Le bol à aumones


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Les moines bouddhistes observent 227 règles monastiques appelées Patimokkha. Ils sont autorisés à posséder seulement huit objets : trois robes, un bol à aumônes, un rasoir, une aiguille, une ceinture et un filtre à eau. La Patra (le bol à aumônes en sanskrit) est très vénéré comme un symbole de la vie bouddhiste. Selon la tradition de l’école zen, le bol à aumônes – simple vaisselle qui sert au repas quotidien des moines – forme, avec la robe de l’Éveillé [kesa], les deux objets fondamentaux attestant la transmission de la Voie de l’Éveillé.

On dit que transmettre avec justesse l’enseignement du Bouddha n’est autre que de transmettre avec justesse la robe de l’Éveillé et le bol à aumônes. L’éveillé d’avant a gardé et maintenu la transmission juste qu’il avait reçue de son de son maître, éveillé d’avant. C’est ainsi que la transmission juste s’est effectuée d’éveillé à éveillé, de patriarche à patriarche.

Chaque enseignant traditionnel de l’histoire du bouddhisme a eu sa propre expression, sa propre « interprétation » du Dharma et sa façon de l’enseigner.

« Interpréter n’est pas adapter. L’interprétation préserve le caractère référentiel du dharma alors que l’adaptation l’abandonne ou même le rejette. La pratique de la méditation dans d’autres cadres, qu’ils soient thérapeutiques, religieux ou spirituels (la méditation bouddhiste est aujourd’hui pratiquée et enseignée par des chrétiens dans un renouvellement de leur vie spirituelle), relève d’une adaptation. l’interprétation préserve, elle, cette résonance particulière entre la sensibilité des êtres et la réponse des bouddhas et des bodhisattvas. »1

On parle ici d’une interprétation, comme un musicien interprète à sa manière une œuvre musicale d’un compositeur sans l’adapter. Une histoire dit que le grand maître bouddhiste Bodhidharma interroge chacun de ses quatre disciples : « Qu’avez-vous compris de mon enseignement ? »

Le premier répond : « Si nous voulons réaliser la vérité, nous ne devons ni faire complètement confiance aux mots, aux paroles, ni les rejeter, mais les utiliser comme des outils sur la Voie. »

« Bien sûr, c’est exact, dit Bodhidharma. Tu possèdes ma peau. »

Le second répond quelque chose d’aussi exact : « La vérité est la chance de voir le paradis de Bouddha. Cette chance, on ne l’a qu’une fois. »

Bodhidharma dit : « Tu possèdes ma chair. »

Le troisième répond également quelque chose d’exact : « Les quatre éléments sont vides, les cinq skandha2 sont non existants. De mon point de vue il n’y a rien à obtenir. »

Bodhidharma dit : « Tu possèdes mes os. »

Le quatrième disciple fait simplement sanpai (prosternation) sans dire un mot.

Bodhidharma dit : « Toi, tu possèdes ma moelle. »

Comme l’écrit Philippe Coupey « Ce que tu possèdes de moi, Bodhidharma, tu peux t’en servir pour instruire les autres, pour les amener, comme avec les disciples, sur la Voie. »

Pour qui possède la moelle de Bodhidharma, il existe encore une façon d’enseigner, « au-delà ».

« À quoi [le Bouddha] s’est-il éveillé ? […] Il s’est éveillé à la certitude que nos croyances, nos représentations, nos tendances et nos désirs distordent le réel et ne permettent pas de révéler sa dimension de vacuité. Le dharma qu’il prodigue nous invite à nous en délester, à les dépasser, à se jouer d’eux pour jouir du réel.

Le Bouddha porte également le titre de muni, […] le « Silencieux ». […] Sa parole est toujours mutique, son savoir n’a pas d’objet, […] ses pas ne laissent pas de traces. Mais si le dharma doit conduire à un grand silence, le dharma n’en reste pas moins un discours. […] L’hésitation du Bouddha à parler est largement soulignée. […] Pour signifier que les discours et les méthodes ne sont que des portes ouvertes sur un ailleurs, de nombreux livres de la Voie de la Grandeur déclarent avec audace que le Bouddha Shâkyamuni, de la nuit de son éveil jusqu’à la nuit de son extinction, n’a jamais prononcé une seule parole. Comme l’écrivait résolument Nagajurna […] : « À quiconque et nulle part, le Bouddha n’a jamais rien enseigné. »3


1 Le bouddhisme n’existe pas – Éric Rommeluère – Seuil – 2011

2 Agrégats qui composent l’être humain.

3 Le bouddhisme n’existe pas – Éric Rommeluère – Seuil – 2011

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Une réflexion sur “Le bol à aumones

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