C’est la somme des nouvelles individualités qui créera une collectivité nouvelle

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La modernité occidentale a mis l’individu au centre et au-dessus de tout. Tandis que les sociétés traditionnelles insèrent les individus dans un moule de normes et de représentations collectives, nos sociétés modernes les en libèrent et sont entièrement axées sur la satisfaction des besoins et désirs des individus. Depuis la fin du XVIIIème siècle et jusqu’au milieu du XXème, le principal objectif a été d’offrir aux individus des droits fondamentaux pour leur permettre de vivre dans la dignité.

Cela a été l’avènement de la démocratie et des droits de l’homme, la fin de l’esclavage et des ségrégations raciales, l’accès gratuit aux soins et à l’éducation, le droit du travail et le syndicalisme, l’émancipation progressive de la femme… De nombreux progrès sont encore à accomplir dans ces domaines et l’on déplore parfois de spectaculaires retours en arrière.

À cet objectif qualitatif, d’émancipation de l’individu et de progrès social, s’est articulé un second objectif, plus quantitatif : l’amélioration du confort matériel et l’accroissement de la richesse. Alors que l’amélioration des conditions de vie et ce qu’on pourrait appeler les « bases du confort moderne » (avoir un toit, une voiture, divers appareils ménagers) étaient atteints dès les années 1960 en Occident, l’idéologie consumériste s’est développée et l’on est entré dans l’ère du « toujours plus », bien décrit par François de Closets.

L’individu occidental est devenu un perpétuel insatisfait qui aspire à gagner toujours plus d’argent, à posséder toujours davantage d’objets et à en changer sans cesse. La société de consommation est ainsi entièrement fondée sur cette idéologie pernicieuse qui fait croire aux individus que leur épanouissement passe exclusivement par l’« avoir ». […] Tant que nous resterons dans cette logique du « toujours plus », et que cette logique continuera à se répandre à travers la planète, rien ne pourra changer, et notre monde poursuivra sa marche aveugle vers de multiples catastrophes absolument prévisibles.

Le changement dans le monde passera par l’adoption d’autres valeurs que celles du profit et de la réussite matérielle, Se transformer soi-même pour changer le monde […]. Ce sont précisément ces esprits qu’il convient de changer. Or, si des discussions interculturelles à divers niveaux (instances internationales, ONG, associations religieuses et philosophiques, etc.) sont incontestablement utiles et fécondes, c’est au bout du compte à chacun de nous d’opérer cette conversion spirituelle, doublée d’un changement de mode de vie. C’est précisément parce que la modernité a mis l’individu au centre du dispositif que le monde ne pourra changer que lorsque les individus eux-mêmes changeront.

Dans un État démocratique, rare est le gouvernement qui osera prendre une mesure qui n’est pas souhaitée par la majorité des citoyens. Les hommes politiques ont les yeux rivés sur les enquêtes d’opinion. […] N’attendons donc pas des gouvernements qu’ils soient le fer de lance du changement ;  […]les vraies mesures ne seront prises que parce que les citoyens seront prêts à les adopter dans leur vie quotidienne et, par extension, à les voir mises en œuvre dans la sphère publique.

C’est quand la pensée, le cœur, les attitudes de la majorité auront changé que le monde changera.  […] La solution doit venir de chacun de nous, appelé à un travail sur soi, à une conversion du regard, à un changement de mode de vie. C’est la somme des nouvelles individualités qui créera une collectivité nouvelle. Il s’agit donc, pour chacun, d’examiner ce qui, en lui et dans sa vie, concourt aux dysfonctionnements et aux malheurs du monde.

On peut discerner en particulier trois maux qui ne sont pas nés de la modernité : ils ont toujours existé dans le cœur de l’homme, ont toujours été à l’origine des problèmes auxquels ont dû faire face les sociétés humaines. Cependant, le contexte de l’hyper-modernité et de la globalisation les rend encore plus virulents, plus destructeurs. Ces trois maux sont la convoitise, le découragement qui débouche sur l’indifférence passive, et la peur.

Extrait de « La guérison du monde » par Frédéric Lenoir. LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL SUR ÉQUERRE.

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