Découvrir la Catalogne : La Folle Histoire de la République Contrebandière Banyulencque.


tribu20150325010

 Visite guidée (10 € personne pour un peu plus de 2 heures, compris les déplacements en minibus et la passion du guide – ATTENTION PRÉVOIR 1/2 HEURE DE MARCHE AUSSI) avec Zidro le guide Catalan de Camins d’Historia . Le thème étant cette fois-ci La Folle Histoire de la République Contrebandière Banyulencque (1780-1850) (VOIR D’AUTRES THÈMES SUR SON SITE)

tribu20150325010

tribu20150325006

Laborieusement définie sur le plan diplomatique à la suite du Traité des Pyrénées au coeur du 18ème siècle, la frontière franco-espagnole dans la partie orientale des Pyrénées ne s’est imposée aux frontaliers qu’au début du 19ème siècle.
Pendant plus d’une centaine d’années cette région frontalière est oubliée de la France.

Depuis toujours, les habitants de Banyuls vivaient à peu près isolés du côté des terres, ouverts seulement à l’appel du large, étaient d’abord “fills de Banyuls” (enfants de Banyuls), rudes gaillards condamnés à vivre durement de leurs maigres terres en terrasse d’où ils réussissaient déjà à tirer un vin incomparable, vivant plus aisément de toutes les occasions que leur offrait la mer, y compris les moins avouables.

tribu20150325013

Nombreux sont les rapports qui les concernent, sous la plume des intendants puis des premiers préfets. Nombreux et bien souvent pittoresques. Il est caractéristique de trouver, dans la plupart de ces documents, une volonté de ne rien dramatiser. La meilleure synthèse en est, à notre avis , cet extrait du mémoire du subdélégué P. Poeydavant “… La bravoure la plus décidée est héréditaire parmi les habitants de Banyuls; ils en ont donné des preuves multiples contre les Espagnols et contre les corsaires barbaresques et c’est véritablement une peuplade à ménager. Ils sont, cependant, taxés de s’adonner à la contrebande du tabac et cela leur a attiré, depuis quelques années, des châtiments qui, peut-être, ne les ont pas encore tout à fait corrigés” ce jugement fut porté en 1778.

A cette époque, en effet, les Banyulencs n’hésitaient pas à se rendre à Gênes pour charger du tabac de contrebande qu’ils entreposaient très provisoirement dans des cavités naturelles (covas) assez nombreuses sur leur côte schisteuse. On transportait rapidement ensuite ces marchandises, en Espagne ou en France, soit par la mer, soit le plus souvent par terre. Toute la population de Banyuls y participait.

tribu20150325007

La plus fameuse de leurs grottes, la Cova Foradada, leur paraissait suffisamment à l’abri de l’humidité marine pour servir de dépôt temporaire au sel qu’ils allaient chercher clandestinement près des salins du Languedoc ou que les compères espagnols leur faisaient parvenir de la montagne de Cardona en Catalogne. Banyuls servait ensuite de centre de distribution, assez peu gêné par l’autorité française, mais rencontrant davantage de difficultés du côté espagnol; ce qui peut nous conduire à mieux interpréter “l’héroique” résistance qu’opposèrent les habitants de Banyuls, vieillards, femmes et enfants compris, à l’invasion espagnole de 1793.

Telle était la vie quotidienne de Banyuls à la fin de l’Ancien Regime et au début du XIXème siècle. Mais, quarante ans après le mémoire du subdélégué Poeydavant, le 13 juin 1817, le directeur des douanes des Pyrénées Orientales adressait au préfet une lettre lourde d’inquiétudes sur la méthodique et dangereuse organisation que s’était donnée Banyuls pour tirer le meilleur parti du commerce interlope. Document précieux , il contient notamment le tableau détaillé des “Sociétés” contrebandières et si on analyse attentivement ces listes, on constate qu’il s’agit d’une véritable activité municipale: huit “sociétés” groupant cinquante huit hommes parmi les plus valides et les plus influents d’une commune qui comptait alors plus d’un millier d’habitants. En font partie huit conseillers municipaux dont un adjoint au maire, trois d’entre eux notamment l’adjoint, sont même “ chefs de Société”. En somme, les réunions de la municipalité de Banyuls pouvaient, à la rigueur, se tenir au grand air, sur les sentiers de la contrebande.

