« Je ne comprends rien aux textes bouddhistes »

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Une amie parle des difficultés des mots, enseignements, concepts du bouddhisme lorsqu’on l’aborde pour les premières fois. C’est vrai parce que c’est une philosophie complexe, d’origine orientale et si c’est utile pour connaître la culture & l’histoire bouddhiste, en même temps c’est un leurre dans lequel il vaut mieux éviter de tomber si on veut suivre la pratique du Bouddha.

Depuis 5 ans je dessine chaque semaine un Zem (http://zem.baylot.org/). Cette Bd ne peut, à mon avis, qu’intéresser un pratiquant de la méditation. En effet, même si parfois l’humour est caustique, il ne s’agit pas de faire une BD humoristique sur les méditants, mais d’essayer de trouver une autre manière de dire ce que je vis, ce que j’intègre de la voie du Bouddha et de ce que j’ai entendu ce qu’en disaient les enseignants que j’ai pu rencontrer et suivre.

C’est une technique qui était déjà magistralement utilisée avec l’art du Haïku par les maîtres zen japonais. Ainsi la BD ci-dessus qui peut être inspirée du haïku de Sôkan :

Je sais bien que tu as les fesses gelées
mais ne t’approche pas trop du feu,
Bouddha de neige.

elle nous parle de la compassion, pourquoi « aider », qui aide-t-on réellement quand « on aide », qu’attend-on en réponse de l’aide. Elle n’apporte pas de réponse, mais est simplement, sous une forme humoristique, un questionnement qui n’atteint son objectif que s’il « parle » à celui/celle qui le lit.

S’il y a un enseignement dans le bouddhisme, il n’est pas une accumulation de nouveaux concepts mais au contraire une démarche de tentative de déconstruction de nos croyances. La pratique de la méditation, les réponses du Bouddha ou d’enseignants, sous forme de silence, sont des voies royales pour répondre sans rajouter de concepts.

Les kôans, les paraboles sont aussi de bons moyens de créer une surprise, un paradoxe en nous qui nous permet de nous décentrer de notre point de vue habituel. Monter sur une proéminence nous offre une vision beaucoup plus large que d’habitude. Mais nous avons souvent la paresse, à moins que nous n’ayons pas appris à le faire, à quitter notre point de vue, plus confortable, car connu, et nous privilégions le mot qui fige l’idée et délaisse la réalité, plus complexe, plus grandiose, mais insaisissable.

Après s’être éveillé le Bouddha hésite à enseigner de peur de conceptualiser et donc figer son expérience. Mais on dit, symboliquement (encore!) que ce fut Dieu ( Brahma) qui l’incita à partager sa connaissance. Il le fera pour favoriser la délivrance chez ceux qui seront capables d’entendre cet enseignement. Il ne « lui dit » pas « Va, parcours le monde et répand la bonne parole », mais, s’il y en a qui sont capables de se libérer par l’écoute de ton enseignement, tu dois le partage avec euxr. Autrement dit, la parole est d’argent, le silence est d’or, mais il y a des paroles qui guérissent !

Mais croire que sa parole serait une rationalisation de son enseignement serait un leurre. Il enseigne, mais autrement que par la parole. Gandhi disait « Ma vie est mon seul enseignement. ». C’est pourquoi on dit dans des textes anciens que le Bouddha n’a jamais rien dit ni enseigné.

« À quiconque et nulle part, le Bouddha n’a jamais rien enseigné. » (Stances du Milieu de Nâgârjuna)

« De son éveil à sa totale extinction, le Tathâgatha n’a pas prononcé une parole ni n’en prononcera, car ne pas parler c’est la parole même du Bouddha. » (Lankâvatârasûtra)

On le nomme d’ailleurs traditionnellement : Shâkyamuni, ce qui veut dire « l’ascète silencieux du clan des Shâkya » ou encore Maha Muni, le Grand Silence.

Mais il n’est pas en silence parce qu’il serait renfermé dans une pratique méditative interne, mais il est silence en tant que réponse aux questions qu’on lui posait, en tant qu’enseignement.

Le Bouddha, c’est celui qui a atteint l’éveil, il ne cherche donc pas à partager une vérité qu’il aurait trouver, mais nous montre que nous pouvons sortir de la souffrance et comment nous sauver de celle-ci.

Les textes traditionnels et surtout ceux de la Voie de la Grandeur, sont souvent des textes qui paraissent complètement fous ou incompréhensibles, mais en fait ils utilisent un langage plus analogique que digital. C’est Paul Watzlawick, dans ses 5 axiomes de la communication qui dit (le quatrième axiome) que les êtres humains ont à leur disposition deux modes de communications qu’ils utilisent concomitamment  : le digital et l’analogique. On parle par des signes verbaux et non verbaux. Les premiers sont symboliques, codés et numériques. Les seconds sont imagés et ont été appelés « analogiques ». La « langue des oiseaux » de certains textes alchimiques traditionnels occidentaux ou les « jeux de mots » de la kabbale juive sont d’autres manières de sortir du digital pour aller vers l’analogique.

« Exclure toute parole et ne rien dire, ne rien exprimer, ne rien prononcer, ne rien enseigner, ne rien désigner, c’est entrer dans la non-dualité. » Sûtra de Vimalakirti.

Les enseignements bouddhistes nous poussent à passer d’une compréhension digitale à une intégration personnelle analogique, les prendre comme métaphore de notre propre vie. Toute lecture digitale va fixer le texte et sa compréhension suivant un point de vue historique, culturel, qu’il soit le notre ou celui de l’époque à laquelle il a été écrit. Mais la vie est justement, au contraire, mouvement ! C’est quelque chose d’autre en nous, de plus « intuitif » qui va nous permettre de rentrer dans le texte, un peu comme pour la lecture d’un jeu de tarot divinatoire. Nous lisons alors les textes bouddhistes non plus en tant que lecteur séparé mais en nous nous reconnaissant pleinement comme leur destinataire. Comme le dit Eric Rommeluère ils ne parlent pas au lecteur mais du lecteur ! Et la réponse ultime n’est pas à trouver, mais c’est la déconstruction du questionnement, par la vie dans l’instant, là où seulement, elle existe.


Sources :


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