Plaidoyer pour le bonheur


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(Dessin de Lili Bé)

Le bonheur n’arrive pas automatiquement, ce n’est pas une grâce qu’un sort heureux peut répandre sur nous et qu’un revers de fortune peut nous enlever; il dépend de nous seuls. On ne devient pas heureux en une nuit, mais au prix d’un travail patient, poursuivi de jour en jour. Le bonheur se construit, ce qui exige de la peine et du temps. Pour devenir heureux, c’est soi-même qu’il faut savoir changer.

Les termes sanskrits soukha et ananda, généralement traduits, faute de mieux, par «bonheur» et «joie », n’ont pas vraiment d’équivalents dans nos langues occidentales. L’expression « bien-être» serait le plus proche équivalent du concept de soukha. Quant au terme ananda, plus encore que la joie, il désigne le rayonnement de soukha, qui illumine de félicité l’instant présent et se perpétue dans l’instant suivant jusqu’à former un continuum que l’on pourrait appeler «joie de vivre ».

II semble que le facteur commun de toutes les personnes heureuses à un moment de leur vie ou plus longtems, soit la disparition momentanée de conflits intérieurs. Il s’agit d’être simplement, ici et maintenant, libre et ouvert. C’est état acquis de plénitude, de sagesse, affranchie des poisons mentaux et libre d’aveuglement sur la nature véritable des choses, sous-jacent à chaque instant de l’existence et qui perdure à travers les inévitables aléas la jalonnant. Celui qui connaît la paix intérieure n’est pas plus brisé par l’échec qu’il n’est grisé par le succès. Il sait vivre pleinement ces expériences dans le contexte d’une sérénité profonde et vaste, en comprenant qu’elles sont éphémères et qu’il n’a aucune raison de s’y attacher. Il ne sombre pas dans la dépression, car son bonheur repose sur des fondements solides. En engendrant un bonheur authentique on ne fait que révéler, ou réveiller, un potentiel que l’on a toujours porté en soi. C’est ce que le bouddhisme appelle la «nature de Bouddha» présente en chaque être. Ce qui apparaît comme une construction ou un développement n’est autre que l’élimination graduelle de tout ce qui masque ce potentiel et fait obstacle au rayonnement de la connaissance et de la joie de vivre.

Le drame, c’est que l’ignorance vient pervertir notre aspiration au mieux-être. Il ne s’agit pas de stupidité, c’est une intelligence complètement à sens unique. C’est-à-dire que l’on réagit uniquement à ses propres projections au lieu de voir simplement ce qui est. Changer notre vision du monde n’implique pas un optimisme naïf, mais l’élimination de toxines mentales comme la haine et l’obsession, qui empoisonnent littéralement l’esprit. Notre bonheur passe par celui des autres

Envisager le bonheur comme la matérialisation de tous nos désirs et passions et, surtout, le concevoir uniquement sur un mode égocentrique, c’est confondre l’aspiration légitime à la plénitude avec une utopie qui débouche inévitablement sur la frustration, on se demande par quel mystère tout « arriverait » suivant nos souhaits ou notre volonté.

Si en revanche le bonheur est un état qui dépend de conditions intérieures, il incombe à chacun de reconnaître puis de réunir ces conditions. Les bonheurs répétés sont souvent les fruits d’une ascèse. Non pas au sens chrétien de « privation », mais au sens étymologique, askésis signifiant « exercice » en grec. Le bonheur ne se décrète pas, ne se convoque pas, mais se cultive et se construit peu à peu, dans la durée. »

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Plaidoyer pour le bonheur – Matthieu Ricard – Edition Pocket

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