Du Cerveau à la Conscience : Francisco Varela, un scientifique engagé


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Extrait d’un article lu sur le blog de Ilke-Angela Marechal

La créativité du biologiste Francisco Varela a enfoncé plus qu’un clou : en sciences expérimentales, en philosophie des sciences, en éthique et en spiritualité ; son talent d’intégration a abattu plus qu’un mur. Et fâché plus d’un dans l’orthodoxie scientifique.

Cet été (2001), Francisco Varela, (qui dirigeait l’équipe « Dynamique des Ensembles Neuronaux » au laboratoire LENA, Neurosciences Cognitives et Imagerie Cérébrale à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière) vient de nous quitter prématurément. Ses compagnons-chercheurs, tout décidés qu’ils sont, vont poursuivre les chemins tracés par cet esprit déroutant.

Les défis, relevés par Francisco Varela, les voilà : Qu’est-ce que la Vision, la Perception, la Conscience ? Comment cela fonctionne-t-il, la Pensée, l’Expériencehumaine, le Temps ?
Il affirme  » Le Monde et Moi, nous venons à exister ensemble, nous nous définissons mutuellement « . Fini le postulat d’un monde indépendant de nous. Pour lui, si nous voulons comprendre le monde, ce sera par des concepts comme interactions coopératives, propriétés émergeantes, globales, dynamiques de réseau

Varela forge tantôt des concepts nouveaux en biologie, comme l’Autopoïèse – l’auto-organisation des systèmes vivants – ; ou comme l’Enaction – une nouvelle branche dans les sciences cognitives, contredisant le dogme de l’époque, et s’étant imposé depuis.

Tantôt lui et son groupe font des découvertes capitales sur le fonctionnement cérébral de la perception et même de la pensée, la Synchronie – ce curieux fait que les cellules travaillent ensembles par résonance. L’activité du cerveau montre un mécanisme du type musical.

Ou encore, récemment, sur le fonctionnement de l’épilepsie, et la possibilité de prévoir l’arrivée d’une crise. Voilà que grâce à lui, s’ouvre mondialement un grand espoir dans le domaine médical.

Tantôt il se lance à fond dans le débat philosophique qui actuellement déchaîne la communauté international sur la Conscience.

Après la création de la nouvelle route en sciences cognitives, dans les années 80, c’est en philosophie des sciences qu’il propose, dans les années 90, la  Neurophénoménologie. Il se base, bien entendu, sur Edmund Husserl et William James, qui, au début du vingtième siècle initient la recherche rigoureuse, en Occident, du fonctionnement de l’Esprit et celui de la Conscience.

C’est la méditation comme pratique sur l’esprit, et bien plus tard l’approfondissement de cette pratique dans la tradition du Bouddhisme, qui lui ouvrent les yeux. Le chemin qu’il tracera durant ses recherches en sciences cognitives commence à se dessiner.

Ses recherches expérimentales basées donc sur cette récente phénoménologie occidentale s’enrichissent alors de sa contrepartie, la tradition de l’Orient, riche déjà de deux millénaires et  » quasi scientifique « . Résultat, Varela ose en tirer les conclusions  qui heurtent : il revendique, pour ce qui est des sciences cognitives, un changement de la méthode scientifique. A l’ » objectivité  » classique en science, il faut ajouter une approche dite de la  » première personne « . Ainsi il introduit de fait en science le sujet qui sera la condition  » sine qua non  » pour toute recherche future sur le fonctionnement de l’esprit.

Après ses études en sciences biologiques au Chili, premier déracinement, il part à Havard pour y faire son doctorat. Refusant une carrière toute tracée aux Etats Unis, il retourne au Chili et y crée, avec son professeur H. Maturana, tout le processus de l’auto-organisation (l’Autopoïèse) des systèmes vivants. C’est un renouveau de perspective qui lui vaut, dans les années 70, une première reconnaissance mondiale.

Mais son engagement auprès des forces politiques et sociales à côté d’Allende le force à fuir avec sa famille son pays lors de l’arrivée au pouvoir de Pinochet. C’est alors, en exile aux Etats Unis, au Colorado, que C. Trungpa, inconnu du public encore, lui apprend, pour sortir de la grave crise dans laquelle il se trouve,  » à ne rien faire « , c’est-à-dire à méditer. Cette pratique sur l’esprit, Varela, pendant dix ans, ne la reliera à rien. Pas de dogme, pas de croyance. Ce ne sera qu’après sa découverte de la phénoménologie occidentale que  » l’esprit  » devient son sujet.

Dans les années 80, surprise, il découvre sa patrie d’esprit : l’Europe. La Fondation de France lui offre une chaire à l’école Polytechnique ; et le Cnrs un poste comme directeur de recherches en sciences cognitives ; le Collège International de Philosophie aussi s’intéressera très vite à ses travaux.

La boucle  » sciences expérimen- tales et philosophie  » s’élargie – pour mieux se nouer ! En 1984 il rencontre le Dalaï Lama en Autriche. Ce dernier propose l’idée de rencontres bisannuels chez lui à Dharmsala. Un dialogue entre la grande tradition occidentale, les sciences et la tradition bouddhique, est-ce possible ? Ainsi naissent les rencontres  » Esprit et Vie « , dont d’importants livres-compte-rendu, rapidement traduits en plusieurs langues, démontrent les enrichissements mutuels. Jusqu’à la fin de sa vie, une amitié profonde va lier Varela au Dalaï Lama. Il suffit de lire son livre L’inscription corporelle de l’Esprit (Seuil), pour mesurer les surprises et ensemencements survenus. Le  » spirituel », éthéré, va ramener fermement Varela au  » corps « , à l’incarnation de l’esprit.

Si la pratique de la phénoménologie occidentale lui avait permis de concevoir une approche scientifique de  » l’Esprit « , le Bouddhisme fournit une phénoménologie beaucoup moins spéculative. C’est plutôt une pratique humaine, simple. Elle vise la transformation de l’homme. Et du coup, Varela n’échappe pas à ce qui en découle : l’éthique de la responsabilité.  » L’éthique de l’action incarnée veut dire que chacun se fasse responsable de son propre état de vie, ainsi que du malheur que cela provoque dans les autres. J’aime beaucoup l’idée du Bodhisattva : un moi, ça ne compte pour rien. Nous sommes un énorme réseau en interaction. Nous pouvons changer !

Ilke Angela Maréchal

Lire l’article dans son intégralité

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paru à l’origine sur mon blog Lung Ta Zen le 10 novembre 2009

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