Patience et douceur.


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Nous avons vu que notre vigilance1 peut devenir comme le gardien intérieur qui nous empêche de réagir d’une manière inconsciente et programmée mais nous aide à agir en toute conscience. Mais ce gardien n’est pas quelqu’un qui refoule avec violence ce qui se présente mais plutôt un ange gardien qui accueille tout avec amour. C’est cet accueil que l’on appelle le lâcher-prise.

« Un véritable lâcher-prise doit surgir et nous bousculer. On l’expérimente en son coeur. Le lâcher-prise n’est pas comme un simple état de tranquillité intérieure, ce n’est pas plus abandonner une, deux ou trois ou quelques pensées qui apparaissent l’une après l’autre au cours d’une méditation. Le lâcher-prise est nécessairement radical, c’est tout lâcher. Il ne s’agit pas de se détacher d’une douleur corporelle si le corps souffre. Il ne s’agit pas non plus de se détacher d’une pensée si le mental divague. C’est le soi-même fait de toutes ses attentes, de toutes ses projections, de toutes ses représentations qui est à lâcher. Nous disons [dans le zen] se dépouiller du corps et de l’esprit, shinjin datsuraku. » 2

Notre programmation automatique nous entraîne à certaines réactions qui sont en général du type de la peur, de la fermeture, de la lutte. Toute situation difficile doit être fuit ou maîtrisée. La présence vigilante c’est au contraire avoir le courage bienveillant d’accueillir et de rester à l’écoute sans se laisser « emporter ». C’est transformer l’expérience difficile d’ennemie en amie. Si on prends l’image de la douleur physique, ce n’est qu’un signal électrique qui nous parle d’un dysfonctionnement du corps. Si nous cherchons à la faire taire (en prenant un antalgique) nous ne résolvons rien du problème d’origine. La douleur n’est qu’un signal qui nous aide à comprendre qu’il y a une difficulté quelque part pour nous permettre d’intervenir éventuellement sur cette origine. Si nous ne le faisons pas, la douleur reviendra dès que l’antalgique n’agira plus. Il en est de même pour tout inconfort psychologique, émotionnel. L’énergie que nous mettons à fuir ou à résister à notre inconfort est parfois plus épuisante que l’inconfort en lui-même.

En revenant au corps, au ressenti de ce qui se passe dans notre corps, nous revenons au présent, à l’instant présent. Le corps est toujours dans le présent. Quand dans la journée notre conscience s’évade nous pouvons revenir à l’instant présent en utilisant la pleine conscience de notre respiration ou/et de notre corps. Ce que nous ressentons dans notre corps est exclusivement dans le présent. N’essayons même pas d’agir d’une manière curative, observons sans attente ce qui se passe en nous, pour rester dans le présent. Quelque douleur que nous ressentons essayons de la prendre symboliquement dans les bras, avec douceur, comme on prend un enfant ou un ami pour le réconforter. Si on reprend la métaphore de l’ange gardien, on peut voir celui-ci embrasser (prendre dans ses bras, étymologiquement) de ses grandes ailes le problème pour le soulager. Dans le zen on appelle cela l’esprit mushotoku : sans esprit d’obtention ou l’esprit de non-profit.

Le fait d’observer nous rend d’autant plus observateur. Nous pouvons même avoir l’impression d’observer de plus en plus de difficultés. Mais cela ne veut pas dire qu’il y en ait plus mais que nous sommes plus vigilants. C’est pourquoi il nous faut de la patience pour pratiquer sinon devant l’acuité de notre conscience nous allons arrêter pour préférer se cacher le regard.

« De cette expérience fondamentale du lâcher-prise, tout pourra rejaillir, revivifié et renouvelé. Enfin on saura ce que signifie être, s’accepter soi-même, sans regretter le passé, sans craindre l’avenir, en se tenant vivant au coeur de la vie. […] Le zen a une métaphore si forte qu’elle en fait presque vaciller d’effroi. Nous disons : imaginez que vous êtes suspendus par les mains au bord d’un précipice et que vous vous permettez d’ouvrir les mains. Devant une telle image, l’imagination se dérobe, elle indique précisément que le lâcher-prise est au-delà de toute imagination. Ce lâcher-prise est l’entreprise la plus audacieuse et la plus difficile qui soit, puisqu’on abandonne sa propre image de soi. Et c’est bien cela qui nous fait vaciller, nous tenons tant à notre image de nous-mêmes. » 3

J‘accueille le ressenti de mon corps, avec douceur et patience

fpb1_phatch

1 http://frederic.baylot.org/post/11116-gardien

2 Les bouddhas naissent dans le feu – Eric Rommeluère – Seuil – 2007

3 ibid


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