Rép.contreb.Banyuls

Ces « entreprises municipales contrebandières » travaillent pour qui leur passe commande. Nous savons par une lettre du sous-préfet de Céret en date du 27 septembre 1833, qu’à cette époque Banyuls travaillait pour des hommes d’affaires de Perpignan et de Collioure.

En entreprise qui se respecte, chacun peut se reconvertir au gré de la conjoncture: en 1817, l’activité principale était consacrée au tabac et au sel; en 1833, elle est aux tissus anglais et ce sont de vrais tissus de Manchester d’après les procès-verbaux de saisie. En 1838, contrebande de l’huile à très grande échelle, en 1839 c’est de nouveau le tabac qui fait prime, tandis qu’en 1840 on fournit les mairies et les écoles du Haut-Vallespir en bon papier de J.Whatman, Tubden Mill,de Bath (Somerset) England !.

tribu20150325009

tribu20150325008

La majeure partie des contrebandiers de Banyuls habitent le hameau du “Puig del Mas” situé à près de deux kilomètres du rivage. De là, ils peuvent contrôler à la fois la mer et l’arrière pays montagneux. Nous l’avons signalé, les grottes littorales ne servent que de dépôts provisoires au moment du débarquement; la douane les connaît et les visite d’ailleurs régulièrement comme l’atteste le journal de bord de la felouque de cette administration dont le service en mer est particulièrement dur Très vite, les Banyulencs font transporter ces marchandises sur la montagne frontalière. Plusieurs zones montagneuses de l’arrière-pays ont été aménagées avec des caches souterraines. Les rapports de l’Administration évoquent souvent les lieux-dits: Tour de “Keroig”, “Col de Banyuls”, “Puig del Torn”, “Pla del Raz” .

La Douane connaît les caches, mais il n’est pas question d’attaquer de front les Banyulencs au cours des rebats classiques, en particulier à partir de 1820. Les Banyulencs ne travaillent jamais sans leurs armes qu’ils dissimulent dans des caches spécialement aménagées sur les collines de Cerbère et leur féroce réputation est solidement établie.

tribu20150325011tribu20150325012

Il était arrivé que Banyuls se révolte au point d’incendier la felouque des Douanes, le “Linx” en 1833. Il fallut à deux reprises au moins contrôler minutieusement le désarmement de toute la population et dissoudre la Garde Nationale locale. Mais, c’étaient les douaniers espagnols qui étaient les “bêtes noires” des contrebandiers de Banyuls.
Des rapports avec d’horribles détails décrivent des rencontres sans merci se terminant par la mort et l’émasculation des douaniers espagnols. A la férocité s’ajoutent le mépris et le cynisme, comme lors d’une intervention combinée des Douanes en 1833 pour saisir à la Cova Foradada un dépôt de sel récemment stocké par les Banyulencs. Ceux-ci avaient rassemblé, autour du lieu, le plus grand nombre de leurs concitoyens pour intimider les douaniers, mais c’était surtout le parti espagnol qui était visé. Le directeur des salins de Catalogne s’y trouvait et faisait l’objet de telles menaces qu’il avait demandé un report de l’opération qui consistait à noyer le sel découvert en ce lieu. Le sous-préfet de Céret, mis au courant, dut demander au maire de Banyuls de modérer ses administrés, sous peine d’intervention de la force armée.

tribu20150325014

Il fallut à plusieurs reprises user de mesures répressives. Les habitants s’en montrèrent surpris et protestèrent auprès du sous-préfet de Céret.
C’était significatif d’un étrange et dangereux état d’esprit de gens voulant vivre en dehors de toute contrainte!

Tout ceci représentait un danger croissant pour l’ordre public français et espagnol et même pour la politique économique française de la première révolution industrielle..Une reprise en main s’avérait nécessaire.
Cette reprise en mains sera développée sous le titre :La francisation de Banyuls

tribu20150325015Une cache des contrebandiers

(Textes tirés du site Côte Vermeille)


D’autres promenades en Catalogne :

Passejada catalana

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s