Notre responsabilité est de savoir si nous agissons pour maintenir l’équilibre du monde


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La sémantique du mot « consommateur » dévoile une réalité terrifiante. Cet accaparement du bien commun de la part d’une extrême minorité humaine a rétabli la féodalité la plus horrible de l’histoire. Elle a instauré des seigneurs/saigneurs qui sont les plus grands assassins de l’autonomie qui n’aient jamais existé.
Les lobbyings de la chimie, et notamment de la pharmaceutique et de l’agroalimentaire, nous maintiennent dans la peur et la dépendance, pour servir leurs intérêts privés et maintenir leur pouvoir absolu. Afin de faire perdurer le système en place, ils ont établi une véritable idéologie, avec ses préceptes, ses dogmes, ses credo, comme une religion. Toute personne qui n’obéit pas doit être sanctionnée, et on se retrouve face à des aberrations : un médecin homéopathe rayé de la profession, un viticulteur refusant de traiter ses vignes poursuivi en justice, ou une famille tentant de répondre par elle-même à ses besoins vitaux expulsée de son propre terrain ! Les médias servent l’idéologie et participent à transformer l’erreur en vérité. De ce fait, l’être humain est manipulé et n’a plus les repères pour comprendre.
Alors, comment nous y prendre ? Par quoi commencer ? Nous devrions tout d’abord refaire l’inventaire de nos ressources locales, qui sont les premières bases de notre autonomie. Et tout mettre en œuvre pour pouvoir répondre par nous-mêmes, à l’échelle d’une famille ou d’un territoire, à nos besoins fondamentaux, dont le premier est celui de se nourrir. Si les transports cessaient, rien qu’une semaine, les villes seraient aussitôt en pénurie et nous prendrions conscience de l’ampleur de notre dépendance et de la fragilité de la mondialisation. C’est pour cela que j’ai toujours dit que jardiner est un acte politique.
L’autonomie consiste donc à mettre en valeur nos ressources, pour répondre à nos nécessités, et à échanger ensuite la rareté. Car chaque endroit, chaque territoire dispose de richesses propres que d’autres n’ont pas. En échangeant ces raretés, on crée des passerelles qui relient les différentes autonomies et participent à convivialiser l’ensemble. L’autonomie ne doit donc pas être confondue avec l’autarcie.
Avancer vers l’autonomie nécessitera de revisiter nos besoins. La nature nous offre l’abondance pour tous, à condition de ne pas l’épuiser au nom du superflu et du « toujours plus ». En appelant à la sobriété heureuse, je ne parle pas de privation ni de renoncement, mais d’un mode de vie enchanteur et réjouissant.
Chacun de nous est appelé à se responsabiliser en se demandant : « Dans quoi est-ce que je mets mon temps, mon énergie, mes compétences ? Est-ce que je contribue à maintenir l’équilibre, à embellir le monde, à construire un avenir beau et durable pour les générations à venir ? » Nous avons chacun le devoir de faire ce que nous pouvons pour cela.

Extrait d’une entrevue avec Pierre Rabhi parue dans « Comment devenir autonome » Kaizen Hors-série n°3 de mai 2014

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