Chroniques mélancomiques d’un premier amour


bd

« Je veux une histoire d’amour. C’est mon obsession, une histoire d’amour qui finit mal… J’ai envie de plonger dans une tragédie qui serait placée dans un cadre historique pour me ramener à cette littérature du XIXe qu’enfant, j’avais découvert dans la bibliothèque de mon père… Mais du Bossu ou des Trois mousquetaires, je n’ai retenu que l’histoire d’amour. La séquence finale de Robin des Bois, celle du bain de sang de Marianne, je l’ai relue dix fois et j’ai pleuré à chaque fois. Les livres m’ont fait beaucoup plus pleurer que les films ou les pièces de théâtre. Je voulais faire une bande dessinée qui provoque le même effet. »(1)

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Il faut savoir qu’Yslaire est un des pseudonymes de Bernard Hislaire. Mais ce scénariste et dessinateur belge signe également sous les noms de Hislaire, Sylaire ou iSlaire.

Il est surtout connu sous le nom d’Yslaire avec sa série Sambre. Dont le héros porte le même prénom que lui. Très sombre et mélancolique, Sambre nous raconte l’histoire d’une famille bourgeoise rurale du XIXème siècle et l’amour impossible entre Bernard Sambre, jeune bourgeois, et Julie, une prolétaire, vagabonde, durant la Révolution française de 1848. Les destins, les esprits et les corps s’expriment, se croisent et se blessent. Nul ne peut échapper à son destin …

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Mais sous le nom de Hislaire, huit ans avant les premières planches de Sambre, Bernard Hislaire dessinait une histoire d’amour plus gaie, plus colorée et destinée à un public plus jeune : Bidouille et Violette.

Bidouille et Violette sont deux adolescents timides. Mais différents. Bidouille est plutôt rond (lui se dit « carré » comme Obélix se dit « bas de poitrine »), un peu complexé dans son corps. Malmené par ses camarades de classe, d’autant plus qu’il est rêveur, poète plus que vraiment matheux ou fort en sport. Violette elle est très belle, courtisée par tous les garçons, mais très timide. Malgré sa timidité elle est très entreprenante comme on le découvrira dans les albums, se lançant dans l’alpinisme urbain par exemple.

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Le père de Bidouille est veuf, marchand de frite, bourru, pétri de principes, aimant son fils mais incapable de le dire. Il veut empêcher cette relation amoureuse naissante, préférant que son fils se consacre à son travail. Le père de Violette est fleuriste, ne voit pas non plus d’un très bon œil cette relation, mais il n’a pas trop son mot à dire entre sa femme et sa fille.

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Les deux amoureux se rencontreront quand même, empêtrés dans leur timidité, passant de longs moments de silence dans un tout petit square. Il faut dire que Bidouille n’aime pas parler et que Violette déteste au plus haut point les questions (ce que son père ne comprend pas, lui qui est toujours dans le questionnement).

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Il y a un parallèle avec Roméo et Juliette jusqu’à la fin de l’histoire où la pièce de Shakespeare est jouée à la télévision en même temps que nos deux héros la vivent à leur manière.

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Le troisième volume, « La reine des glaces » va plus loin dans le style et est très onirique et symbolique mais fait prendre conscience à Violette de l’importance de son amour pour Bidouille.

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Finalement pour sauver Bidouille de la maison de correction (où elle croit que son père va l’envoyer) Violette préfère rompre. Elle part 15 jours en famille à la montagne. Bidouille lui court après. La série s’est interrompue ici (pour des raisons de relations professionnelles avec l’éditeur semble-t-il). Il est fort probable qu’elle devait se terminer par un ou autre volume d’une façon plus gaie. Mais c’est intéressant, si on reprend la citation de Bernard Hislaire du début de cet article, c’est comme s’il ne pouvait échapper à son destin : raconter une histoire d’amour qui finit mal.
Bidouille est renversé par une voiture alors qu’il court après Violette qui s’éloigne dans une autre voiture, sans le voir.
Hislaire réussit son pari : nous faire presque pleurer !

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Vraiment une BD majeure. À un tournant entre le style « franco-belge » classique et la nouvelle génération qui montait dans les années 80. Prêt à ravir les enfants comme les adultes (dont je suis), il parle des difficultés de l’ado amoureux qui est toujours en nous.

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(1) Yslaire, extrait de La Légende des Sambre, entretiens avec Jean-Luc Cambier et Éric Verhoest, éditions Glénat.

pdl

Bidouille Et Violette – Intégrale – Bernard Hislaire – Glenat – 2013

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