« J’ai vendu mon âme au diable (Big Pharma) »

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(Les Pieds Nickeles – Dessinateur : René Pellos – Editeur : VENTS D’OUEST)

EXTRAITS D’UN ARTICLE LU SUR LE NOUVEL OBS

Dans la famille « Les Repentis de Big Pharma », voici John Virapen,  ancien directeur de la firme Eli Lilly en Suède, qui a rédigé dans sa soixante-quatrième année une confession professionnelle peu ordinaire. 

« Depuis des années parfois aux premières heures du jour des silhouettes fantomatiques m’apparaissent en rêve, écrit-il en préambule. Elles se tapent la tête contre les murs ou s’entaillent les bras et la gorge a coups de rasoir. J’ai maintenant compris que j’avais indirectement contribué a la mort de personnes dont les ombres me hantent.

Je n’ai évidemment tué personne directement, mais aujourd’hui je ne peux pas ne pas me sentir responsable en partie de ces morts. J’ai été un instrument, un exécutant, mais consentant, aux mains de l’industrie. […] J’ai été certes manipulé, mais sans me poser de questions. J’ai vendu mon âme au diable. »

Il raconte les petits pactes inavouables qui se scellent dans ce milieu feutré, et la main mise des firmes sur les leaders d’opinion, ces grands professeurs renommés et gardiens de la doxa. Ainsi l’entre eux, spécialiste du traitement de la douleur et expert au ministère de la santé, recevait-il de Lilly un salaire fixe, moyennant conseil, relecture de brochures et autres conférences.

On faisait surtout appel à lui en cas d’attaque contre nos produits dans les médias, souvent à propos d’effets secondaires. Il écrivait immédiatement des articles en notre faveur dans les journaux médicaux. Le microcosme médical était rassuré, la grande presse n’en parlait plus. »

En 1986, pour le lancement de la fluoxétine d’Eli Lily, molécule d’or baptisée Prozac qui sera jusqu’à expiration du brevet en 2001 l’antidépresseur le plus prescrit au monde, John Virapen va commettre ce qui le hante au petit matin : avoir aidé à promouvoir un médicament dont il connaissait –déjà- l’impact suicidaire et dont la supériorité sur le placébo n’est toujours pas établie en 2014.

A Stockholm, John Virapen sait qu’un expert indépendant a été officiellement désigné pour émettre un avis. Le nom du professeur est confidentiel, pour tenir éloignés les lobbies justement. John Virapen veut savoir. Il va agir en « profiler ». Après quelques semaines l’expert est repéré : c’est Pr Z., à Göteborg. « J’entrepris d’étudier le Pr Z. de plus près. Il aimait la voile. Je m’achetai un livre sur la voile. » Virapen l’appelle, et parvient à l’inviter à dîner.

Un deuxième dîner va sceller leur entente. « L’argent est toujours utile », répond l’expert indépendant quand son hôte lui demande ce qui ferait accélérer son affaire.

L’expertise du Dr Z. fut [par l’argent] quelque peu orientée. Dans le dossier initial, voici un exemple de ce qu’on pouvait lire : « Sur dix personnes ayant pris le principe actif, 5 eurent des hallucinations et firent une tentative de suicide dont 4 avec succès. » A la place on lisait désormais : « Les 5 derniers ont présentés divers effets secondaires. » Escamotés, les suicidés sous Prozac, au cours de la phase d’expérimentation.

Etrangement, ces révélations ne suscitent pas l’effroi et les révolutions qu’elles devraient. Comme si la pharmaco-délinquance était une fatalité, et l’industrie du médicament une organisation impossible à contrôler, au dessus des lois, au dessus des Etats.

LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL D’ANNE CRIGNON SUR LE NOUVEL OBS

 

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