Favoriser la coopération

cooperation

« La seule voie qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat. » – Kofi Annan

Comme le souligne Joël Candau, du laboratoire d’anthropologie et de sociologie de l’université de Nice : «Notre espèce est la seule où l’on observe des coopérations fortes, régulières, diverses, risquées, étendues et supposant des sanctions parfois coûteuses entre individus sans relations de parenté.»

Entraide, dons réciproques, partage, échanges, collaboration, alliances, associations, participation sont autant de formes de la coopération omniprésente dans la société humaine. La coopération est non seulement la force créatrice de l’évolution, puisque l’évolution a besoin de coopération pour être en mesure de construire des niveaux d’organisation de plus en plus complexes, elle est aussi au cœur des accomplissements sans précédent de l’espèce humaine. Elle permet à la société d’accomplir des tâches qu’une personne seule ne pourrait accomplir. Lorsqu’on demanda au grand inventeur Thomas Edison pourquoi il avait vingt et un assistants, il répondit : «Si je pouvais résoudre tous les problèmes tout seul, je le ferais.»

Coopérer peut sembler paradoxal. Du point de vue de l’égoïsme, la stratégie la plus tentante est celle du «passager clandestin» qui profite des efforts des autres pour parvenir à ses fins au prix d’un minimum d’efforts. Pourtant, nombre d’études montrent qu’il est préférable, pour soi comme pour les autres, de se faire mutuellement confiance et de coopérer, plutôt que de faire cavalier seul.

Selon les épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett : «Si nous nous concevons nous-mêmes comme des individus mus par notre intérêt personnel et un instinct asocial de possession, nous risquons de mettre en place des systèmes reposant sur la carotte et le bâton, la punition et la récompense, créant ainsi une version erronée et malheureuse de l’humanité dont nous rêvons.» Sur le plan individuel, la compétition empoisonne les liens affectifs et sociaux.

Dans une société fortement compétitive, les individus se méfient les uns des autres, s’inquiètent de leur sécurité et cherchent constamment à promouvoir leurs intérêts et leur rang social, sans trop se soucier des autres. À l’opposé, dans une société coopérative, les individus se font confiance et sont prêts à consacrer du temps et des ressources à autrui. Ainsi s’enclenche un cycle vertueux de solidarité et de réciprocité qui nourrit des rapports harmonieux.

Selon Richard Layard, professeur à la London School of Economics, la compétition n’est saine et utile qu’entre les entreprises. Mettre les entreprises en libre concurrence stimule l’innovation et la recherche d’améliorations dans les services et les produits. Elle entraîne aussi une réduction des prix qui profite à tous. En revanche, la coopération est un facteur de prospérité indispensable au sein d’une entreprise.

Depuis quelque temps, on a vu se répandre l’idée selon laquelle il est souhaitable de promouvoir une compétition sans merci entre les employés d’une même entreprise — ou entre les élèves d’une classe dans le cas de l’éducation —, car les résultats de tous devraient s’en trouver améliorés. En réalité, cette compétition est nuisible, car elle détériore les rapports humains et les conditions de travail. En fin de compte, comme l’a montré l’économiste Jeffrey Carpenter*, elle est contre-productive et diminue la prospérité de l’entreprise.

Le travail d’équipe, en particulier, est miné par les incitations et les bonus individuels. À l’opposé, la rémunération du résultat de l’équipe dans son ensemble encourage la coopération et améliore ces résultats. Les dirigeants et les chefs d’entreprise doivent donc s’efforcer de faciliter la confiance, la solidarité et la coopération.

*Carpenter, J., Matthews, P., & Schirm, J. (2007). Tournaments and Office Politics: Evidence from a Real Effort Experiment (SSRN Scholarly Paper No. ID 1011134). Rochester, NY: Social Science Research Network.

Pour plus de détails, voir Plaidoyer pour l’altruisme , chapitre 36 « Les vertus de la coopération. »

MATTHIEUR RICARD

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