La révolution participative

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EXTRAIT D’UN ARTICLE DU JOURNAL L’ÂGE DE FAIRE

A Saillans, dans la Drôme, une liste collégiale a remporté les municipales. Les habitants ont entièrement repensé le fonctionnement de la mairie, en s’appuyant sur les méthodes d’animation de l’éducation populaire. Depuis six mois, ils mettent en place des groupes action projet où se retrouvent élus et habitants, pour débattre des principales questions de la vie du village. Une petite révolution participative !

L’ambiance est studieuse chez Joachim Hirschler. Attablés dans son salon, six villageois planchent sur un projet de réduction de l’éclairage public : pour éviter le gaspillage d’électricité et la pollution lumineuse, les lampadaires ne resteront plus allumés toute la nuit. Alain a conçu des graphiques permettant de visualiser les horaires – différents selon les saisons et les quartiers. Anne-Laure prend des notes pour l’affiche qui sera placardée dans le village. Il est décidé qu’après six mois de test, des ajustements seront possibles en fonction des retours des habitants.

« Et si on faisait un achat en gros de lampes de poche à manivelle, que la mairie revendrait à petit prix aux habitants ? »
« On pourrait le proposer, mais il faut voir le budget », commente Joachim, l’« élu référent » du Gap « éclairage public ».
Gap ? C’est le nom des « groupes action projet », l’un des maillons de la nouvelle organisation mise en place par la municipalité de Saillans.

Aux dernières municipales, un collectif d’habitants s’est emparé de la mairie. Depuis, il démontre que la « démocratie participative » ne se réduit pas forcément à un vague slogan.

Désormais, les habitants sont invités à prendre part aux décisions avant que les projets ne soient ficelés. Sur chaque grand domaine fixé par les élus, une commission thématique est ouverte à tous les habitants une ou deux fois par an. C’est lors de ces commissions que naissent les Gap, qui réunissent un petit nombre de citoyens autour d’un élu pour travailler sur un sujet précis. Plusieurs fois par mois, un comité de pilotage réunit les élus et les habitants volontaires pour rendre compte des travaux en cours, prendre des décisions, et valider les propositions des Gap. Un conseil des sages, constitué de personnes non élues qui ont soutenu la démarche, veille à ce que la gestion reste participative. Et le conseil municipal dans tout ça ? Il sert essentiellement aux votes et délibérations officiels.

L’efficacité de la démarche a séduit à la fois des « anciens » du village, et des néo-ruraux de 30-40 ans. Lassés de la politique traditionnelle, tous ont contribué au score de la liste collégiale – plus de 56 % – et on les retrouve aujourd’hui dans les commissions thématiques. « C’est très bien mené, remarque Anne-Laure Mangou, institutrice venue de région parisienne, qui fait partie du Gap « éclairage public ». Il n’y a pas d’engueulade. Les animateurs nous disent : « Ok, vos beaux rêves, on les écoute aussi, on fera un tri dans les idées, mais on les garde quelque part ». Il y a une sorte d’exaltation à travailler ensemble. Ça rejoint nos expériences personnelles : on est venus pour construire du neuf. »

Annie Morin, la première adjointe, est née là. A 67 ans, elle connaît bien l’histoire de Saillans : l’élevage du vers à soie qui faisait autrefois affluer des bataillons de jeunes ouvrières ; les affres de la désertification à partir des années 60 ; maintenant, ce bol d’air apporté par les « néo », qui viennent souvent s’installer à la faveur du télétravail. Elle est ravie de ce mélange. « J’ai le passé du village, et eux apportent un regard neuf. Mais on se rejoint : les anciens ont envie de garder l’identité de Saillans, et les néo ont choisi la vie de village. On a tous dépassé le stade du développement forcé. »

Mais si l’on veut bien comprendre ce qu’il se passe à Saillans, il faut remonter plus loin que l’année dernière. Dès 2010, des habitants se sont questionnés sur le rôle qu’ils avaient à jouer dans les décisions locales. « Un jour, on a appris qu’il y avait un projet de supermarché sur la zone artisanale de Saillans. C’est une chevrière d’un autre village, élue à la communauté de communes, qui nous a avertis. On s’est dit que c’était de notre faute si on n’était pas informés : il existe des lieux pour savoir, et il faut les investir. »

Les membres de l’association décident de se relayer aux réunions de la communauté de communes. Ils publient un journal, Quèsaquo, dans lequel ils décortiquent le projet de supermarché et critiquent le fonctionnement de l’intercommunalité : des « élus sous-informés » qui votent les dossiers sans aucun recul. Suite à une forte mobilisation locale, le projet de supermarché est abandonné. Mais l’association poursuit son travail, publie une « grande enquête citoyenne », appelle les habitants à assister aux conseils municipaux…

« Nous n’avons pas pris position contre les élus sortants, mais plutôt appelé les gens à se prendre en charge. Si les gens ont adhéré, c’est aussi parce que nous ne leur avons pas imposé de programme, ni d’étiquette politique : c’est la manière de faire qui montre ce qu’on est vraiment. Quand des élus acceptent de laisser du pouvoir aux citoyens, ça va plus loin que la politique. »

Comme dit Maddy, « travailler ensemble sur quelque chose de précis, ça redonne de l’énergie ».

LIRE L’ARTICLE ORIGINAL DANS LE JOURNAL L’ÂGE DE FAIRE

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