Vers des jours heureux

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Comme chaque semaine en lisant le Canard Enchaîné je me régale des articles (Plouf!) écrits par Jean-Luc Porquet. Je tenais à vous mettre ce lui d’aujourd’hui car écrit bien mieux il parle aussi de ce que j’évoquais ICI :

Demain ? La semaine prochaine ? Dans deux mois ? On nous promet de nouveaux jours horribles.
Rêvons de nouveaux jours heureux. On nous promet du sang, de la terreur, des armes chimiques, et aussi que cette guerre » (car, nous dit-on, nous sommes désormais en
guerre) se terminera par une victoire totale, que la France finira par « anéantir » l’ennemi. Est-ce suffisant ? Ne manquerait-il pas quelque chose à ce discours

En 2011, après la tuerie (77 morts) perpétrés en Norvège par le facho islamophobe Breivik, le maire d’Oslo déclara : « Nous punirons le coupable La punition, ce sera plus de générosité, plus de tolérance, plus de démocratie.
Plusieurs voix avaient repris ces mots après le 7 janvier.
Mais, cette fois.. rares sont ceux qui les ont relayés.
Comme s’ils étaient désormais inaudibles, angéliques, idiots.
Comme si seuls étaient aujourd’hui acceptables les mots d’ordre guerriers.

Traquer les terroristes, sécuriser les Français, s’attaquer à Daech ? Bien sûr, car, comme le dit l’écrivain David Grossman, « il ne peut y avoir aucun dialogue possible avec ceux qui veulent vous tuer non pour ce que vous faites mais pour ce que vous êtes » (« Libération », 19/11). Mais, justement : il importe de rappeler qui nous sommes.

Nous sommes un pays dont la devise commence par le mot « liberté ». Un pays à propos duquel on parle d’ « exception française », laquelle consiste dans le fait que notre modèle social est en grande partie issu du programme du Conseil national de la Résistance de 1945, qui portait ce titre magnifique : « Les jours heureux ». Comme le dit Dany-Robeft Dufour (l), « les mesures prises devaient prévenir le retour ou l’arrivée de quelque barbarie que ce soit, et permettré la pérennité de l’être-ensemble et le développement de l’être-soi ». La Sécurité sociale, le régime de retraite par répartition, la liberté de la presse, etc. : il s’agissait de bâtir le cadre d’une Cité qui permette à chacun d’être libre de s’épanouir.
Sans pour autant faire n’importe quoi.
Car la liberté honnie par les terroristes décérébrés n’est pas seulement celle qui consiste à aller aux concerts, à boire des coups en terrasse, à faire de Paris une fête ; pas seulement celle qui consiste à avoir le droit de ne pas croire en un dieu, à changer de religion sans être menacé de mort, à blasphémer ; pas seulement celle qui consiste, pour les femmes. à porter une jupe, à exercer une profession, à divorcer : pas seulement la liberté d’entreprendre, dont l’ultralibéralisme nous rebat les oreilles comme si c’était l’alpha et l’oméga de la liberté.

On l’a vu lors des attentats les gestes les plus forts et les plus spontanés furent ceux de l’entraide, de la main tendue, de la fraternité. La liberté que veulent écraser les tueurs, c’est aussi celle-là. Celle qui nous invite collectivement à nous ouvrir à l’autre, à «plus de générosité, plus de tolérance, plus de démocratie».

On aurait aimé que nos vat-en-guerre nous en touchent un mot.

Jean-Luc Porquet

(1) « L’individu qui vient. .. après le libéralisme » (vient de sortir en Folio).

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