Les sûtras bouddhistes


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Dans le bouddhisme, il y a fondamentalement deux façons utiles pour pénétrer les enseignement du Bouddha. Un est la pratique de la méditation et l’autre est la lecture des sutras. Mais certaines personnes mettent l’accent sur la valeur de la pratique de la méditation au détriment de la lecture des sutras bouddhistes. Dôgen1, un grand maître zen, qui pourtant mettait en avant l’importance de la pratique de zazen2, n’était pas d’accord avec ce point de vue. Il estimait que la lecture sutras avait beaucoup de valeur et qu’il était nécessaire de les lire.

Cela peut surprendre de vouloir et de conseiller se plonger dans des textes qui ont presque plusieurs milliers d’années. Mais si le Dharma est venu jusqu’à nous c’est grâce à des humains qui ont pénétré ces textes pour que leur vie irradie jusqu’à nous. L’enseignement du Bouddha, le Dharma, ne peut donc exister sans les écritures. Malgré tout dès qu’on aborde les sûtras on peut être assez décontenancé par ces textes qui sont au premier abord, soit abscons soit excentriques dans leurs descriptions. La question qui se pose est « comment lire ces sûtras » ?

Toujours Dôgen, nous dit : « Si on appelle la lecture des sûtras la « lecture des sûtras », on la souille, si l’on ne l’appelle pas la « lecture des sûtras », on la trahit. On ne l’obtient donc pas avec le mot ; on ne l’obtient pas non plus sans mot. Que dire alors ? Répondez vite, répondez vite ! ». On aimerait avoir la réponse en effet, mais l’interrogation nous oblige à faire preuve de créativité pour lire ces textes. Des auteurs comme Eric Rommeluère3 et Roger-Pol Droit4 nous donnent des pistes de lecture. Le premier nous dit que la lecture qui peut en être faite, n’est pas une lecture littérale mais qu’il s’agit d’avoir un déchiffrement herméneutique5 de ces textes. Le second écrit : « Le discours du Bouddha ne vise pas la vérité mais le salut. Le Bouddha n’enseigne ni l’agréable ni le vrai en général, mais seulement ce qui est utile sur le chemin conduisant au nirvâna. Le discours du Bouddha ne se plie pas à l’ordre du concept, qui toujours implique une prise. Sa singularité est de se déployer tout entier sur la rive à quitter -celle de l’illusion, du désir, de l’attachement, de la souffrance- et pour la quitter, mais sans rien pouvoir dire de l’autre rive, strictement ineffable et non représentable. » L’ami Henri6 répondait récemment à une autre personne « il faut lire et méditer » ce que rappelle Roger-Pol Droit : « La sapience (prajnâ) et l’activité intellectuelle qu’elle implique sont indissociables de la méditation et du recueillement (dhyâna). » en effet la lecture des sûtras ne peut être qu’intellectuelle car « Le langage n’est pas seulement déficient, au sens où il apparaît foncièrement inapte à exprimer le réel, il génère, inévitablement, illusion et ignorance. » Toujours pour suivre ce même auteur et « paraphraser » Vimalakirti, nous dirons que «  Seul le silence est vrai. Et la sapience ne culmine pas dans un savoir, mais dans la « compréhension » qu’il n’y a rien à savoir ni à comprendre. »

Par quel sûtra commencer ? Dôgen énonce que tous sont des accès à la Voie, il y a ceux du Mahayana7 destinés aux êtres d’éveil et il y a ceux du Hinayana8 destiné à la multitude des éveillés, mais tous sont également les ustensiles de la grande Voie.  Si les seconds sont accessibles à tout le monde et peuvent être pratiqués individuellement, pour autant d’avoir de la constance, les premiers concernent plus ceux qui décident, par leur pratique du Dharma, de s’engager dans la vie, dans le monde.

Les anciens maîtres du zen s’éveillèrent par la nature. Reiun Shikin s’éveilla à la Voie en regardant les pêchers en pleine floraison ; Kyôgen Shikan s’éveilla à la Voie en entendant la voix d’un bambou qui claquait ; de même Shâkyamouni s’éveilla à la Voie en regardant l’étoile du matin. Car finalement ce qui est appelé « les sûtras » n’est autre que cet univers entier des dix directions. C’est avec les montagnes, les fleuves et la grande terre que les Patriarches reçoivent les sûtras et qu’ils prêchent les sûtras ; c’est avec le soleil, la lune et les étoiles qu’ils reçoivent les sûtras. Et toujours Dôgen nous dit d’étudier les sûtras et leur sens profond auprès des montagnes et des mers, d’en faire la norme de notre pratique de la Voie.

La Nature est pour nous un exemple parfait d’enseignement juste. Depuis la fin des temps elle reste elle-même et nous donne à apprendre en fonction de la compréhension que nous pouvons en avoir. Elle nous enseigne la solidarité, l’interdépendance, l’impermanence, la renaissance, le don.

En fait aussi nombreux que soient les sûtras, Dôgen nous prévient que nous n’avons pas à comprendre quatre-vingt mille sûtras ! Il s’agit de faire réellement de sa vie un sûtra comme les amis de bien (les maîtres zen) font des sûtras la terre du royaume, leurs corps et cœur, leur pratique assise (zazen), leur coucher et leur marche en silence (kinhin). En assimilant les sûtras, « Les sûtras nous assimilent en nous-mêmes (nous transforment) ». Vivre pleinement l’instant présent de la manière la plus simple et naturelle, en communion avec notre environnement, telle pourrait être la lecture des sûtras.


1 http://www.zen-occidental.net/dogen.html

2 https://fr.wikipedia.org/wiki/Zazen

4 Le silence du Bouddha ; et autres questions indiennes, Roger-Pol Droit, Hermann, 2010

5 L’herméneutique, du grec hermeneutikè, ἑρμηνευτική [τέχνη], art d’interpréter, hermeneuein signifie d’abord « parler », « s’exprimer » et du nom du dieu grec Hermès, messager des dieux et interprète de leurs ordres, est la théorie de la lecture, de l’explication et de l’interprétation des textes.

6 http://zafu-nantes.blogspot.fr/

7 https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme_mah%C4%81y%C4%81na

8 https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme_h%C4%ABnay%C4%81na

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