Tourner son regard vers l’intérieur


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Dans l’enseignement du Bouddha il n’y a pas d’âme, pas de soi permanent, l’Être est insaisissable pour l’humain, vide. En sanscrit c’est anatta « non-soi » (an-âtman). Dans la Kabbale juive on parle de l’Ain Soph Aur : « quelque chose » d’incréé, d’infini et d’absolument indifférencié. Le plus simple est de désigner cet état par « rien », étant entendu que c’est à la fois un vide absolu (puisqu’il ne contient aucune « chose ») et un commencement saturé de potentialités1.

Il n’y a donc pas un plan « spirituel » où serait l’âme et un plan « matériel » où serait le corps. Rien n’est séparé, tout est lié, tout est « un ». Le corps et l’esprit ne font qu’un.

Mais comme nous avons pu le voir précédemment pour pouvoir faire silence et son regard à l’intérieur pour être capable de s’ouvrir à cette absence de soi il faut déjà avoir un « moi » bien élaboré2. « L’expérience du lâcher-prise requiert l’intrépidité, mais également la plus totale avoir confiance en soi. « En soi » désigne toutes les couches de notre identité, des plus conscientes aux plus inconscientes, jusqu’au sentiment enfoui de sécurité fondamentale que rien en nous ou autour de nous ne se disloque en permanence. »3

Pour le Bouddha il y a mieux à faire que de se creuser la tête à chercher un Soi, il nous enseigne que nous sommes une combinaison complexe d’éléments interdépendants et impermanents, dans des changements continuels. Dans le bouddhisme on considère que nous sommes principalement la somme de 5 agrégats (skandhas)4 : le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. Il existe des méditations sur ces 5 skandhas pour s’apercevoir que nous ne sommes pas chacun de ceux-ci mais seulement le résultat impermanent de la rencontre des cinq.

Méditer c’est tourner son regard vers l’intérieur, vers ce grand espace . On ne pense pas la méditation, on la laisse nous méditer. Un maître zen (Hui Hai) nous dit « Comment percevoir notre vraie nature ? Cela qui perçoit est notre vraie nature. ». « Au fur et à mesure que cette terre s’éclaircit, tout ce qui constitue la singularité de mon existence personnelle s’efface doucement. Un absolu se dévoile, il me constitue et pourtant il ne m’appartient pas. »5

« La juste méditation c’est donc être totalement dans l’instant, en union avec tout et en paix avec soi-même. On n’écoute plus de la musique, on ne disserte plus sur la musique, on est la musique. On est ici ! Le mot samadhi est parfois traduit par absorption. »6 Nous pouvons vivre cela, les nuits estivales, allongés dans l’hebe on contemple les étoiles. On se sent infiniment petit et loin et en même temps complètement aborbé par cet univers, cet espace.

Bien sûr si nous nous cognons le petit doigt de pied au matin en nous levant, malgré la conscience de la non existence d’un moi permanent, nous crierons et aurons mal. C’est pourquoi dans le bouddhisme on parle de deux « vérités » : une vérité ultime, qui est celle énoncée ci-dessus, et une vérité relative, qui est la prise en compte du monde tel que nous le vivons. Un bodhisattva voit les deux vérités en même temps, sans séparation, et il peut ainsi travailler au salut de tous les êtres en sachant qu’il n’y a aucun être à sauver. C’est la gravité souriante du Bouddha dont nous avons déjà parlé7. Seul notre esprit nous limite dans la vérité relative. La méditation est ce qui nous ouvre à cet esprit plus vaste qui touche la vérité ultime (au sens bouddhique), et n’étant plus prisonnier d’un moi particulier un sentiment de solidarité avec la vie, les êtres vivants monte en nous. Une fois qu’on se débarrasse de la nature compétitive et clivante des individus et des groupements humains, les gens commencent à s’épanouir.

J’ai confiance en moi, je peux tourner mon regard vers l’intérieur et prendre soin du monde

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3 Les bouddhas naissent dans le feu – Eric Rommeluère – Seuil – 2007

4 « Les quatre axiomes du Bouddha » – TheBookEdtions – 2014 – http://librairie.baylot.org/

5 Les bouddhas naissent dans le feu – op. cit.

6 « Les quatre axiomes du Bouddha » – op. cit.


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