Le désappointement du Contrôleur des prisons

prison

(Mazer in Prison Scénario : Johnston, Aaron Dessin : Mhan, Pop Couleurs : Charalampidis, Jim Encrage : Lee, Norman Couverture : Ferry, Pasqual Adapté de : Card, Orson Scott Editeur : Marvel Comics)

EXTRAIT DU DOSSIER « PRISONS UN AUTRE REGARD » DE L’ÂGE DE FAIRE

Jean-Marie Delarue, Contrôleur général des lieux de privations de liberté, propose chaque année des mesures faciles à mettre en œuvre pour améliorer le quotidien des détenus. Ses recommandations restent pourtant lettres mortes.

Au 1er avril, la France comptait 68 859 détenus. Un triste record qui interpelle sur les conditions de détention, puisqu’un grand nombre d’entre eux sont des récidivistes : selon une étude de 2011 publiée par l’administration pénitentiaire, 59 % des anciens détenus sont à nouveau condamnés dans les cinq années suivant leur libération. Comment expliquer un taux aussi élevé ? A peu près tous les observateurs sérieux de l’univers carcéral imputent une large part de responsabilité aux conditions dans lesquelles vivent les détenus.

« La question est de savoir, au fond, ce que nous voulons comme traitement pour ceux qui ont (…) enfreint la loi. Nous avons tous envie de les punir durement, nous avons tous des gestes de colère à leur égard (1), reconnaît le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue. Est-ce que, pour autant, il faut organiser les choses pour que nous cédions à notre colère ? »
Jean-Marie Delarue – Contrôleur des prisons

« La dignité est inviolable »

Non, estime-t-il, rappelant que la Charte européenne des droits fondamentaux stipule que « la dignité est inviolable ». « On ne peut pas la retirer à chacun, quoi qu’il ait fait », note le Contrôleur. Un principe qui a du mal à se faire accepter, spécialement dans un contexte de discours ultrasécuritaire. Le second argument de M. Delarue devrait en revanche mettre tout le monde d’accord sur la nécessité d’améliorer le sort des détenus : c’est la question de l’efficacité. La durée d’emprisonnement moyenne est de 10 mois aujourd’hui. Et comme la peine de mort a été abolie, chaque détenu est amené à sortir de prison. La question est donc la suivante :

« Quel est l’état du prisonnier sortant qui va assurer la sécurité et la paix à notre société ? Est-ce que c’est en le brimant, en bafouant sa dignité, en le martyrisant qu’on va le rendre pacifique ? Est-ce que c’est en aidant sa réinsertion, en l’aidant à trouver un travail, un logement, qu’on va mieux assurer la sécurité ? La réponse est évidemment dans la deuxième partie. »
Jean-Marie Delarue – Contrôleur des prisons

98 % des appels servent à maintenir les liens avec l’entourage

Le Contrôleur a sorti son rapport annuel en avril, et a pointé un certain nombre de mesures susceptibles d’améliorer le quotidien des détenus. Exemples : permettre aux femmes de conserver leur soutien-gorge lors des garde-à-vue, autoriser les détenus d’accéder à Internet, « baisser de manière drastique » l’emploi des moyens de contrainte pour les extractions hospitalières…

L’une de mesures phare proposées consiste à autoriser le téléphone portable, actuellement interdit. Les cabines téléphoniques mises à disposition des détenus, lorsqu’elles fonctionnent, ne permettent en effet aucune intimité au cours de la conversation, coûtent très cher aux détenus (il n’y a qu’un concessionnaire, qui pratique des tarifs extrêmement élevés), et ne sont accessibles que pendant des périodes limitées dans la journée. Or, l’étude des puces des téléphones portables saisis lors de fouilles a démontré que plus de 98 % des appels servent à maintenir le lien avec les membres de l’entourage. A quoi bon alors les interdire ? C’est la question que pose encore le Contrôleur.

On me dit : attention à la sécurité. Mais il n’y aura aucune différence par rapport à la situation actuelle : il y a déjà des portables en prison. Donc si une personne veut faire des trafics, veut préparer une évasion, elle peut déjà le faire.
Jean-Marie Delarue

Selon M. Delarue, « renforcer les liens avec l’extérieur, ça n’est pas abolir la peine, ça n’est pas dispenser le détenu du châtiment qui doit être le sien, mais c’est faciliter sa sortie. »
Ce n’est pas la première année que le Contrôleur propose ces mesures, à la fois peu chères, simples à mettre en place et qui pourraient se révéler extrêmement positives. Elles n’ont pourtant jamais été adoptées. On sent donc une bonne dose de désappointement dans son dernier rapport : « Ces mesures doivent-elles se résigner à être comme le Sphinx arabe, dont on parle toujours sans jamais le voir ? La situation des lieux de privation de liberté est-elle si exemplaire que rien ne doive être décidé ? »

Nicolas Bérard

(1) Les citations de M. Delarue sont extraites de l’émission L’humeur vagabonde, de France Inter.

EXTRAIT DU DOSSIER « PRISONS UN AUTRE REGARD » DE L’ÂGE DE FAIRE

 

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