Rues de Nantes : Place Beaumanoir

rue

S’il y eut dans le quartier une rue Beaumanoir, un pont Beaumanoir (enjambant la Chézine) il n’y a point de manoir hanté dans le quartier, mais il est plus difficile de trouver l’origine de ce nom. En effet certains guides disent qu’il s’agit de Philippe de Rémi ou Rémi sire de Beaumanoir. Le sieur fut un poète français, né vers 1210 et mort en 1265. La famille de Remi est originaire du village de Remy (s’écrit sans accent) en Picardie, diocèse de Beauvais au Moyen Âge, à l’ouest de Compiègne, actuel département de l’Oise.

On attribue généralement à Philippe de Remi l’invention de la fatrasie. Qu’est-ce la fatrasie me direz-vous ? (me le dites-vous ?). La fatrasie est un genre littéraire du Moyen Âge (à partir du XIIIe siècle et jusqu’à Rabelais). Elle regroupe les poèmes où le sens cède l’initiative au son, utilisant notamment des systèmes de répétition de syllabes. On en trouve un exemple dans La Farce de Maître Pathelin, où ce dernier mime le délire en chantant des chansons dans toutes les langues. Cet amoncellement de phrases aux sonorités particulières cache parfois des critiques ou des pamphlets du pouvoir en place. Malraux a pu écrire que « l’audience des fatrasies du Moyen Âge ne fut pas moindre que celle de Jérôme Bosch ».

En 1925 André Breton demande à Georges Bataille par l’entremise de Michel Leiris d’effectuer une traduction en français moderne de fatrasies pour La Révolution surréaliste où deux fatrasies de Philippe de Rémi Sire de Beaumanoir figureront dans le numéro 6 du 1er mars 1926.

Mais je ne vois pas le lien direct entre ce poète et Nantes ? Autre hypothèse qui me semble plus crédible ce que d’autres guides donnent comme origine : Jean IV de Beaumanoir (né en 13101,mort en 1366 ou 1367) qui était un maréchal de Bretagne. Nous y voilà. C’est par ailleurs, excusez du peu, un ami et un compagnon d’armes de Duguesclin, lors de la guerre de succession de Bretagne (1341-1365).

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Voilà qui méritait bien une rue à Nantes, capitale de la Bretagne (j’en vois qui toussent et d’autres qui rigolent ! 😆 ).

Pour en revenir à notre preux chevalier, chargé de la défense du château de Josselin, il envoie un défi au gouverneur anglais de Ploërmel d’où le combat des Trente, livré le 27 mars 1351 par 30 Bretons contre 30 Anglais dont il ressort grièvement blessé.  Le combat des Trente est un fameux épisode de la guerre de succession de Bretagne. Beaumanoir, véritable Zorro breton, après avoir vu des paysans bretons maltraités par des soldats grands-bretons, s’en plaint à son adversaire anglais. Fi, monsieur, nous règlerons cela sous forme d’un duel, répondit-il avec dédain et un accent anglais. Le duel eut lieu, non pas à trente pas, mais trente contre trente (mais il n’y a pas de preuve que cela est à l’origine des règles des points au Tennis, aux quelles je n’ai jamais rien compris malgré que bon nombre de compassionnels joueurs aient bien voulu passer du temps à m’expliquer.)

Combat_des_Trente
Les Anglais perdirent leur représentant, Brandenburg, qui prit la porte et huit de ses hommes, alors que les Français n’en perdirent que six (on peut voir qu’à cette époque la soldastesque ne servait qu’à compter les points, comme un vulgaire boulier et que les guerres tuaient plus sûrement que le tabac, car on compte les morts sur le champs de bataille, mais il y a ceux qui suivent de peu rentrés au camp). D’après la légende, le chef des Bretons aurait, épuisé par la chaleur, le combat et le jeûne, réclamé à boire, ce à quoi son compagnon Geoffroy du Boüays lui aurait répondu « Bois ton sang, Beaumanoir, la soif te passera ». Voilà qui n’est guère courtois pour un ami ! Il eut mieux fait de lui apporter un demi bien frais. IL n’empêche Beaumanoir devant avoir de l’humour, trouva la phrase bien tournée et elle demeurera sa devise. des Beaumanoir. Les Anglo-Bretons survivants se rendent car il serait déloyal de priver les vainqueurs du bénéfice des rançons, car non seulement de servir de comptage, la chair aux tous récents canons servait aussi de revenus pour rembourser les frais martiaux !  Bien entendu, comme dans toute bagarre entre mecs couillus, l’issue du combat ne règle rien en définitive rien et les garnisons anglaises continueront à traiter la région en pays conquis, l’exploitant et la rançonnant durement, ce qui prouve encore une fois la supériorité de la force sur l’intelligence et la négociation; ou pas.

Il n’empêche qu’avec l’âge et l’expérience, il apprend de la vie, et en 1365 il devient un des négociateurs du traité de Guérande, et la paix faite, reçoit du vainqueur le titre de maréchal de Bretagne, comme quoi cela rapporte plus que le duel à Trente.

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La place est surtout réputée maintenant pour sa clinique de la Croix Rouge qui est lieu de soins de suite.

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Elle a aussi d’inspirants tags en pochoirs :

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sources :

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