Pratique paradoxale


160528fb

Le Bodhisattva, le pratiquant du Dharma ce héros pour l’éveil accepte les paradoxes. Non seulement il les accepte mais il ne cherche pas à les résoudre. Paradoxe entre le fait de pratiquer la méditation, assis, seul, dans son coin et le fait de placer l’agir (le karma) au centre de sa pratique quotidienne. Paradoxe entre le fait d’avoir une démarche d’apparence personnelle : chercher la sagesse et pourtant d’allier à celle-ci une pratique de la compassion en action au quotidien. Paradoxe entre le fait d’être en empathie avec ceux qui souffrent et être capable d’agir avec un recul sur chaque situation sans se laisser perturber par ses émotions. Enfin paradoxe d’avoir une pratique de l’éveil et en même de ne rien chercher à obtenir.

La méditation est ce qui permet l’expression de ces paradoxes d’une manière saine. Cette pratique « n’a d’autre souci que de défaire nos opinions, nos jugements qui prolifèrent et maillent non la réalité, mais notre réalité tissée de ses angoisses et de ses inquiétudes. Un puissant geste d’abdication est nécessaire. Mais jamais il ne se décide ; il advient ou il n’est pas. » comme l’écrit Eric Rommeluère1.

Edgar Morin, grand penseur de la complexité nous invite, lui aussi, à ne pas penser « par opposition ou par exclusion », amoureux des oxymorons il assume les contradictions inhérentes à tout humain et nous invite à ne pas résoudre ces paradoxes.

Il s’agit donc d’accepter la différence entre la réalité et notre esprit qui nous montre une certaine réalité. Cette dernière,autre paradoxe, n’existe pas et pourtant façonne toute notre vie, toutes nos réactions.

Une célèbre histoire nous parle du pratiquant zen Huike qui demande au grand maître zen Bodhidharma : « Mon esprit n’est pas apaisé. Je t’en prie, pacifie-le avec tes enseignements ». Bodhidharma répond  : « Présente-moi ton esprit et je le pacifierai. » Huike est allé méditer puis il est revenu en disant : « J’ai cherché mon esprit mais je ne parviens pas à le trouver. » Et Bodhidharma de répondre : « Voilà. Je l’ai apaisé. »

C’est en lâchant prise à ce désir de tout résoudre qu’advient, par soi-même, cette libération de ces tensions paradoxales pour permettre de révéler la puissance créative infinie du paradoxe.

C’est en étant et en agissant dans l’instant présent, ouvert sur la vie, sur toutes ses expressions que nous dépassons tous ces paradoxes, comme les enfants qui sont ici et maintenant sans se créer d’angoisses sur le futur ou de vouloir rester dans leur image du passé. Mais rapidement l’humain prend la voie de l’adulte, celle des croyances, des préjugés, des peurs, des craintes, des espoirs et en finale du manque de tout ce qu’il croit qui pourrait lui apporter le bonheur. Il manque toujours quelques chose. Pour le bodhisattva tout est déjà présent et suffisant, parce que c’est cela qui est là.

Dernier paradoxe : l’instant présent devient alors éternité.

Je me pose en méditation et cette pause me libère

160528


1 S’asseoir tout simplement – L’art de la méditation zen – Éric Rommeluère – Seuil – 2015

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s