Comment une guêpe a sauvé la papaye


KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA(Marek la guêpe – Scénario : Nemeth, Dan – Dessin : Audouin, Laurent – Editeur : Paquet)

En 2007 la cochenille du papayer, Paracoccus marginatus pour les scientifiques, un insecte jaune plus petit que le chas d’une aiguille, est venu en Inde, du Mexique, en semant destruction et ruine économique dans son sillage. En l’espace d’un an, elle s’était répandue dans toute l’Inde du Sud et la production de papaye avait chuté de 80 %. La bestiole avait poursuivi son expansion, faisant perdre 15 milliards de roupies [180 millions d’euros] par an aux producteurs. 

La solution semblait d’une simplicité absurde. Un tube à essai fourni par les autorités contenait une centaine de guêpes minuscules, à peine visibles, qui se mirent à parasiter les cochenilles. Elles pondaient leurs œufs dans l’insecte et, quand ils avaient éclos, les larves dévoraient les organes internes de l’hôte et le tuaient. Plus de 20 000 agriculteurs du Tamil Nadu ont reçu ces tubes.

Cette technique a été inventée à la fin du XIXe siècle, mais elle est davantage en phase avec les sensibilités modernes touchant à la protection de l’environnement. Le biocontrôle – la protection des végétaux par des mécanismes naturels – est antérieur à l’usage massif des pesticides et ne présente pas les effets néfastes des produits chimiques. Il repose sur le principe que tout nuisible a un “ennemi naturel”, comme les chats pour les rats. L’ennemi naturel maintient la population de nuisibles à un niveau qui ne provoque pas de dommages économiques.

La cochenille du papayer forme des amas cotonneux sur les feuilles et les fruits. La femelle adulte est jaune, ovale, et mesure environ 2 millimètres de long pour 1,5 de large. Elle est en partie recouverte d’une sécrétion cireuse blanche qui lui permet de bien mieux résister aux pesticides que les autres cochenilles courantes en Inde.

La cochenille se nourrit de la sève de l’arbuste en insérant ses stylets dans la feuille, le fruit ou la tige. De plus, elle injecte dans les feuilles une toxine qui les déforme, les racornit et les empêche de produire de la chlorophylle. Feuilles et fruits tombent prématurément. En cas d’infestation massive, les fruits se retrouvent couverts d’une épaisse sécrétion cireuse qui les rend impropres à la consommation.

Acerophagus papayae est une guêpe jaune aux ailes transparentes et aux yeux bleuâtres. Chaque femelle vit trente-cinq jours et peut pondre jusqu’à 50 œufs à raison d’un œuf par cochenille. Une guêpe peut ainsi tuer 50 cochenilles et les 50 guêpes qui naissent peuvent en tuer 50 autres, ce qui provoque une croissance exponentielle de la population de guêpes.

Avant l’avènement du biocontrôle, les agriculteurs abusaient des pesticides. Ils doublaient leur concentration et procédaient à quatre ou cinq pulvérisations au lieu des deux prescrites, explique le Dr M. Kalyanasundaram, professeur d’entomologie à l’université agricole du Tamil Nadu (TNAU), à Coimbatore. “Un agriculteur avait même pulvérisé dix doses sur ses papayes. Même si les fruits avaient survécu, ils auraient été extrêmement toxiques”, ajoute-t-il. Quand les nuisibles sont naturellement résistants aux pesticides, le recours à ces produits les fortifie. Grâce à ses sécrétions cireuses, la cochenille du papayer résistait mieux aux pesticides que ses ennemis naturels. Ces derniers, des insectes utiles, étaient éliminés, ce qui avait fait exploser la population de cochenilles du papayer.

Aujourd’hui, les décideurs en matière agricole insistent pour qu’on fasse appel au biocontrôle quand c’est possible et n’autorisent le recours aux produits chimiques que quand cette méthode échoue.

Les guêpes parasitoïdes ont été lâchées dans les plantations en octobre 2010 et on a observé une diminution des cochenilles du papayer dès le mois de janvier suivant. “En l’espace de trois à quatre mois, les incidences ont diminué de 32 à 42 %”, rapporte le Dr A. N. Shylesha, entomologiste au NBAII. A la saison suivante, le nombre de cochenilles est tombé au-dessous du seuil de nuisance économique : il était trop faible pour causer des dommages. Deux ou trois ans plus tard, la production de papaye a retrouvé son niveau d’avant l’infestation.

D’APRÈS UN ARTICLE DE SHAMSHEER YOUSAF, À LIRE DANS SON INTÉGRALITÉ SUR COURRIER INTERNATIONAL

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