Il existe trois sortes d’hommes


Marine - L'empereur des singes - Cortegianni - Tranchand - Guenard - 1986

« Homme libre, toujours tu chériras la mer ». Rares sont les discours sur la mer qui omettent ce passage obligé par Baudelaire, contribuant à ériger ce vers en adage prophétique, au risque d’oublier le sombre dernier quatrain qui rappelle la lutte implacable à laquelle se livrent l’homme et la mer depuis des siècles. Lorsque l’on déplore l’insuffisante prise en compte en France de la mer dans la conception de la puissance de la nation, c’est à Richelieu que l’on attribue la sentence selon laquelle « Les larmes de nos souverains ont le goût salé de la mer qu’ils ont ignorée ».

Aux côtés de la liberté et de la puissance qu’elle confère, la dangerosité de la mer fait partie des principaux lieux communs égrenés à son sujet. On prête ainsi souvent à Platon ou à Aristote la phrase suivante : « Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer. » Peut-être notre imaginaire collectif exigeait-il que les plus grands philosophes de l’antiquité fussent cités avec Baudelaire et Richelieu pour nous conforter dans des représentations peu remises en cause. L’absence de référence précise rend pourtant douteuse la fiabilité des sources. Il semble en vérité que cette dernière réflexion ait été formulée par Anacharsis, l’un des sept sages de l’antiquité. Diogène Laërce, auteur des Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres résumait dans un trait d’esprit qu’il attribue à ce philosophe la fragilité de l’être humain en mer. Un jour où on lui demandait si les vivants étaient plus nombreux que les morts, il répondit par la question suivante : « Mais d’abord, ceux qui sont sur mer, dans quelle catégorie les rangez-vous ? » Les Grecs, familiers de la mer, avaient ­pleinement conscience de la dangerosité de cet environnement, qui se confirme à travers les siècles.
Sans doute le marin des temps anciens avait-il conscience de n’être séparé de la mort que
par quelques centimètres de bois. » (source)

Et nous de combien de centimètres ou de « billes » (lire ici) sommes-nous séparés de la mort ?

Marine - L'empereur des singes - Cortegianni - Tranchand - Guenard - 1986

Marine – L’empereur des singes – Cortegianni – Tranchand – Guenard – 1986 

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