples et de leur magnificence et de l’exploitation (salariale) sur laquelle repose leur construction.

 

Il finira par retourner voir le maître du temple dont on lui a dit que ses grands pouvoirs pouvaient faire cesser son bégaiement. Et chose extraordinaire, le maître le fait parler longuement sans qu’il ne bégaye et il ne s’en rend même pas compte sur le moment.

Mais finalement la difficulté majeure n’est elle pas celle de toute institution qui grandit : il lui faut des lieux (temples) donc de l’argent; il ne faut pas qu’elle soit remise en cause (donc des dogmes, des rapports sociaux très hiérarchisés et il faut qu’elle puisse perdurer (donc un système de gouvernance non démocratique).

Face à tout cela, le personnage principal de cette histoire décide de ne pas être moine, de retourner au Canada où il a encore des « choses à faire » et dans l’avion du retour à une femme qui lui demande s’il est bouddhiste, il répond « Je suis juste un être humain ».

J’ai bien aimé cette BD car elle recoupe certaines expériences que j’ai pu vivre dans mon, très modeste, parcours bouddhiste. J’ai apprécié sa vision, vraisemblablement très honnête, pleine d’espoirs et de désespoirs et j’adhère à sa fin : Puissais-je être juste un humain, mais un humain complet.

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